L’économie pour les gogos

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Que ce soit Bâle III ou la Taxe Tobin, on se rend facilement compte que l’économie actuelle se fait toujours au détriment des contribuables.

L’économie est une chose décidément bien trop sérieuse pour être laissée dans les mains des politiciens. Et si l’on en juge par ce que la presse en raconte, elle est aussi bien trop complexe pour être résumée dans des petits articles faciles à digérer par un public qu’elle considère toujours plus bête qu’il n’est…

Concernant les politiciens, il est évident que si ces derniers avaient réellement un effet bénéfique sur l’économie des pays qu’ils prétendent diriger, cela ferait longtemps que ces pays auraient une forme flamboyante. Notamment en France où on ne manque vraiment pas de politiciens particulièrement décidées à vouloir y mettre leur nez, leurs doigts et pas mal d’autres choses.

Mais bien souvent, force est de constater que l’économie d’un pays va d’autant mieux que ses politiciens s’en tiennent éloignés. Or, la multiplication des mamours humides entre le monde politique et le monde économique, notamment celui de la finance, a démontré l’effet délétère de cette liaison.

Dernièrement, on apprend par Les Échos que les banques américaines, jamais en retard d’une bonne idée, tentent absolument tout (et réussissent apparemment) pour ne pas avoir à se plier aux règles du troisième accord de Bâle.

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C’est, en soi, particulièrement intéressant non sur le plan politique ni économique, mais logique : il faut se rappeler que les accords de Bâle sont le résultat d’une discussion calme et détendue entre les institutions bancaires et les détenteurs de flingues étatiques, le G20 et le FSB.

En effet, plutôt qu’entériner la logique capitaliste traditionnelle qui veut qu’un échec finisse par se payer, les politiciens, tendres amis des banquiers qui les financent, et les banquiers, tendres amis des politiciens qui les nourrissent, ont décidé de bricoler quelques règles périphériques et cosmétiques. Après tout, c’était bien plus facile de faire ça que de laisser tomber les banques fautives, leur faire prendre leurs responsabilités (quel mot horrible, pouah) et évoquer le mot sordide de « faillite ».

Moyennant quoi, en parfaite illustration du capitalisme de connivence, nos amis banquiers et nos amis politiciens se sont quittés, après un petit bisou, sur ces accords qu’ils s’empresseront de ne pas suivre et de brandir la prochaine fois que la population leur demandera des comptes, sur l’air de « Mais, regardez, on avait pourtant fait des efforts ! »

Et c’est donc tout naturellement que les Américains ont déjà commencé à débiner discrètement les fameux accords. Parions que les banquiers européens ne prendront plus guère de temps pour en faire autant auprès des institutions étatiques européennes correspondantes.

Devant un tel déroulement, parfaitement prévisible, on peut se demander ce qui pousse encore les médias à relayer les petites plaintes aiguës des banquiers et des politiciens pour sauver, une fois encore, une banque, un cartel, ou tout un pays. Depuis le temps, on aurait pu croire que les journalistes auraient fait leur travail et se seraient renseignés au prix de quelques questions : une faillite bancaire, même massive, est-elle vraiment une catastrophe absolue ? N’existe-t-il aucun moyen de défaire une banque fautive, proprement, sans immédiatement avoir droit aux hurlements hystériques de nos amis banquiers et politiciens ?

La réalité, bien sûr, est que de telles opérations sont faisables, existent, ont été tentées et auraient pu être appliquées, y compris lors des récentes crises. Mais nos amis politiciens, complètement incultes en la matière, ont choisi leur intérêt bien compris avant celui des peuples : c’est bien plus facile (intellectuellement parlant) et surtout, bien plus lucratif.

Et si, ici, je parle bien d’une inculture à ce point crasse qu’elle ferait rire si elle ne nous coûtait pas des ponts à chaque fois qu’une idée idiote leur passe par la tête, c’est bel et bien parce que c’est d’inculture qu’il s’agit : les politiciens n’ont, pour la plupart, absolument aucune idée de la façon dont fonctionne l’économie dans la vie de tous les jours, et, pire encore, n’en ont absolument rien à faire : tant que les petits fours et leurs salaires dégringolent du ciel, il n’est d’ailleurs pas nécessaire de se poser la question.

Et cette inculture est savamment entretenue par la presse, main dans la main avec les politiciens sur ce coup : grâce par exemple à ce récent article de La Tribune, on apprend qu’ajouter une bonne grosse taxe sur les transactions financières au niveau européen ferait faire des économies aux États.

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Miam, slurp, joie, bonheur, l’alteréconomie s’étend vers de nouvelles contrées ! Le calcul, pour aboutir à cette nouveauté financière rigolote, est le suivant : les institutions européennes, au lieu de pomper leurs ressources dans le budget des États membres, irait prendre directement au moyen d’une jolie taxe dessinée exprès pour elle. Les États seraient conséquemment allégés de 54 milliards de contributions, ce qui est un vrai bonus en ces temps de crise.

Soit. Expliqué comme cela, la nouvelle taxe est une excellente idée (que nos amis politiciens s’empresseront de mettre en œuvre). Maintenant, si l’on tient compte du fait que, d’une part, la Taxe Tobin, ça n’a pas marché là où l’on a essayé, et, d’autre part, l’argent doit tout de même bien venir de quelque part, on se rend compte que la bonne idée n’en est plus vraiment une : cette taxe, les institutions financières n’auront aucun mal à la refacturer à leurs clients (avec une petite marge, même). Clients qui, in fine, sont les contribuables et consommateurs européens.

Yaouh ! En définitive, les États européens font des économies que les contribuables ne verront jamais. Génial, non ?

Si, en plus, on tient compte du fait que les montants économisés seront immédiatement utilisées par ces États impécunieux comme excuses pour dépenser plus, on a, en quelques mots jetés sur l’écran d’un ordinateur de La Tribune et d’autres médias, la recette pour un nouveau désastre standard.

Aaah, décidément, l’économie pour les gogos, c’est une science molle, folle et bien pratique : plus de faillites, de l’argent gratuit facile à trouver, des connivences juteuses et des mécanismes économiques tronqués…

Grâce à ça, on arrive à faire tenir des cylindres dans des cubes, et, quoi qu’il arrive, la facture finale sur les cylindres défoncés et les cubes maltraités est toujours envoyée au peuple.