Taxe Tobin : la désastreuse expérience suédoise

En 1984, la taxe Tobin fut introduite en Suède. Échec cuisant

Alors que la crise des dettes souveraines continue et que les marchés ne montrent aucune stabilité à la suite des propos volontaristes de Sarkozy et Merkel, l’idée de l’introduction d’une taxe sur les transactions financières fait son chemin.

Cette taxe a été au début proposée par le prix Nobel d’Économie James Tobin avant qu’il n’exprime des réticences claires devant l’utilisation qui était faite de son nom et des différents projets de taxation plus ou moins réalistes imaginés par les politiciens et des associations altermondialistes.

Cependant, peu de gens se souviennent qu’une expérience d’une telle taxe fut tentée, en grandeur réelle.

En janvier 1984, c’est la Suède qui implanta la taxe Tobin sous la forme d’une taxe générale sur les transactions financières, à hauteur de 0,5% sur toute vente ou achat de valeurs boursières. Un aller-retour (achat puis vente) se voyait ainsi taxé de 1%.

En Juillet 1986, le taux fut doublé.

L’expérience fut un échec.

Le jour où la mise en place de cette taxe fut annoncée, les actions plongèrent de 2,2%, chute d’ailleurs précédée par un déclin de 5,35% des cours le mois avant cette annonce, des informations sur la taxe ayant fuité dans les milieux boursiers.

Lorsque la taxe fut doublée, les cours chutèrent à nouveau de 1% supplémentaire. Ces chutes correspondaient d’ailleurs à la valeur capitalisée des futures collectes sur les échanges à venir.

En Janvier 1989, une taxe sur les revenus des valeurs mobilières, franchement plus petite et établie à 0,002%, fut à son tour introduite sur toutes les valeurs d’une maturité de 90 jours ou moins. Sur les actions ayant une maturité de cinq ans ou plus, la taxe fut établie à 0,003%.

Les revenus de ces taxes furent très décevants. Ainsi, les autorités suédoises avaient estimées à 1500 millions de couronnes par an les sommes recouvrables par la taxe sur les revenus des valeurs mobilières. En pratique, elles ne rapportèrent jamais plus de 80 millions de couronnes à l’année, avec une moyenne s’établissant à un maigre 50 millions de couronnes. En outre, cette taxe faisait peser un coût supplémentaire sur les bons d’État, ce qui fut très impopulaire.

En parallèle, les volumes taxables s’effondrèrent, provoquant logiquement la chute des collectes sur l’autre taxe, celle sur les transactions, qui avait grimpé jusqu’à quatre milliards de couronnes en 1988.

En effet, bien que cette dernière taxe fût établie à un taux bien plus faible que celle sur les transactions, les impacts sur le marché boursier furent dramatiques : pendant la première semaine de son introduction, le volume des échanges s’effondra de… 85% ; le volume d’échange sur les « futures » s’évapora de 98% (!) et le marché des options… disparut.

Au final, le 15 Avril 1990, la taxe sur les revenus fut abolie. En Janvier 1991, les taux de la taxe sur les transaction furent divisés par deux, et la taxe fut purement et simplement abolie à la fin de l’année.

Comme par enchantement, la taxe disparue, les échanges reprirent rapidement leur volume initial, et ont continué de grossir pendant les années 90.