Le referendum de l’UE inévitable au Royaume-Uni

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Si, au Royaume Uni, un referendum sur l’Union Européenne semble être de plus en plus inévitable, son résultat, en revanche est loin d’être évident

Si, au Royaume-Uni, un référendum sur l’Union européenne semble être de plus en plus inévitable, son résultat, en revanche est loin d’être évident.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume-Uni.

Boris assure par la présente sa ré-élection.

Un référendum sur l’appartenance à l’UE commence à paraître inévitable. Le soutien de Boris Johnson pour The People’s Pledge [NdT : nom de la campagne politique cherchant à récolter des soutiens pour organiser un référendum sur le maintien de la Grande-Bretagne dans l’U.E.] est simplement le dernier avatar d’un changement d’atmosphère. Lorsque la question a été soumise la dernière fois à la Chambre des Communes, aucun des principaux partis n’a soutenu que la consultation du peuple était mauvaise sur le principe. Une position qu’ils pouvaient difficilement soutenir, étant donné que les trois ont promis un vote d’une manière ou d’une autre pendant la séance précédente. Le débat se posait plutôt en termes de calendrier et de formulation – un signe certain que la bataille s’était infléchie.

Nous avons encore du chemin à parcourir bien sûr. Lorsque la Chambre des Communes s’était divisée l’an dernier, 111 députés ont été suffisamment courageux pour voter en faveur d’un référendum. La prochaine fois, leur nombre sera plus grand. Certains députés auront vu la lumière ; d’autres auront senti la chaleur. Le People’s Pledge organise des référendums par circonscription, un siège à la fois. Le premier, à Thurrock, se tiendra jeudi dans une semaine.
Vers quelle voie s’orientera le référendum ? C’est impossible à dire. Si un vote ponctuel était tenu demain, les gens opteraient sans aucun doute pour le retrait. Les sondages ont été constants pendant les cinq dernières années : lorsque vous excluez les sans opinions, il y a une solide majorité 60/40 en faveur des souverainistes. Est-ce que ces chiffres se maintiendraient durant une longue campagne, dans laquelle les partisans du « Oui » bénéficieraient d’un avantage financier colossal, est une question très différente. Dans presque tous les référendums, on observe un mouvement vers le statu quo au cours des dernières semaines. Lors du vote de 1975, une majorité anti-CEE à deux contre un a été renversée le jour du scrutin.

Un parallèle peut être fait avec l’autre référendum séparatiste auquel nous faisons face : celui sur l’indépendance écossaise. Selon tous les sondages d’opinion, la plupart des écossais ne sont en faveur ni du statu quo, ni de la sécession pure et simple, mais plutôt quelque chose d’intermédiaire – une amélioration de l’autonomie connu sous le nom de « devo max ». On peut dire quelque chose de semblable à propos de l’attitude envers l’UE. Lorsqu’ils sont confrontés à une question à trois options, la plupart des électeurs opte pour la voie intermédiaire : une relation plus détendue avec l’UE qui s’arrête avant le retrait. Mon hypothèse est que, lors d’un référendum binaire, la victoire ira au camp qui s’appropriera cette solution intermédiaire.

En Écosse, David Cameron a adroitement capté cette option intermédiaire pour la campagne du « Non ». Voter contre la séparation, dit-il, et je proposerai un nouveau contrat de transfert de compétences au sein du Royaume-Uni. Les partisans de l’UE essaieront sans doute la même chose, mutatis mutandis.

Il y a, néanmoins, une différence fondamentale. David Cameron est parfaitement dans son droit en promettant un transfert de compétences plus avancé à l’Écosse au sein du Royaume-Uni, car, vous savez, il dirige le Royaume-Uni. Il n’est pas en position de faire une promesse équivalente au nom de l’Union européenne, parce qu’il ne dirige pas l’Union européenne. En effet, il a déjà essayé, bien que modestement, d’améliorer nos conditions d’adhésion, et a été totalement rabroué. Nous savons de solide expérience qu’un rapatriement à l’intérieur de l’UE est impossible.

La voie intermédiaire – qu’on l’appelle membre associé, libre-échange plus ou AELE (Association Européenne de Libre-échange) – est, en vérité, la seule possible après le vote « Non ». Une Grande-Bretagne indépendante pourrait renégocier une nouvelle relation avec l’UE à la manière de la Norvège et de la Suisse, mais selon des conditions bien meilleures. Les opposants à l’adhésion se battent, non pas pour l’isolement, mais pour pour une étroite coopération intergouvernementale, un marché commun et la poursuite d’une alliance militaire. Si la Suisse semble un exemple trop exotique, considérons les îles anglo-normandes. Elles aussi, prospèrent en tant que membres d’une zone de libre-échange plutôt que de l’UE.

Est-ce que les électeurs verront les choses de cette façon, ou vont-ils se laisser influencer par les rumeurs alarmistes avec lesquelles le camp du « Oui » va les inonder ? Je ne sais pas. Et, en vérité, ce ne devrait pas être la considération déterminante. Au lieu de deviner l’issue du scrutin et travailler à reculons, nous devrions poser la seule question qui importe vraiment. Est-ce qu’un référendum est juste dans son principe?

Les partisans de People’ Pledge à Thurock.

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Sur le web.
Traduction : eclipse pour Contrepoints.