Grèce : Quitter l’euro n’est pas une punition mais un remède

Les fonctionnaires de Bruxelles et les politiques grecs parlent de la sortie de l’euro comme d’une punition terrible qui va s’abattre sur les Hellènes malheureux

Les fonctionnaires de Bruxelles et les politiques grecs parlent de la sortie de l’euro comme d’une punition terrible qui va s’abattre sur les Hellènes malheureux. En vérité, c’est leur dernière chance de reprise.

Par Daniel Hannan, Oxford, Royaume Uni

Jusqu’à quel point la situation doit-elle se dégrader, bon sang ? Les politiciens grecs répètent sans cesse que quitter l’euro serait un désastre économique. À l’inverse de quoi, au juste ? Le miracle économique actuel ?

En 2011, l’économie grecque s’est contractée. Non pas de 3% comme prévu, mais de 6%. 60 000 petites entreprises ont mis la clé sous la porte, et le taux de chômage a atteint 20%. Alors que les comptes bancaires sont vidés, les grecs reviennent au troc. Les fermiers apportent des œufs et des légumes à leurs cousins dans les zones urbaines. On peut apercevoir des gens bien habillés fouiller discrètement les poubelles pour se nourrir.

Comme le dit le brillant Ambrose Evans-Pritchard (dans ce qui se présente sans doute comme sa participation pour la récompense de la Métaphore La Plus Tordue) :

Le pays se trouve dans une spirale à la baisse auto-alimentée qui fait des ravages contre les objectifs budgétaires, laissant la Grèce face à une tâche de Sisyphe de coupes encore plus profondes.

Ouaip. Et il n’y a aucun moyen de renaître tel le Phoenix et de sortir du bourbier déflationniste tant que la Grèce n’encaisse pas le choc, tranche le nœud gordien et commence à tailler sur mesure une politique monétaire qui lui siéra.

Lors d’un débat télévisé avec un député socialiste grec jeudi matin, j’ai suggéré que la Grèce ne pourrait pas se redresser tant qu’elle ne serait pas sortie de l’UE et qu’elle n’aurait pas fait défaut et dévalué sa monnaie. Les deux secteurs les plus importants de l’économie grecque, ai-je dit, sont le transport maritime et le tourisme. Les deux pourraient énormément bénéficier d’une dévaluation compétitive.

Le membre du Pasok m’a fixé avec horreur. Mais ce n’est pas à propos d’économie qu’il a postillonné. Mais à propos de l’idéal européen. Sûrement – sûrement – qu’il serait impensable pour l’UE d’aller de l’avant sans le pays où est née la démocratie. Ça serait une calamité pour la Grèce et pour l’Europe !

J’avais envie de dire non, ce serait une calamité pour vous personnellement. En tant que député, vous vous en sortez bien mieux que quand vous étiez ministre grec. Avec votre parti à 8% dans les sondages d’opinion, vous n’avez aucun retour évident possible vers la politique nationale. Et on peut difficilement considérer qu’il y ait beaucoup d’alternatives dans le privé en Grèce en ce moment.

C’est un problème commun à tous les pays de l’UE. Parce que Bruxelles a été généreuse avec les politiciens, ils ont véritablement du mal à voir que ce n’est pas l’intérêt de leurs électeurs.

Nous avions entendu précisément les mêmes arguments de l’élite politique britannique durant les derniers mois de la Grande-Bretagne en tant que membre du MCE [NdT : Mécanisme de taux de Change Européen]. Quitter le système, nous avait-on dit, entraînerait la ruine. Dans les faits, la reprise économique a commencé le jour de la sortie de ce système : le 16 septembre 1992.

Il est vrai que la Grèce est aujourd’hui dans une situation pire que celle de la Grande-Bretagne il y a 20 ans. Les nuages noirs s’amoncellent à l’horizon. Mais réutiliser la drachme offre au moins la perspective d’une éventuelle croissance. Rester dans l’euro garantit une génération de pauvreté et d’émigration.

Les fonctionnaires de Bruxelles et les politiques grecs parlent de la sortie de l’euro comme d’une punition terrible qui va s’abattre sur les Hellènes malheureux. En vérité, c’est leur dernière chance de reprise.

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Traduction : eDoK pour Contrepoints.