Quand l’État pléthorique ralentit la croissance

De nombreuses études publiées par des institutions économiques de stature mondiale montrent que l’augmentation des dépenses publiques nuit à la croissance

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Quand l’État pléthorique ralentit la croissance

Publié le 18 février 2012
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De nombreuses études publiées par des institutions économiques de stature mondiale montrent une relation inversement proportionnelle entre État pléthorique et bonne santé économique.

Par Daniel J. Mitchell, depuis Washington D.C., États-Unis.
Article publié en collaboration avec le Cato Institute

Quand Ronald Reagan disait qu’un gouvernement pléthorique mine l’économie, certaines personnes avaient d’emblée rejeté ses remarques en raison de ses convictions philosophiques libérales. Et lorsque je présente mon travail sur l’impact économique des dépenses publiques, je provoque souvent des réactions similaires.

C’est pourquoi il est important qu’un nombre croissant d’institutions économiques de stature mondiale confortent  lentement mais sûrement ce même point de vue. Ainsi :

Tout ceci est remarquable. Il semblerait que tout le monde commence à s’apercevoir qu’il y a une relation inversement proportionnelle entre un État pléthorique et une bonne santé économique.

J’exagère, bien sûr. Il y a encore quelques irréductibles qui font tout leur possible pour renforcer l’étatisme à Pyongyang, Paris, La Havane, et dans certains cercles de Washington, DC.

Mais peut-être se rendront-ils à l’évidence en lisant une étude récente de la Banque Mondiale, qui vient de produire un rapport important sur les perspectives de l’Europe. Au chapitre 7 de ce rapport, les auteurs exposent certaines techniques dont les États pléthoriques usent et qui ont pour effets de saboter la prospérité. Je cite :

Il y a de bonnes raisons de soupçonner qu’un État pléthorique soit mauvais pour la croissance. La fiscalité est peut-être la raison la plus évidente (Bergh et Henrekson 2010). Les États doivent taxer le secteur privé pour financer leurs dépenses, mais les impôts faussent les allocations de ressources dans l’économie. Les producteurs et les consommateurs modifient leur comportement de façon à réduire leurs charges d’impôts. Ainsi certaines activités qui auraient eu lieu sans les taxes ne vont pas voir le jour. Les salariés sont conduits à moins travailler, à réviser leurs plans de carrière, ou à montrer moins d’intérêt à l’acquisition de nouvelles compétences. Les entreprises peuvent ralentir leur production, réduire leurs investissements, ou modérer leurs efforts d’innovation… Au fil du temps, les États pléthoriques peuvent créer de larges bureaucraties sclérosées qui évincent les emplois du secteur privé et conduisent à une dépendance envers les traitements (salaires publics) et autres revenus de transferts. Plus le nombre de personnes dépendant des salaires ou des avantages publics est important, plus la demande politique pour ces programmes publics est forte, et plus la pression fiscale est excessive. En ralentissant l’économie, une telle tendance pourrait accroître la part de la population bénéficiant de transferts publics, conduisant au cercle vicieux (Alesina et Wacziarg 1998). De grandes administrations publiques peuvent également faciliter la prolifération de groupes d’intérêts organisés dans l’exploitation du pouvoir à leur propre bénéfice plutôt que dans le développement d’un secteur privé prospère (Olson, 1982).

En d’autres termes, les dépenses publiques nuisent à la croissance, et les dégâts sont magnifiés par une politique fiscale mal conçue.

Les auteurs de ce rapport proposent l’hypothèse théorique suivante :

Certains modèles économiques font valoir que le fardeau excédentaire d’impôts augmente de façon disproportionnée avec le taux d’imposition — en fait, grosso modo, de façon proportionnelle au taux d’imposition au carré (Auerbach, 1985). De même, la portée des intérêts corporatistes des bureaucraties augmente à mesure que l’État y fait transiter plus de ressources. Dans le même temps, les fonctions étatiques essentielles, telles que l’application des droits de propriété, la primauté du droit et l’ouverture économique, peuvent parfaitement être accomplies par des États plus modestes. Par conséquent, à mesure que l’État grossit, il devient probable que ses effets négatifs l’emportent sur ses effets positifs. En fin de compte, cette question doit être réglée de façon empirique. Alors voyons ce que disent les données.

Ce sont des éléments importants, qui montrent que les augmentations d’impôt fondées sur des conflits de classe sont parfaitement destructrices et que les dépenses étatiques nuisent à la croissance, à moins que le secteur public se limite à ses fonctions de base.

Ensuite, les auteurs rapportent leurs résultats.

La figure 7.9 présente l’observation annuelle de 4 catégories mesurées en pourcentage de la dépense publique dans le PIB de l’année en cours. Les échantillons montrent une relation négative entre la taille de l’État et la croissance. On note que la réduction de la croissance est bien plus prononcée en Europe dès lors que l’État s’étend, en particulier lorsque la taille du secteur public est supérieur à 40% du PIB […] Nous fournissons de nouvelles preuves économétriques de l’impact de la taille de l’État sur la croissance en utilisant un panel couvrant depuis 1995 les économies avancées et émergentes. Étant donné que les estimations peuvent être biaisées à cause des problèmes statistiques de variables omises, d’endogénéité, ou d’erreurs de mesures, il est nécessaire de s’appuyer sur un large éventail d’estimations. […] Pour ce qui est de l’Europe, les estimations suggèrent qu’une augmentation de 10 points de pourcentage de dépenses publiques calculée en part de PIB est associée à une réduction de croissance annuelle du PIB réel par habitant d’environ 0,6 à 0,9 points. Ces estimations correspondent en gros avec celles qui proviennent de panel de régressions appliquées aux économies avancées dans les pays de l’UE15 et de l’OCDE pour les périodes allant de 1960 à 1995 ou de 1970 à 2005 (Bergh et Henrekson 2010 et 2011).

Les résultats de l’Europe ne sont pas bons et sont un avertissement pour les États-Unis. Le poids des dépenses publiques a augmenté d’environ 8 points de pourcentage du PIB depuis que Bill Clinton a quitté ses fonctions. Ce qui pourrait bien expliquer pourquoi la croissance américaine a ralenti.

Dernier argument et non des moindres, les chercheurs montrent que les dépenses de protection sociale sont celles qui font le plus de dégâts.

Les États sont pléthoriques en Europe principalement en raison des transferts sociaux élevés, et ce type d’État freine fortement la croissance. La question est de savoir si les transferts sociaux élevés en sont la cause. Il semble que oui. Les résultats de la régression statistique pour l’Europe, en utilisant la même méthode que décrite plus haut, montre un effet négatif constant des transferts sociaux sur la croissance, même si les coefficients varient en taille et en importance. Le résultat est confirmé par les régressions sur la moyenne Bayésienne des estimations classiques. Les transferts sociaux élevés pourraient bien être ce qui relie négativement la taille des États et la croissance en Europe.

On doit souligner un dernier point dans le passage cité ci-dessus. Ce sont les dépenses de redistribution qui s’avèrent être les plus dommageables. En d’autres termes, c’est comme si Obama (et ses homologues dans des endroits tels que la France et la Grèce) s’attachaient à faire subir à l’économie les plus grands dégâts possibles.

En réalité, bien sûr, ces politiciens essaient simplement d’acheter des votes. Mais ils doivent comprendre que ces comportements frivoles font peser des coûts très élevés à l’économie en termes de perte de croissance.

Pour donner des indications supplémentaires, cette vidéo présente la courbe de Rahn, qui conforte les données fournies dans l’étude de la Banque mondiale.

Comme je le soutiens dans cette vidéo, même si la plupart des recherches montrent que la croissance économique est maximisée lorsque les dépenses publiques se situent à environ 20% du PIB, je pense qu’il est plus réaliste de dire qu’on maximise la prospérité lorsque le secteur public consomme moins de 10% du PIB.

Mais depuis que le gouvernement des États-Unis consomme maintenant plus de 40% du PIB (à peu près autant que l’Espagne !), la priorité première consiste à trouver un moyen de retrouver la bonne direction en limitant la croissance de l’État de façon à ce qu’il se développe plus lentement que le secteur privé.

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