Pour la sécurité publique, un nouvel âge d’or

Aujourd’hui, vos chances de vous faire tuer sont plus basses qu’elles n’étaient dans les années 50, une période enviable de paix et d’ordre

Par Steve Chapman, depuis les États-Unis

Les années 50 font souvent référence à l’âge d’or de la société américaine – des familles stables, des revenus en hausse, des séries télé bien proprettes et un taux de criminalité bas. Ça ne ressemble pas à 2011, pas vrai ? Pourtant, si l’on s’intéresse à la criminalité, il existe une ressemblance frappante : nous sommes, croyez-le ou non, dans un nouvel âge d’or.

Le crime n’a jamais diminué en tant que sujet traité par la presse quotidienne locale ou les émissions de détective en prime-time. N’importe qui cherchant des raisons d’avoir peur de sortir de chez soi peut en trouver. En vérité, nos rues n’ont jamais été aussi sûres depuis longtemps.

La dernière preuve date de la semaine dernière, quand le FBI a annoncé que durant la première moitié de 2011, « les crimes violents ont chuté de 6,4% tandis que les crimes de propriété ont chuté de 3,7%. » Les meurtres ont diminué de 5,7%, les viols de 5,1% et les vols de 7,7%.

Des chutes sur 6 mois ne représentent pas grand chose en tant que telle. Mais celle-ci poursuit une tendance continue. Le crime a atteint son plus haut niveau en 1991 et a chuté progressivement avant de se stabiliser vers le milieu des années 2000. Mais depuis 2006, les crimes violents et les crimes de propriétés ont plongé.

Aujourd’hui, vos chances de vous faire tuer sont plus basses qu’elles ne l’étaient à la fin des années 50, une époque enviable de paix et d’ordre. Les vols ont diminué de moitié après leur maximum. Les vols de voiture sont aussi courants qu’ils ne l’étaient quand les Beatles ont fait leur apparition au « Ed Sullivan Show ».

C’est un euphémisme de dire qu’on ne l’a pas vu venir. Dans les années 90, alors même que les crimes étaient à leur plus haut niveau, les experts nous annonçaient que cela ne ferait qu’empirer. John Dilulio, criminologue de l’Université de Princeton, avertissait du danger d’une « forte hausse dans le nombre de jeunes hommes à tendance super-criminelle ». James Alan Fox, professeur à l’Université Northeastern, déclarait que la vague criminelle qui arrivait « nous ferait penser que 1995 serait le bon vieux temps ».

L’anarchie avait déjà commencé à battre en retraite. Le taux d’homicide, qui en 1991 a atteint un niveau de 9,8 meurtres pour 100 000 personnes, a plongé à 5,5 en 2000. Les agressions à main armée ont diminué d’un quart entre 1991 et 2000. Les vol avec effraction ont chuté de 42%.

On pouvait penser qu’une tendance aussi bonne ne pouvait pas durer mais c’est ce qu’elle a fait. Et les statistiques criminelles pourraient bien sous-estimer cette amélioration. Malgré une chute brutale des agressions sexuelles, le FBI estime que le taux de viol est 3 fois plus important qu’en 1960. Mais les données concernant les viols, contrairement aux homicides qui laissent généralement un cadavre derrière eux, dépendent de la manifestation de ses victimes. Aujourd’hui, comparé à il y a 50 ans, les femmes sont plus enclines à se rendre directement à la police après une attaque et ces derniers plus enclins à les croire. Ainsi le taux actuel de viol doit être bien moins bas que ce qu’il n’était jadis.

Qu’est-ce qui peut bien expliquer ce début graduel de tranquillité domestique ? Enfermer plus de criminels a certainement été bénéfique mais ce n’est pas la seule réponse. L’année dernière, beaucoup plus de détenus ont été libérés que ce qui a été signalé. Il n’y a pas eu de boom récent dans les embauches au sein de la police.

L’avortement est une autre explication sur le déclin des années 1990 – une idée popularisée par le livre « Freakonomics » de l’Université de Chicago écrit par l’économiste Steven Levitt et le journaliste Stephen Dubner. Ils estiment qu’en légalisant l’avortement au niveau national en 1973, la Cour Supreme a évité de nombreuses naissances pour des femmes qui étaient jeunes, pauvres, célibataires ou les trois à la fois.

Ces naissances, disent-ils, auraient donné un nombre important d’enfants non-voulus, maltraités ou négligés qui auraient eu une tendance à la criminalité. Les éliminer a permis d’éviter des comportements malveillants qui se seraient alors produits une vingtaine d’années plus tard si ces enfants avaient atteint l’âge adulte.

Comme le note Franklin Zimring, professeur de droit à Berkeley, Université de California, dans son livre « The Great American Crime Decline », les naissances chez les adolescents pauvres n’ont pas diminué drastiquement après cette décision sur l’avortement, ils ont augmenté. « Il n’y a pas eu de signes visibles de changement dans la démographie des naissances qui correspondent à cette théorie » écrit-il.

De la même façon, l’avortement ne semble pas entrer en compte dans cette baisse constatée dernièrement. Le taux d’avortement a été à son plus haut en 1981, a chuté à 12% en 1993 et n’a cessé de diminuer depuis. Si un taux plus important d’avortement mène à moins de crime, comme le suggère « Freakonomics », la diminution du taux d’avortement ne devrait-il pas mener à une hausse du crime ?

En vérité, comme m’en a informé la criminologiste Alfred Blumstein de l’Université Carnegie Mellon : « personne n’a d’explication définie ». De nombreux facteurs ont joué un rôle et de simples explications sont difficiles à trouver.

Appelez cela un miracle de Noël. Nous ne savons toujours pas comment nous avons atteint la terre promise. Mais nous pouvons au moins en profiter dignement.

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Un article publié originellement sur Reason, le 26.12.2011, reproduit avec l’aimable autorisation du site.
Traduction : Virginie Ngo pour Contrepoints.