L’école à la maison

Seulement quelques milliers dans les 80s, les enfants américains scolarisés à la maison sont désormais 2 millions.

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L’école à la maison

Publié le 15 décembre 2011
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Ils n’étaient que quelques milliers dans les années 80, les enfants américains scolarisés à la maison sont désormais 2 millions. S’il reste très critiqué, le « Homeschooling » fait néanmoins de plus en plus d’adeptes parmi les parents qui déplorent la dégradation des conditions de vie dans les écoles traditionnelles.

Chaque matin, Mike Donnely suit le même rituel. Ce père de famille se lève et prépare le petit déjeuner pour ses sept enfants avant de partir au travail. Une vie de famille normale, dans la banlieue de Washington DC, à un détail près : une fois le petit déjeuner avalé, ses enfants n’attendent pas l’un des fameux bus scolaires jaunes pour se rendre à l’école publique. Et pour cause, ils sont scolarisés à la maison sous la direction de Patty, leur mère. Quand les plus petits jouent au rez-de-chaussée et apprennent leurs premières lettres de l’alphabet, les plus âgés travaillent à l’étage en autonomie. Mais pour cette enseignante de formation, la tâche est moins simple qu’elle n’en a l’air. « Nous avons dû adopter une approche complètement différente de celle pour laquelle elle avait été formée », explique son mari.

Avocat de profession, Mike Donnely est porte-parole de l’Association de défense légale du Homeschooling (HSLDA), l’un des plus influents lobbies des Etats-Unis dans ce domaine. « Lorsque nous avons eu nos deux premiers enfants, nous savions que nous ne voulions pas les scolariser à l’école publique. J’étais préoccupé par l’environnement dans lequel ils allaient évoluer, et à l’école publique, il y a beaucoup de pression, de problèmes de drogue, la mauvaise influence de leurs camarades. Je ne voulais pas qu’ils se retrouvent dans des situations à risque », ajoute-t-il. Après en avoir discuté avec des amis qui scolarisaient leurs enfants à la maison, Mike et Patty ont tout de suite eu le coup de foudre pour cette solution.

Quasiment inconnue il y a encore vingt ans, cette pratique a littéralement explosé depuis le début des années 2000. Une étude réalisée en 2007 par le bureau fédéral des statistiques estimait que 1,5 millions d’écoliers travaillaient à la maison. Mais une nouvelle étude rendue publique par le professeur Brian D. Ray, du National Home Education Research Institut, un think tank dédié à l’étude de la scolarisation à domicile,  affirme désormais que le nombre d’écoliers à la maison, âgés de 5 à 17 ans, a dépassé la barre des 2 millions.

Les familles nombreuses championnes du Homeschooling

Un engouement qui s’explique par la mauvaise image croissante de l’école publique auprès des familles américaines. « Notre système d’éducation fait face aux problèmes qui existent sans doute dans toutes les écoles publiques du monde. Mais ils sont peut-être pires aux Etats-Unis qu’ailleurs », explique Mike Donnely. D’après les sondages, la méfiance vis-à-vis des écoles publiques constitue d’ailleurs la première raison invoquée par deux tiers des parents pour justifier le choix de la scolarisation à la maison. Viennent ensuite le souhait d’offrir un enseignement religieux ou moral, et l’insatisfaction liée à l’offre éducative dans les autres écoles.

Et cette pratique semble ne pas être réservée à la frange conservatrice de la population. Même dans le très démocrate état de New York, le Homeschooling a le vent en poupe. D’après les catégories du gouvernement américain, la majorité des élèves scolarisés à la maison sont blancs, issus d’une famille nombreuse de trois enfants ou plus, dont l’un des deux parents seulement travaille. Cliché souvent répandu, l’école à domicile n’est pas limitée aux seules classes aisées, puisqu’en 2007, près de 40% des familles concernées avaient un revenu annuel inférieur ou égal au salaire moyen américain (environ 45.000 $ par an).

Surtout, elle n’est pas homogène dans sa pratique. Certains parents choisissent de recourir aux cours à distance via internet, d’autres à des programmes conçus par des écoles avec des objectifs à atteindre et des examens périodiques, d’autres encore décident de fixer eux-mêmes le programme de leurs enfants et de leur prodiguer l’enseignement correspondant.

Une pratique contestée

« Bien souvent, les parents n’ont aucune qualification professorale. Ils ne sont pas formés et il est très difficile pour eux d’enseigner toutes les matières abordées à l’école publique, estime cependant le Dr. Henry Gault, spécialisé en psychiatrie enfantine et adolescente. A ce titre, il y a une confusion entre le rôle de parent et celui d’enseignant. De plus, il y a un risque très fort pour la sociabilité des enfants qui n’apprennent plus à se confronter aux autres enfants et aux différents professeurs ».

Toujours selon les chiffres du gouvernement américains, près de la moitié des parents qui enseignent à leurs enfants à la maison ont en effet un diplôme inférieur ou égal à une licence. Outre le risque d’isolement des enfants, le Homeschooling a notamment fait l’objet de critiques nourries de la part de certains syndicats d’enseignants qui y voient la une dérive du fanatisme religieux aux Etats-Unis.

Dans une publication de l’Institute for Philosophy and Public Policy, de l’Université du Maryland, la professeur Robin West a notamment déchainé la fureur des partisans du Homeschooling en déclarant que « la majorité des homeschoolers aujourd’hui, en réalité une minorité, sont des protestants fondamentalistes. Et parmi les centaines de milliers de parents protestants fondamentalistes qui ont retiré leurs enfants de l’école publique durant les dernières décennies, la majorité l’a fait, non pas parce que leurs enfants avaient des besoins spéciaux, ou parce qu’ils vivaient trop loin d’une école, mais plutôt parce qu’ils n’approuvaient pas ‘’la laïcité, leur libéralisme, leur humanisme, leurs modes féministes de socialisation’’, et dans certains cas, l’existence même d’écoles publiques ».

Des associations organisées et militantes

Des critiques toutefois balayées de la main par les défenseurs de l’école à la maison qui se sont organisés en de très nombreuses associations et forums sur Internet afin de défendre leur choix éducatif au niveau fédéral et aider les parents intéressés à faire leur premiers pas. Un lobbying très influent qui leur a permis d’engranger les victoires ces dernières années, la scolarisation à la maison étant désormais autorisée et très peu règlementée. Si certains états américains imposent aux parents de se faire connaître auprès des services éducatifs fédéraux et aux enfants de passer des tests chaque année pour vérifier leurs connaissances, certains n’imposent aucune obligation particulière.

David Anders, professeur d’université, vit dans l’Alabama et il est père de cinq enfants, presque tous scolarisés à la maison. Catholique convaincue et pratiquante, cette famille débute chaque journée par une messe à 6h30 du matin. Le reste de la matinée est réservé au travail scolaire à la maison. « Nous suivons un plan d’étude fixé par une école catholique des environs, qui leur donne des instructions quotidiennes. Mon fils le plus âgé travaille seul, tandis que ma fille la plus jeune est aidée par sa maman. Et dans l’après-midi, les enfants vont à la piscine ou font de l’exercice », explique-t-il. S’il ne nie pas l’importance de la foi dans les choix qu’il a fait pour ses enfants, David Anders rejette toutefois les accusations d’isolement et de fanatisme.

« Mes enfants ne sont pas dépourvus de relations sociales. Au contraire, ils ont généralement des liens avec les autres enfants scolarisés à la maison, avec leurs familles, avec les gens de leur quartier et de leur communauté religieuse, leurs équipes sportives. En revanche, il est vrai qu’ils sont privés d’un environnement où leurs relations sont exclusivement réservées aux gens de leur âge comme c’est le cas à l’école traditionnelle », explique-t-il. Selon les études réalisées par certaines associations pro-homeschooling, les enfants scolarisés à la maison réussiraient même mieux aux tests académiques que leurs camarades de l’école publique ou privée.

David Anders admet que tous les parents ne sont pas infaillibles et que la scolarisation à la maison peut se révéler un désastre « dans une minorité de cas ». Toutefois, pas question pour lui d’envisager plus de réglementation de la part du gouvernement fédéral. « La plupart des parents qui ont fait le choix de l’école à la maison le font parce qu’ils sont intensément impliqués dans l’éducation de leurs enfants et de leur bien-être. De façon générale, ces enfants se montrent plus performants que les autres. Pourquoi le gouvernement devrait-il légiférer une pratique qui se révèle un succès sauf pour une très petite minorité de cas », explique-t-il.

Une fois le dîner terminé, David Anders aidera son fils à faire quelques exercices de mathématiques, pendant que les autres enfants iront se coucher tôt pour être en forme le lendemain. Et ainsi de suite, ce que ce père de famille appelle finalement sa daily routine.

___________

Article publié en collaboration avec InEcoVeritas.fr.

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  • « De plus, il y a un risque très fort pour la sociabilité des enfants qui n’apprennent plus à se confronter aux autres enfants et aux différents professeurs »

    La seule sociabilité à laquelle l’école publique nous prépare est celle de la prison ou de l’armée.

    Car dans l’école publique, tout est contrainte: la classe où l’on se trouve, les horaires, les camarades qui travailleront avec nous, les professeurs, le travail que l’on doit faire, les propos que l’on doit dire, les lieux où l’on doit aller.
    Les relations ne sont qu’avec des personnes soit de notre âge, soit des professeurs qui doivent avoir une relation distante même quand on le connaît personnellement.

    Cela n’a rien à voir avec le monde du travail, ou familial, ou d’organisations, où l’on est avec toutes sortes de gens, où l’on choisit quand même beaucoup plus ce que l’on fait, ce qu’on fait, etc… 

    Pour rien au monde, je quitterai mon boulot pour revenir à l’école publique, et je ferai tout pour éviter à mes enfants d’y aller.

    • « Pour rien au monde, je quitterai mon boulot pour revenir à l’école publique, et je ferai tout pour éviter à mes enfants d’y aller. »

      Dans ce cas, vous devrez d’abord :
      1) trouver une femme qui, comme Patty dans l’article, accepte de rester à la maison (rappel : 80% des mères de famille travaillent, en France).
      ou
      2) gagner suffisamment pour payer un precepteur (on va dire au bas mot 1500 euros s’il est pas trop gourmand).

      • Pas besoin de précepteur ni de parent en permanence. A partir de 7 ans environ les enfants sont parfaitement capable de faire leur boulot scolaire tout seul sans surveillance, d’expédier proprement en 3 heures ce qui leur en prendrait 10 à l’école ; après quoi ils peuvent jouer, faire du sport, etc.

        Sur la sociabilité, l’expérience prouve que les anciens de l’école à la maison sont plus et mieux sociables que les anciens des écoles habituelles. Mais il est difficile de faire la part de l’influence du home-scooling (Vs école traditionnelle) et de leur profil culturel et familial (celui qui est dénoncé dans l’article : forte religiosité).

        • Vieux machin de babas-cool, ratage sur toute la ligne. Il faut laisser l’enfant s’épanouir, construire seul son savoir, lui faire confiance, jouir sans entrave, il est interdit d’interdire, et autres âneries.
          Soit dans la filiation direct de S’Neill, Libres Enfants de Summerhill : «Quand un enfant me jetait une pierre, je lui en jetais une à mon tour». Résultat : Viol et assassinat du Collège Cévenol. Jouir sans entrave.
          Soit on ne veut pas que l’enfant-roi soit scolarisé avec les minorités ethniques, et on raconte des fables. Car le politiquement correct interdit de nommer les choses et il est convient de vénérer les minorités.

          • Arrêtes tes délires.
            Le home-schooling est au contraire un truc de famille avec une forte armature morale, où les parents donnent aux enfants des ordres censés dans l’intérêt de l’enfant, et où les enfants les suivent.
            C’est aussi une façon pour les minorités, pas forcément ethnique, d’échapper à la pression (voire l’oppression) de la majorité.
            Accessoirement le collège cévenol n’a rien à voir avec « jouir sans entrave », c’est au contraire une structure qui hérite de la tradition locale de protestantisme pur et dur, qui n’est pas précisément celle de « Summerhill » …

      • @ bobonneaufoyer

        Cela fait quand même 20% des femmes qui ne travaillent pas, et on peut y ajouter encore celles qui n’ont qu’un petit temps partiel.

        Heureusement, il existe encore des femmes dont le rêve est de s’occuper d’un foyer, c’est un rêve qui est autant valable que celui de faire carrière.

  • « celui qui est dénoncé dans l’article ( forte religiosité) »

    Incroyable que l’on **dénonce** cela.

    Les petits laïcs athées se croient vraiment nés de la cuisse de Jupiter et supérieurs.

    Je trouve que le profil culturel athée (anomie, relativisme) doit être plus sûrement dénoncé, na.

  • Les parents moins qualifiés que les enseignants du public? Certes, si on s’en tient aux diplômes, en revanche si on se penche sur les résultats, il y a de bonnes chances pour qu’on inverse le jugement. Ces gens font un pas de côté pour ignorer un service public déficient, ça représente certainement une menace pour ledit service public. Va-t-on promulguer une loi pour les forcer a mettre leurs enfant a l’école? Personnellement je ne suis pas fou de ce genre de démarche, je préfère que les parents s’organisent en association pour créer une école qui réponde a leurs préoccupation. Ou tout simplement que la loi leur donne un droit de regard sur ce qui se passe dans l’école de leurs enfants. Bien entendu il se pose alors la question du coût, laquelle peut être résolue par le système des voucher.

    • « Bien entendu il se pose alors la question du coût, laquelle peut être résolue par le système des voucher. »
      —————-
      Pour reprendre un aphorisme connu, si vous croyez que l’éducation coûte, essayez l’ignorance.
      Mais en France, il ne s’agit même pas d’une question du coût, puisque même si des parents sont prêts assurer l’enseignement à domicile entièrement à leur charge, et il y en a, soit en individuel, soit en se regroupant (c’est le cas de ma cousine qui a voulu l’organiser dans son village isolé), les administrations (et le rectorat n’en parlons même pas) lui feront les pires misères.

      Vu les besoins de socialisation de l’enfant, la question de l’enseignement à domicile en individuel, passe encore, mais pour un regroupement de parents ?!?
      On est clairement face à une violence d’Etat qui s’exerce pour maintenir le monopole médiocre de l’EdNat et que tous ceux qui en ont les moyens essayent de fuir ou de contourner.

    • @ brennec

      Il me semble qu’en théorie les parents ont déjà un droit de regard sur ce qui se passe à l’école publique. Mais cela ne marche pas.

      Le seul droit de regard qui fonctionne, c’est le libre-choix de l’école, et le financement direct des parents à l’école choisie.

    • Ce que l’auteur de la remarque ne dit pas, c’est que le niveau d’instruction des parents n’a strictement aucune influence sur l’instruction des enfants. Point n’est besoin d’être formé pour être à l’écoute de son enfant et lui proposé ce qui est le plus adapté à sa personnalité.

      J’entends bien les détracteurs du homeschooling nous expliquer le monde est violent et qu’il vaut mieux s’y confronter dès le plus jeune âge. J’ai même essayé de m’y conformé… pour finalement récupérer un gamin agressif et solitaire. Aujourd’hui, il a plus d’amis que jamais dans sa vie, mes 3 enfants ne se disputent plus guère, sauf des chamailleries.

      Quant à la socialisation, elle est bien meilleure en apprenant en dehors de l’école : mes enfants rencontrent beaucoup de personnes d’âges très différents, jouent avec des enfants qui ne sont pas nécessairement de la même classe d’âge, interagissent avec beaucoup d’adultes qui leur transmettent des connaissances, améliorent leur anglais parce qu’ils ont des copains sud-africains qui parlent peu le français…

  • Tout à fait d’accord, surtout quand on voit que la principale association de parents d’élèves préconise l’abandon des notes.
    Mes huit enfants ont suivi le primaire à la maison, et ils ont appris à lire et écrire parfaitement, ce qui est un gros avantage par les temps qui courent. Quant à leur sociabilité, il n’y a aucun doute, elle fut dès le départ de meilleure qualité que pour la plupart des enfants ayant suivi le cursus classique.
    Il est évident que ceux qui cherchent à l’évidence un certain formatage des enfants, à base d’ablation des facultés de raisonnement, cherchent à diaboliser l’école à la maison… et malheureusement y réussissent en partie, notamment en France.

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