« Black Friday »: la folie consumériste

Cette année encore aux États-Unis, « Black Friday » a été l’occasion d’une véritable fièvre de surconsommation

Aux États-Unis, « Black Friday » désigne  une journée de soldes massives donnant le coup d’envoi des achats de Noël, le premier vendredi après Thanksgiving. Cette année encore, une véritable fièvre de surconsommation s’est emparée des Américains.

Par David Descôteaux, depuis Montréal, Québec

Décidément, les gens n’apprennent pas de leurs erreurs.

Les « experts » se réjouissent parce que les Américains ont dépensé en moyenne 398 $ au centre commercial pendant le week-end de la Thanksgiving. C’est 35 $ de plus que l’an dernier. En tout, les ventes dans les commerces ont augmenté de 16 %.

Je me demande ce qui est le plus pathétique. Voir des hommes et des femmes d’âge mûr se battre pour des machines à gaufres en solde au Wal-Mart — une femme s’est aussi frayé un chemin dans la cohue en utilisant du poivre de Cayenne, un consommateur a dû secourir son petit-fils piétiné, et des bagarres générales ont éclaté autour des serviettes de bain à 88 cents, rapportait lundi le journaliste Mario Roy.

Ça, ou le fait que les Américains n’apprendront jamais — tout comme nous, je suspecte.

Car je ne vois pas cette ruée de magasinage à crédit comme étant nécessairement une bonne nouvelle. Si l’Amérique est dans un tel bourbier aujourd’hui, c’est justement à cause de l’endettement. Et la seule façon de s’en sortir sera de payer ces dettes.

Jusqu’au cou

À ce propos, une nouvelle étude de la réserve fédérale de New York montre à quel point les Américains pataugent encore profondément dans les dettes.

L’endettement des consommateurs a diminué de 60 milliards $ pendant le dernier trimestre. C’est bien. Mais c’est seulement une baisse de 0,60 %. En dix ans, cette dette  est passée de 4500 milliards $ à plus de 12 000 milliards $. Une hausse de presque 300 %! Au rythme de désendettement actuel, redescendre la montagne et revenir à un niveau de dette soutenable prendra des décennies.

Surtout, c’est principalement la baisse des dettes hypothécaires qui a contribué au désendettement, selon l’étude. Or, si certains Américains ont remboursé leur hypothèque, plusieurs ont simplement remis les clés de leurs maisons à leur banque. D’ailleurs, les demandes de crédit à la consommation — hors hypothèques — continuent d’augmenter, écrit la Fed. Et le taux d’épargne des Américains baisse à nouveau.

Soit les Américains n’apprennent pas de leurs erreurs, soit ils se disent : « Au diable les budgets! La vie est courte, je me paye ce que je veux! »

Je me souviens qu’au plus fort de la crise en 2008, plusieurs annonçaient la fin de la culture de consommation à crédit, telle qu’on la connaît depuis les années 1980. La génération d’enfants qui voient en ce moment leurs parents, ruinés, remettre les clés de leur maison et quitter avec leurs valises, seront traumatisés financièrement, disaient-ils. Ils vont haïr le crédit, et consommer autrement.

Bah. On peut quand même attendre après les fêtes, non?

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