Charlie Hebdo : qui sème le vent récolte la tempête

En déclenchant les foudres d’une de leurs cibles favorites, Charlie Hebdo « l’a bien cherché » et s’est assuré une relance des ventes

En déclenchant les foudres d’une de leurs cibles favorites, Charlie Hebdo « l’a bien cherché » et s’est assuré une relance des ventes.

Par Aurélien Véron

L’acte de vandalisme qui a ravagé les bureaux du canard satirique est insupportable. La liberté de la presse devrait être totale dans un pays comme le nôtre. Ces deux cocktails molotov nous rappellent qu’à côté de la surenchère de lois mémorielles et du principe détourné de « protection de la vie privée » (qui interdit notamment aux journalistes d’aller creuser des affaires mettant en cause des personnalités politiques comme peuvent le faire les tabloïds anglo-saxons, etc.), d’autres dangers menacent toujours l’indépendance de la presse.

Mais en l’occurrence, l’incendie criminel répond à la stratégie sulfureuse de la victime. Le journal n’a pas pour objet l’investigation ou l’information. Son fonds de commerce, c’est le sarcasme et l’insulte – qui ne justifient certes en rien le moindre acte de violence – ainsi que l’attaque d’autres droits aussi fondamentaux que le droit de propriété. C’est le cas quand ils réagissent aux actions de faucheurs volontaires qui détruisent des laboratoires de recherche privés, en rigolant et en criant « encore ! ». Ou quand ils glapissent de joie devant l’occupation par des associations de squatteurs de bâtiments temporairement inoccupés au détriment des propriétaires. Et quand les manifestations altermondialistes dégénèrent, c’est le système « qui l’a cherché ». Aujourd’hui, c’est un peu Charlie Hebdo « qui l’a cherché » à son tour.

Charlie Hebdo est un clown affreux qui prospère dans la tempête et le chaos. La tempête l’a rattrapé. Heureusement, rien de très grave. L’événement offre une publicité démesurée à la revue, d’une valeur probablement supérieure au coût des dégâts. Son chroniqueur Patrick Pelloux bénéficie d’une tribune opportune pour s’afficher la larme à l’œil et l’indignation soignée devant les caméras qu’il affectionne tant. Et il permet également à Libé (seul à avoir eu de la pub dans Charlie) de se livrer un à joli coup de marketing en accueillant généreusement son tumultueux petit frère.

Les conséquences immédiates de cet acte odieux sont bien moins graves que les écoutes téléphoniques que subissent les journalistes d’investigation, par exemple du Monde ou de Mediapart. Quelques subventions publiques et une levée de fonds plus tard, le canard repartira plus gras qu’il n’était. Une fois de plus, Charlie Hebdo confirme la justesse de son « business model » fort rentable. En 2006, l’éditeur était bénéficiaire de 968.501 euros dont 85 % ont été distribués en dividendes ! Les chiffres de diffusion ont un peu baissé depuis lors. En déclenchant les foudres d’une de leurs cibles favorites (s’assurant même le soutien de l’extrême droite), ils se sont assurés une relance des ventes.

La justice doit retrouver et punir les auteurs de ce lâche attentat. Mais jouer les vierges effarouchées, ce sera sans moi.

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