Attention, la recapitalisation des banques peut conduire à un « crédit crunch » européen

À vouloir recapitaliser les banques, on risque de mettre encore un peu plus en péril le triple A de la France

À vouloir recapitaliser les banques, on risque de mettre encore un peu plus en péril le triple A de la France.

Par Alain Madelin

Il faut, dit-on de tous côtés, d’urgence recapitaliser les banques. Cette affirmation péremptoire lancée par Christine Lagarde à la tête du FMI, par les allemands et plus récemment par Barroso, est à la fois discutable et dangereuse. D’autant plus que l’idée s’installe dans les marchés.

Certes, le système bancaire européen a encore dans ses comptes un stock d’actifs toxiques hérités de la crise de 2008-2009 et il doit faire face à un ralentissement de l’activité économique. Toujours est-il que même si la fenêtre d’opportunité pour une recapitalisation plus massive n’a pas été saisie, sa situation s’est considérablement amélioré en accélérant le calendrier des exigences de Bâle III (300 milliards d’euros de recapitalisation depuis 2008).

Le problème auquel il s’agit de faire face aujourd’hui, c’est celui de la perspective de pertes sur les obligations souveraines de certains États européens.

Plusieurs observations :

— D’abord, il s’agit d’un risque jusqu’à longtemps nié par les autorités européennes et encore ignoré dans les stress tests des banques au mois de juillet. Mieux même, les autorités nationales ont pesé pour que les banques et les institutions financières conservent de tels titres.

— Ensuite de quel risque pays parle-t-on ?

S’il s’agit du risque de défaut grec, il peut être supporté par les grandes banques françaises car il correspond à peu prés à leurs bénéfices du premier semestre. De même, un risque global sur les PIIGS (calculé à 70% sur la Grèce, 40% sur Irlande et Portugal, 20% sur Espagne et Italie) qui correspond à moins d’1% de dégradation de leur ratio de solvabilité Core Tier 1 (à supposer que ce ratio imposé par les régulateurs soit pertinent) reste encore supportable (1% de ratio représente moins d’un an de bénéfice).

Au surplus, la facture pourrait en être légitimement partagée avec le FESF.

— La question cruciale de la recapitalisation des banques ne se pose en réalité qu’en cas de défaut majeur de l’Italie et de l’Espagne. Or, cette sombre perspective n’existe pas aujourd’hui. Et si elle devait se concrétiser, la recapitalisation des banques ne serait assurément pas à la hauteur de la crise de confiance majeure qui frapperait alors l’ensemble de la finance européenne.

Seule la Banque centrale européenne en « monétisant » les dettes espagnoles et italiennes pourrait combattre l’embrasement (au risque, sans doute gérable, d’outrepasser son mandat).

Et seule la Banque centrale européenne (peut-être avec l’appui du FMI) peut aujourd’hui, à titre de précaution, intervenir pour établir un cordon sanitaire autour de l’Italie et de l’Espagne.

Exiger aujourd’hui une trop forte recapitalisation des banques françaises conduirait non seulement celles-ci à mobiliser leurs bénéfices et à ne plus distribuer de dividendes pour satisfaire à cette obligation, ce qui en soit n’est pas un problème, mais surtout à réduire la taille de leur bilan c’est-à-dire in fine à restreindre leur capacité de crédit.

Pour éviter cela, l’État pourrait intervenir pour recapitaliser (de force ?) les banques mais au risque de mettre encore un peu plus en péril notre triple A (et dès lors de provoquer l’écroulement du dispositif de sauvetage européen bâti autour du FESF).

L’enfer est pavé de bonnes intentions. À trop vouloir recapitaliser les banques, on risque un crédit crunch…

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