Les émeutes au Royaume-Uni n’avaient rien de surprenant

Les émeutes britanniques, apothéose de l’État-providence

Les émeutes qui ont secoué le Royaume-Uni récemment sont l’apothéose de l’État-providence et de la culture populaire britanniques.

Par Theodore Dalrymple (*), depuis le Royaume-Uni
Un article paru dans le City Journal, le 10.08.2011

La criminalité, dont a fait preuve une partie de la population anglaise durant les émeutes, ne m’a nullement surpris. J’ai écrit à ce sujet il y a une vingtaine d’années lorsque que ces manifestations étaient légèrement moins graves. Cela ne m’a pas nécessité une grande perspicacité pour observer ce phénomène. Par contre, il a fallu une cécité particulièrement lâche à l’intelligentsia et à la classe politique britanniques pour ne pas le voir et se rendre compte de son importance. Un intellectuel déteste changer d’avis, un politicien de politique…

Dans un quartier de Birmingham, où j’avais l’habitude de traverser à pied pour me rendre à mon travail, trois hommes ont été écrasés et tués alors qu’ils essayaient de protéger leur propriété. La ville, que j’habite lorsque je suis en Angleterre, a également subi des émeutes. Seule une personne qui n’a jamais regardé autour d’elle, qui n’a jamais tiré de conclusions en observant les visages et les attitudes de ces jeunes hommes, aurait été surprise.

Ces émeutes sont l’apothéose de l’État-providence et de la culture populaire britanniques. Une population qui pense, parce que des intellectuels et des politiciens le lui ont souvent affirmé, qu’elle a droit à un niveau élevé de consommation, indépendamment de ses efforts personnels. Par conséquent, en se comparant avec le reste de la société, elle considère comme une injustice le fait de ne pas jouir de ce niveau élevé. Chaque membre de cette population se croit privé, parce que des intellectuels et des politiciens le lui ont souvent dit, même s’il a reçu une éducation qui coûte 80.000$. Il est fort probable que ni lui ni sa famille n’ont beaucoup contribué à son financement. En effet, il peut très bien avoir vécu toute sa vie aux frais des autres au point que chaque bouchée de nourriture qu’il a avalé, chaque chemise qu’il a porté, chaque télévision qu’il a regardé, ont été payées par d’autres. Même s’il reconnaissait cela, il ne serait pas pour autant reconnaissant. La dépendance ne favorise jamais la reconnaissance. Au contraire, il aurait le sentiment que les subventions ne sont pas suffisantes pour vivre comme il le souhaiterait.

Dans le même temps, son éducation coûteuse ne lui aura rien rapporté. Son travail, à supposer qu’il soit enclin à travailler, ne serait pas intéressant pour un éventuel employeur à cause des charges sociales nécessaires pour maintenir d’autres comme lui dans un état permanent d’oisiveté. Ainsi, en Angleterre, le travail non-qualifié est réalisé par des étrangers tandis que des Anglais au chômage de manière permanente profitent des aides sociales.

La culture de ce genre de personne n’est pas de nature à améliorer son comportement. La regrettée Amy Winehouse, chanteuse vulgaire, droguée, alcoolique, dont les chansons célèbrent la façon de vivre la plus dégénérée que l’on puisse imaginer, pourrait être élevée au rang d’héroïne de cette culture incapable de le protéger contre les comportements irresponsables.

Enfin, une longue expérience de l’impunité a enseigné aux émeutiers qu’ils n’avaient rien à craindre de la loi. En Angleterre, elle est devenue laxiste au point d’en être comique, excepté pour les victimes. Pour les émeutiers, la criminalité est devenue un paramètre par défaut de leur comportement. La chose surprenante n’est pas que ces émeutes aient éclaté mais qu’elles ne se soient pas produites plus tôt et ne deviennent chroniques.


Article original paru en anglais dans le City Journal
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Traduction avec l’aimable autorisation du journal : Xav pour Contrepoints.

(*) Theodore Dalrymple est écrivain et ancien médecin, chroniqueur sur le City Journal.