Affamer le contribuable

Ça se déroule ainsi : on dit oui à tout le monde, on donne des subventions à la pelle, on fait des promesses intenables.

Depuis Montréal, Québec.

Vous connaissez l’expression « Starve the beast », ou « affamer la bête »? C’est une théorie politique, prônée par les néoconservateurs américains, pour réduire la taille de l’État. Ça se déroule ainsi : on baisse les impôts des citoyens, pour créer un déficit budgétaire au gouvernement. Ensuite on dit : « on n’a plus d’argent, faut couper! », et on force l’État à réduire ses dépenses. À maigrir.

Ronald Reagan aimait bien l’idée. Sauf qu’en plus de baisser les impôts, Reagan a gonflé les dépenses. Et l’État a grossi encore plus. George W. Bush a fait la même chose.

Plus je lis les nouvelles, plus j’ai l’impression que nos politiciens ont embrassé la philosophie inverse. Au Québec, on « engraisse la bête ». Ça se déroule ainsi : on dit oui à tout le monde, on donne des subventions à la pelle, on fait des promesses intenables. Et quand l’argent manque pour les services essentiels de l’État, on dit : « il faut monter la TVQ, Hydro, les taxes sur l’essence! Sinon les gens vont mourir dans les hôpitaux, et les ponts vont tomber. »

Où sont les priorités?

On subventionne à coups centaines de millions des Banques françaises, IBM ou Warner Bros. On fait le bouche-à-bouche à des canards boiteux comme la Davie. On bâtit des routes dans le Grand Nord pour faire cadeau aux entreprises minières étrangères. L’État gère des garderies, se lance dans la fécondation in vitro, finance des stations de ski…

On encourage les fonctionnaires à aller en République dominicaine, à faire du yoga, des thérapies du silence (!?) On ferme les yeux sur la corruption dans la construction. On laisse exploser le coût des projets de transports en commun (comme le train de l’Est), sans jamais punir qui que ce soit.

Jusqu’à ce que les coffres de l’État se vident. Et qu’on se retrouve sans ressources pour nos procureurs qui essaient de jeter des Hells Angels derrière les barreaux. Pour embaucher plus de médecins et d’infirmières. Des éducateurs spécialisés pour épauler nos profs dans les écoles. Pour entretenir nos viaducs, avant qu’ils ne s’effondrent sur nos têtes.

La solution? Grossir!

Que font alors nos politiciens? Ils établissent des priorités? Font des choix difficiles, mais responsables? Non. On taxe! Vous l’avez peut-être oublié, mais dans un peu plus de quatre mois, on va augmenter la TVQ d’un autre 1%. Votre taxe santé va grimper à 200 $. Votre compte d’Hydro va monter. Les frais de scolarité aussi. Et sur votre chèque de paye, vos cotisations RRQ vont augmenter pendant les six prochaines années. L’assurance parentale aussi, alouette!

Et l’État va grossir. Tout en s’éloignant encore plus de ses missions premières.

Jean Charest a diminué les impôts au début de son règne, mais a égaré les plans de sa « réingénierie de l’État ». Et il a dépensé, et dépensé. Sans compter. À crédit. Depuis 2003, le budget de l’État a gonflé de plus de 20 %. Et dites-moi : quelque chose a changé depuis le début de la crise économique? On dépense moins? Mieux? Nos élus se serrent la ceinture? C’est moi qui rêve ou on continue à gaspiller, alors même qu’une tempête s’apprête à nous frapper?

Ce serait le fun que nos dirigeants allument. Avant qu’il ne soit trop tard.

Au moins, on ne se laisse pas influencer par les théories des Américains — surtout pas des néoconservateurs. Ici, pas question d’affamer la bête. On affame le contribuable.

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