La cause des émeutes de Londres

Ce n’est que quand elle a cessé de traiter les émeutes comme un jeu de rôles en relations communautaires à l’école de police de Bramshill, que l’analyse des coûts et des profits a changé pour les encapuchés

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La cause des émeutes de Londres

Publié le 13 août 2011
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Les émeutes ont été si choquantes, si en décalage avec l’image que nous avons de nous-mêmes comme peuple calme et ordonné, que nous voulons naturellement trouver une explication à la mesure de l’ampleur des événements.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume-Uni

L’idée que les troubles n’étaient rien de plus qu’une criminalité impulsive opportuniste, ne semble pas adéquate. Nous exigeons des causes plus profondes. Si nous sommes de gauche, nous dénonçons la pauvreté, le racisme, et la brutalité de la police. Si nous sommes de droite, nous dénonçons l’échec de l’État providence et de l’éducation, qui ont produit une génération dépourvue du sens des responsabilités.

Toutes ces théories sont à côté de la plaque. Elles pourraient bien être vraies, mais elles ne le sont pas devenues abruptement le week-end dernier. Aussi potentiellement intéressantes qu’elles soient, elles ne nous aident pas à comprendre à quel point ces troubles ont été soudains, ni leur échelle. Non, pour expliquer ce qui s’est produit, il nous faut une cause plus immédiate; et cette cause nous regarde droit dans les yeux.

Londres août 2011Dans toute société, un nombre surprenant de personnes enfreignent la loi si elles peuvent être raisonnablement certaines de ne pas en subir les conséquences. Les criminels ne sont pas une espèce à part, qui porte des tenues douteuses et des gros sacs avec leur butin. La plupart des crimes sont opportunistes. Et la plupart des gens, à un moment ou à un autre, enfreignent la loi.

Le nombre des criminels potentiels sera toujours supérieur à celui des officiers de police. Faire respecter la loi fonctionne selon le principe que tous les criminels ne vont pas agir au même moment, de la même façon que le système bancaire repose sur le fait que tout le monde ne va pas retirer son argent de son compte au même moment. Quand des criminels potentiels réalisent que les forces de l’ordre sont au point de rupture, pendant une coupure d’électricité majeure, par exemple, ou après une catastrophe naturelle, le pillage, habituellement, s’ensuit.

Ce qui s’est produit au début de la semaine, c’est que les criminels ont fait précisément ce calcul. Le déclencheur n’a pas été une coupure de courant ou un tremblement de terre, mais les images, à la télévision, de la police regardant et laissant faire, alors que les boutiques se faisaient piller sous leurs yeux. Même le moins brillant des encapuchés s’est alors retrouvé capable de faire un rapide calcul de coûts et de profits. Si la police n’était pas prête à défendre la propriété privée dans une rue principale de Londres, alors elle serait largement dépassée par des troubles plus étendus. Tout ce qui manquait, c’était le nombre, et, grace à Blackberry et Tweeter, le nombre pouvait être créé.

Pour quelqu’un de peu qualifié et instruit, le crime peut être un choix de carrière logique. Le risque d’être attrapé est mince, le risque d’être condamné est futile, et les risques d’emprisonnement sont virtuellement inexistants. C’est particulièrement vrai pour ceux qui sont classés juridiquement comme juvéniles, ce qui explique le nombre de jeunes parmi les malfaiteurs.

En d’autres termes, ce à quoi nous avons assisté n’était pas un cri de révolte contre le système, encore moins une réaction contre les « coupes » budgétaires qui, comme mes chroniques ne se fatiguent jamais de le répéter, n’ont pas encore commencé à se faire sentir.

Comme l’excellente Zoe Williams l’a exprimé avant-hier :

Je pense qu’il doit être tout juste possible de remodeler vos actions pour les faire ressembler à une noble cause si vous volez des biens de première nécessités, du lait ou du pain. Mais vous n’y arriverez pas si vous êtes en train de voler des baskets.

Tirer des grandes conclusions sur la sécurité sociale ou l’érosion de la famille, ou encore la dépense publique, à partir des émeutes, est sot. La leçon évidente à en tirer c’est qu’il y a eu une défaillance initiale très grave de la part de la police. Ce n’est que quand elle a cessé de traiter les émeutes comme un jeu de rôles en relations communautaires à l’école de police de Bramshill, que l’analyse des coûts et des profits a changé pour les encapuchés.

Je ne dis pas ça juste avec le recul. L’incompétence monumentale de la police est un thème qui court de longue date dans mes chroniques. Quand bien même il y a des officiers de police qui se comportent avec bravoure, et parfois même avec héroïsme, dans des circonstances très difficiles, leur hiérarchie est affligeante.

Heureusement, une solution est en préparation ; la législation requise suit son chemin dans les tuyaux et les chambres de notre machinerie gouvernementale. Eh oui: l’heure des Sheriffs élus arrive.

—-
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  • L’article de Daniel Hannan est lumineux. Cependant, si je puis me permettre de compléter, je pense qu’il oublie un petit point tout de même, qui peut faire dévier son explication. Si la police de Londres n’a rien fait au début, ce n’est pas par angélisme, par bisounoursisme ou je ne sais quoi. C’est la brèche par laquelle beaucoup vont s’engouffrer, pour expliquer que c’est l’Etat est laxiste face aux barbares, etc.

    En réalité il ne s’agit pas du tout de cela. Si la police n’a rien fait, c »est parce qu’elle ne [i]savait pas[/i] quoi faire. Là où en France on a les CRS et les gendarmes mobiles, presque entièrement dédiés au crowd control et aux répressions des émeutes, on a l’impression que les forces d’intervention qu’on a vues étaient de simples bobbys, sans formation, à qui on a remis l’équipement d’intervention, sans aucune formation au travail en équipe, en formation groupée, sans pratique des charges dont le but est de repousser des groupes d’assaillants voire de les capturer tous d’un coup en barrant habilement les rues.

    Ce n’est pas par hasard si David Cameron a demandé des aides étrangères, probablement pour entamer une réforme de la manière de faire des forces de police anglaises.

    • Si la police ne savais pas quoi faire alors elle était incompétente et les anglais ferais alors mieux de se tourner vers d’autre concurrent des services de police de la Reine… à j’oubliais il y a un monopole dans secteur d’activité…

  • Excellent article encore une fois.
    Sur le manque de formation de la police britannique, il me semble qu’elle a tout de même une grande expérience de la gestion du hooliganisme, même si cela date un peu. J’imagine qu’il existe en Angleterre des sections policières spécialisées dans ce domaine.

  • Du grand Hannan, on sent la formation d’économiste bien maitrisée, à 1000 lieues des guignols keynésiens que l’on doit subir à longueurs d’antennes en France.

  • J’adhère à l’analyse de Hannan. Je répondrais à Saroyan que même si nous avons en France des forces de l’ordre spécialisées dans la gestion des manifestations qui dérapent ou des émeutes, il n’en demeure pas moins qu’elles ne sont pas promptes non plus à réagir et à intervenir. Trop généralement elles sont « passives, « inertes », elles sont présentes sur les lieux mais passent un temps fou à observer, à se faire cracher dessus, en attendant que la hiérarchie dans les bureaux, prenne le courage de leur donner l’ordre de passer aux actes : arrestations, empêchement de casser et de voler, quitte à utiliser la violence. A la violence, nous sommes tout de même en droit de répondre par la violence ! La logique des sociétés occidentales dites développées est depuis plusieurs années incompréhensible par les honnêtes gens, car le politiquement correct a pris le dessus, c’est-à-dire l’hypocrisie à grande échelle, le dévoiement, la peur, la fuite, l’irresponsabilité. Les semblants-humanistes rejetteront la faute de tels émeutes et pillages, sur la société, sur le chômage, sur le faible pouvoir d’achat, sur la mauvaise redistribution des richesses. En France, bien que les revenus de transfert soient plus importants, et la protection sociale meilleure aussi qu’en Angleterre, cela n’empêche pas pourtant de tels agisssements. Le fond du problème est bien ailleurs ! Et nous le savons pertinemment.

  • @ehhkm : je rejette votre vision du « eux » versus « nous ». Il s’agit d’émeutes impliquant des habitants d’un même pays, indépendamment de votre délire sur les sociétés occidentales, l’humanisme, le bisounoursisme et compagnie.

    Et franchement, il faut ne jamais avoir été dans une manifestation en France pour dire que les forces de l’ordre se retiennent.

    Avez-vous bien lu l’article de Daniel Hannan?

  • Pas forcement d’accord avec vous Léopold.
    Je me souviens encore, il y a 10/15 ans, du discours d’un proche, ancien membre du GIPN, puis de la BAC, lors des émeutes et des voitures brûlées à Strasbourg : « On les connait, on sait ou ils habitent, on a les moyens d’intervenir, mais il nous manque une seule chose: le feu vert du politique ».
    Je pense que nous n’avons pas encore évolué sur ce point précis.
    Tant qu’on se scandalisera toujours plus pour une bavure (qui est un risque statistique et non évitable à 100% ) que pour des violences et des crimes sur les forces de l’ordre, nous n’évoluerons pas et la porte de l’angélisme français sera et restera ouverte.
    J’ai vécu dans de nombreux pays, et plus particulièrement en Arabie Saoudite, aux Emirats Arabes et au Maroc. Je n’ose même pas imaginer le moindre débordement du style de Londres et les représailles qu’il y aurait eu.
    Alors franchement, chez nous, en Europe, cessons nos scrupules de pucelle effarouchée et allons y … défendons fermement la propriété privée, même s’il faut pour cela en venir à la matraque.
    Et s’il faut aider les anglais à se former pour le maniement de la matraque, aidons les. Nous les aiderons au moins les Britanniques pour quelque chose. A défaut d’écouter leur Dame de Fer qui nous manque tant en France !

  • Les sociétés à traditions libérales comme l’Angleterre sont plus vulnérables aux déchaînements de sauvages. En France, l’ordre règne au prix d’un effectif policier pléthorique aux pouvoirs pouvant faire frémir les defenseurs des libertés individuelles (GàV sans avocat, répression des contestations devant la supposée bonne foi du policier, etc.).

    Avant de réclamer (pour les gens de « droite ») une répression plus forte lors d’évènements exceptionnels ou la construction de terrains de basket ou des ateliers théâtre et autres loisirs créatifs (pour les gens de « gauche »), il est important de peser l’avantage d’avoir un corps policier permanent et puissant (ou un corps de sociologues citoyens et festifs) avec le risque de subir des violences telles quen connaît l’Angleterre en ce moment.

    En fait, faut-il, face à des évènements exceptionnels, (et autant choquants que consternant) élaborer des dispositifs répressifs permanents ?

    Si l’on considère que tout citoyen doit être prêt à être suspecté sous prétexte d’ordre public, alors va pour plus de répression.
    L’ordre régnera mais à quel prix ?

  • allons, allons,

    En 2005 nos émeutes ont duré presque un mois !

    comment peut on avoir si peu de mémoire !

    Et les Ordres sont toujours les mêmes à Paris ou à Londre: pas de bavure !!

    les biens matériels détruits seront payés par tous les contribuables, donc rab !

    et un policier tué ou blessé, ça, c’est pas grave…….

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