La cause des émeutes de Londres

Ce n’est que quand elle a cessé de traiter les émeutes comme un jeu de rôles en relations communautaires à l’école de police de Bramshill, que l’analyse des coûts et des profits a changé pour les encapuchés

Les émeutes ont été si choquantes, si en décalage avec l’image que nous avons de nous-mêmes comme peuple calme et ordonné, que nous voulons naturellement trouver une explication à la mesure de l’ampleur des événements.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume-Uni

L’idée que les troubles n’étaient rien de plus qu’une criminalité impulsive opportuniste, ne semble pas adéquate. Nous exigeons des causes plus profondes. Si nous sommes de gauche, nous dénonçons la pauvreté, le racisme, et la brutalité de la police. Si nous sommes de droite, nous dénonçons l’échec de l’État providence et de l’éducation, qui ont produit une génération dépourvue du sens des responsabilités.

Toutes ces théories sont à côté de la plaque. Elles pourraient bien être vraies, mais elles ne le sont pas devenues abruptement le week-end dernier. Aussi potentiellement intéressantes qu’elles soient, elles ne nous aident pas à comprendre à quel point ces troubles ont été soudains, ni leur échelle. Non, pour expliquer ce qui s’est produit, il nous faut une cause plus immédiate; et cette cause nous regarde droit dans les yeux.

Londres août 2011Dans toute société, un nombre surprenant de personnes enfreignent la loi si elles peuvent être raisonnablement certaines de ne pas en subir les conséquences. Les criminels ne sont pas une espèce à part, qui porte des tenues douteuses et des gros sacs avec leur butin. La plupart des crimes sont opportunistes. Et la plupart des gens, à un moment ou à un autre, enfreignent la loi.

Le nombre des criminels potentiels sera toujours supérieur à celui des officiers de police. Faire respecter la loi fonctionne selon le principe que tous les criminels ne vont pas agir au même moment, de la même façon que le système bancaire repose sur le fait que tout le monde ne va pas retirer son argent de son compte au même moment. Quand des criminels potentiels réalisent que les forces de l’ordre sont au point de rupture, pendant une coupure d’électricité majeure, par exemple, ou après une catastrophe naturelle, le pillage, habituellement, s’ensuit.

Ce qui s’est produit au début de la semaine, c’est que les criminels ont fait précisément ce calcul. Le déclencheur n’a pas été une coupure de courant ou un tremblement de terre, mais les images, à la télévision, de la police regardant et laissant faire, alors que les boutiques se faisaient piller sous leurs yeux. Même le moins brillant des encapuchés s’est alors retrouvé capable de faire un rapide calcul de coûts et de profits. Si la police n’était pas prête à défendre la propriété privée dans une rue principale de Londres, alors elle serait largement dépassée par des troubles plus étendus. Tout ce qui manquait, c’était le nombre, et, grace à Blackberry et Tweeter, le nombre pouvait être créé.

Pour quelqu’un de peu qualifié et instruit, le crime peut être un choix de carrière logique. Le risque d’être attrapé est mince, le risque d’être condamné est futile, et les risques d’emprisonnement sont virtuellement inexistants. C’est particulièrement vrai pour ceux qui sont classés juridiquement comme juvéniles, ce qui explique le nombre de jeunes parmi les malfaiteurs.

En d’autres termes, ce à quoi nous avons assisté n’était pas un cri de révolte contre le système, encore moins une réaction contre les « coupes » budgétaires qui, comme mes chroniques ne se fatiguent jamais de le répéter, n’ont pas encore commencé à se faire sentir.

Comme l’excellente Zoe Williams l’a exprimé avant-hier :

Je pense qu’il doit être tout juste possible de remodeler vos actions pour les faire ressembler à une noble cause si vous volez des biens de première nécessités, du lait ou du pain. Mais vous n’y arriverez pas si vous êtes en train de voler des baskets.

Tirer des grandes conclusions sur la sécurité sociale ou l’érosion de la famille, ou encore la dépense publique, à partir des émeutes, est sot. La leçon évidente à en tirer c’est qu’il y a eu une défaillance initiale très grave de la part de la police. Ce n’est que quand elle a cessé de traiter les émeutes comme un jeu de rôles en relations communautaires à l’école de police de Bramshill, que l’analyse des coûts et des profits a changé pour les encapuchés.

Je ne dis pas ça juste avec le recul. L’incompétence monumentale de la police est un thème qui court de longue date dans mes chroniques. Quand bien même il y a des officiers de police qui se comportent avec bravoure, et parfois même avec héroïsme, dans des circonstances très difficiles, leur hiérarchie est affligeante.

Heureusement, une solution est en préparation ; la législation requise suit son chemin dans les tuyaux et les chambres de notre machinerie gouvernementale. Eh oui: l’heure des Sheriffs élus arrive.

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