L’austérité en Italie, on demande à voir

Les marchés demandent à Rome de passer à l’action, mais le gouvernement italien n’offre pas de preuves tangibles qu’il peut tenir ses promesses

Les marchés demandent à Rome de passer à l’action, mais le gouvernement italien n’offre pas de preuves tangibles qu’il peut tenir ses promesses.

Un article d’Open Europe

Umberto Bossi et Silvio Berlusconi

 

L’habitué de nos pages aura remarqué que nous sommes soudain devenus des obsédés de l’Italie. Et on a de bonne raison de l’être. Le sort de la monnaie unique dépend en grande partie de la capacité du « Bel Paese » de sortir du rouge.

 

Quand l’austérité est plus facile à dire qu’à mettre en œuvre

À la suite des déclarations de la semaine dernière qui annonçait que le gouvernement italien se donnait l’objectif du déficit nul d´ici à 2013 au lieu de 2014, Berlusconi et ses acolytes ont besoin dès maintenant de trouver €20 milliards une année plus tôt que prévu – ça ne va pas être du gâteau. Malheureusement, le gouvernement italien est divisé quant à l’origine exacte de la résorption de la dette.

En fait, les média italiens rapportent que le gouvernement veut réduire les déficits et s’engager dans une réforme des retraites. À l’agenda des réformes pour l’année prochaine plutôt qu’en 2020, on trouverait plus spécifiquement, l’augmentation graduelle de l’âge de la retraite pour les femmes travaillant dans le secteur privé ainsi que des propositions qui pourraient voir le jour avec une année d’avance pour augmenter l´âge de la retraite en conséquence de l’espérance de vie.

Berlusconi discutera de nouvelles mesures d’austérité avec les syndicats italiens et les organisations patronales ces jours-ci. Sans surprise aucune, les syndicats vont faire de la résistance. Mais plus inquiétant, le leader de la ligue du nord, Umberto Bossi (en photo avec Il Cavaliere) – qui est le partenaire minoritaire dans la coalition de Berlusconi – a annoncé hier qu’il n’accepterait pas d’autres réformes du système de retraite italien.

La suggestion de la ligue du nord (avec le soutien supposé du ministre de l’économie italien Giulio Tremonti) est d’essayer d’imposer de nouveaux impôts sur le capital et la propriété. Berlusconi a tenu les propos suivants, largement relayés dans les médias :

Je ne serai jamais à la tête d’un gouvernement qui impose un impôt sur la propriété. Je préférerais démissionner.

Ok, on te croit.

Les politiciens feraient mieux de bien se tenir. En dépit de l’assistance temporaire offerte par la BCE sur les marchés obligataires, les marchés demandent à Rome de passer à l’action. Si le gouvernement italien n’offre pas les preuves tangibles qu’il peut tenir ses promesses, la distance entre Rome et Athènes s’en trouvera dangereusement raccourcie.

Un simple « Grazie » aurait suffi

Ajoutons quelques détails croustillants rapportés par le quotidien italien Il Messaggero, venant directement des coulisses de la villa Certosa de Berlusconi en Sardaigne. Non pas que nous nous attendions à ce qu’ Il Cavaliere soit heureux de se faire bousculer par la BCE lui demandant de procéder à des réformes économiques réelles de façon à donner á l’Italie une marge de sécurité. Néanmoins, les commentaires que ce journal met en exergues – et qui sont extraits des conversations entre Berlusconi et quelques-uns des ministres italiens les plus importants – dépassent tous les pronostics.

Berlusconi aurait dit :

Avec toutes ces lettres et tous ces communiqués, ils [le journal indique qu’ « ils » réfèrent á la BCE, le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel] nous représentent comme un gouvernement sous la coupe d’une administration d’office. Ce n’est pas vrai. De plus, ils ont décidé d’intervenir en faveur de nos titres obligataires pour se sauver eux-mêmes, et non pas l’Italie.

Il aurait ajouté :

Si le feu vert de chaque pays de la communauté est nécessaire avant que la BCE intervienne, cela signifie que la BCE n’est pas encore, comme elle le devrait, le gouvernement indépendant et autorisé de la zone Euro. S’il est dit, comme l’a fait Trichet [le président de la BCE], qu’en retour d’une intervention favorable pour nos obligations, nous aurions à concéder un « oui » politique, alors il est clair que nous sommes bien loin d’une gouvernance communautaire qui intimide les spéculateurs. Et si aujourd’hui c’est notre tour, demain ce sera celui de Paris.

Apparemment, le ministre des affaires étrangères italien, Franco Frattini, a fait écho du dernier point de Berlusconi (qui est de loin le plus intéressant) ajoutant dans le même article :

Sarkozy et Merkel savent bien que la contagion spéculative peut bien les toucher. S’ils avaient freiné l’intervention de la BCE, ils auraient par la même détérioré la situation de leur propre pays.

Hmmm, un simple « Grazie » aurait suffi. Mais pour être honnête, Berlusconi n’a pas tout faux concernant la politisation de la BCE.

—-
Chronique composée de deux articles originellement publiés sur Open Europe Blog, sous les titres « When ‘More Austerity’ Is Easier Said Than Done » et « A simple « Grazie » would do », reproduits avec l’aimable autorisation des auteurs.
Traduction : JATW pour Contrepoints