La France veut retrouver ses frontières

Une fois que l’UE a agi dans un quelconque domaine de politique, c’est pour toujours

Jamais je n’aurais cru voir ça. Le gouvernement français exige moins d’intégration européenne.

Le président Sarkozy, furieux à la vue de migrants tunisiens que les carabinieri italiens laissent passer à tour de bras, et bien au courant, de façon très inconfortable, des sondages qui le mettent derrière Marine Le Pen du front national, exige que le traité de Schengen soit révisé pour permettre de réinstaurer des contrôles aux frontières.

Il réagit à la décision de l’Italie d’accorder des permis de séjour de six mois à des milliers de réfugiés Nord Africains. De tels permis, normalement destinés à des touristes, autorisent leurs porteurs à voyager sans restrictions dans toute la zone Schengen, une zone sans frontières qui comprend la majeure partie de l’UE, mais à l’écart de laquelle se sont tenus, avec sagesse, le Royaume Uni et l’Irlande. Comme la plupart de ces nouveaux titulaires de permis de séjour parlent Français, il n’est pas difficile de deviner où ils vont se retrouver.

Silvio Berlusconi, lui aussi, a des sondages auxquels il doit penser. De son point de vue, l’Italie paye pour la politique étrangère de la France. Il n’était pas très chaud pour l’action militaire contre la Libye, de crainte qu’elle ne prospulse des migrants par flotilles entières vers l’île italienne de Lampedusa. La France, maintient-il, doit assumer sa part de responsabilité.

Il est difficile, de la part de la Grande Bretagne, de ne pas ressentir une petite pointe de satisfaction. Notre géographie aurait dû faire de nous une destination peu probable pour des demandeurs d’asile. Après tout, le but d’un vrai réfugié est de sortir d’un pays particulier, pas de rentrer dans un pays en particulier, et, en général, il y a plusieurs pays à traverser avant d’arriver jusqu’à la Manche. Et malgré tout, tout au long des 13 dernières années, en conséquence directe des accords européens, nous avons vu des clandestins pénétrer en Grande Bretagne à partir du camp de réfugiés de Sangatte, près de Calais.

Cette poussée migratoire s’est produite à partir de 1998. En partie, c’est parce que les travaillistes avaient annulé une loi qui refusait le droit de séjour aux épouses ou époux, s’il y avait raison de croire que le but premier du mariage était d’assurer l’entrée sur le territoire.

Principalement, cependant, c’était à cause de la mise en application de la convention de Dublin, de l’Union Européenne, qui signifait que le Royaume Uni ne pouvait plus renvoyer en France des clandestins, sauf si on pouvait prouver qu’il étaient entrés en Europe par la France, ce qui bien sûr n’était jamais le cas, puisque les sans papiers détruisaient systématiquement leurs documents. Et maintenant, la France se retrouve en position de subir les mauvais côtés des règles de bruxelles, et du coup, demande immédiatement qu’elles soient changées. On serait tenter de dire, tel est pris qui croyait prendre.

Plus encore, la demande de la France ne pouvait pas tomber à un plus mauvais moment pour l’UE. Ces derniers six mois, les eurocrates sont devenus nerveux et irritables. Ils avaient l’habitude de la jouer patermalistes avec les eurosceptiques, mais maintenant ils se déchainent.

La raison en est toute simple. Ils font face à une double révolte sur la crise de l’euro. Les électeurs dans les États contributeurs réagissent avec fureur à l’idée que leurs impôts et taxes servent à récompenser des gouvernements qui ont été plus frivoles que les leurs. En Finlande, le premier pays de cette catégorie à avoir eu des élections depuis l’effondrement du Portugal, tous les partis ont perdu du terrain face à Vrais Finlandais, qui s’est battu sur un programme à peu près en un seul point: contre les sauvetages dans la zone euro.

Ce qu’on saisit en général moins bien, cependant, c’est que lesdits sauvetages sont encore plus haïs dans les pays qui les reçoivent. Nos commentateurs tendent à évoquer gauchement « l’aide » qu’on apporte à l’Irlande ou au Portugal. En fait, ces États ont fait tout ce qu’ils ont pu pour éviter d’êtres mis sous contôle, et ils avaient bien raison. Ils comprennent ce que les sauvetages veulent réellement dire en pratique : l’argent va aux banquiers et aux détenteurs de bons du trésor, mais provient des contribuables ordinaires. On n’a pas porté secours à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal : on les a sacrifiés pour sauver l’euro.

Etrangement, le pays où il y a, jusqu’à présent, le moins de colère populaire contre les sauvetages, est le Royaume Uni, malgré le fait que, en tant que deuxième plus gros contributeur net, nous allons nous retrouver à devoir cracher plus pour sauver l’euro que presque tous les pays qui en font partie. Notre contribution nette à l’UE a augmenté d’un presqu’incroyable 74% l’année dernière pour atteindre £ 9,2 milliards, considérablement plus que ce que nous économisons avec nos coupes budgétaires nationales. Et cependant, pour des raisons qui me laissent totalement déconcerté, il n’y a pas de manifs sur ce sujet là.

Le projet européen dépend, beaucoup plus qu’on ne s’en rend généralement compte, d’un sentiment d’inévitabilité. Les électeurs peuvent bien ne pas trouver très sympathiques les transferts de compétences constants en faveur de l’UE mais, tant qu’ils croient qu’il n’y a pas grand chose à y faire, ils courbent l’échine. Ce phénomène est connu à Bruxelles sous le terme « doctrine de l’occupation du terrain » : une fois que l’UE a agi dans un quelconque domaine de politique, sa juridiction dans ce domaine est garantie à perpétuité.

Annuler une franche portion de Schengen, ferait, bien entendu, voler en éclats cette doctrine. Les gens pourraient se mettre à exiger le retour au pays de toutes sortes de compétences. Pourquoi l’UE devrait-elle diriger l’agriculture étant donnée la pagaille qu’elle a créée avec la PAC ? Ou la pêche ? Ou la politique monétaire ?

Comme ce sage français, Alexis de Tocqueville, l’a observé, le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement, c’est quand il commence à réformer. Pour la Nomenklatura de Bruxelles, ceci n’est pas une question de barrières à l’immigration. C’est une question d’emprunt hypothécaires et de coûts de scolarité pour leurs enfants. Et c’est pour ça qu’ils seront si réticents à accorder au Président Sarkozy ce qu’il veut.

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Sarkozy, le bricoleur de Schengen