Pourquoi y a-t-il du chômage ? (2)

Les pays avec un marché du travail non-flexible ont un taux de chômage constamment plus élevé

Pourquoi y a-t-il du chômage ? (1)

Pourquoi le chômage augmente-t-il durant les récessions ?

Lorsqu’une bulle spéculative survient dans un secteur particulier de l’économie, comme ce fut le cas dans l’industrie de la construction résidentielle durant les années 2000s, les salaires et l’emploi augmentent énormément, étant dopés par l’expansion du crédit. Lorsque l’expansion de la bulle dure des années, beaucoup d’emplois peuvent être déplacés de diverses industries vers l’industrie sujette à la bulle. Les salaires et taux de placement élevés attirent la main d’oeuvre. Il est même possible qu’une industrie telle que la construction puisse motiver des étudiants en difficulté scolaire à décrocher pour joindre les rangs du marché du travail.

Lorsque la bulle éclate et que la demande s’écroule durant la récession, ces emplois n’ont plus leur raison d’être. On observe donc des mises à pied massives. La récession est un processus de réajustement et de nettoyage durant lequel les ressources sont réallouées dans l’économie pour s’adapter à la nouvelle structure de l’économie. Par exemple, ces travailleurs du secteur de la construction, devenus inutiles parce que la demande n’y est plus, doivent se trouver un nouvel emploi dans une autre industrie.

Vous en conviendrez qu’il soit alors fort probable que le salaire offert pour ce nouvel emploi sera bien moins élevé que celui que ce travailleur pouvait toucher dans la construction durant le boum. Étant répugné par toute diminution de salaire, ces nouveaux chômeurs refusent des offres d’emploi à salaire inférieur et persistent à vouloir se trouver un autre emploi dans la construction à un salaire équivalent à celui qu’ils touchaient avant la récession, mais ils n’y arrivent pas puisque la demande n’est plus là. Ce processus peut durer d’autant plus longtemps que ces travailleurs touchent des indemnités d’assurance chômage.

Le tableau suivant présente le taux de chômage par industrie pour juin 2010. On peut y voir que celui de l’industrie de la construction est largement supérieur aux autres secteurs de l’économie.

C’est ainsi que le chômage d’abord conjoncturel, puisque généré par une récession, devient structurel, puisque ces travailleurs de la construction n’ont pas les compétences requises pour obtenir un emploi à un salaire à la hauteur de leurs attentes et qu’ils refusent une importante diminution de salaire pour un emploi à faire niveau de compétence. Ces gens sont sur le chômage non pas parce qu’il y a une récession, mais parce qu’ils refusent une baisse significative de leur revenu d’emploi.

Par ailleurs, les récessions sont souvent accompagnées d’une déflation. Les prix baissent ce qui affecte négativement les marges de profit des producteurs, mais comme les employés sont résistants à une baisse de salaire, les producteurs doivent réduire leurs effectifs pour éviter la faillite, ce qui génère du chômage.

Est-ce que la règlementation du marché du travail permet de réduire le chômage ?

Le marché du travail est un marché qui est fortement règlementé. L’ampleur de cette règlementation varie d’un pays à l’autre, mais en général on y retrouve certains des éléments suivants :

– salaire minimum ;
– nécessité d’obtenir un permis de travail ;
– avantages sociaux obligatoires ;
– indemnités de licenciement ;
– restrictions sur les mises à pied et délais d’avis ;
– adhésion forcée à un syndicat ;
– limitations des heures d’ouvertures des commerces ;
– assurance-chômage et autres indemnités.

 Sans nécessairement m’opposer à ces lois, il faut réaliser que celles-ci augmentent considérablement le coût de la main d’oeuvre. Si on prend le Brésil par exemple, un pays qui se situe en milieu de peloton quant à la flexibilité de son marché du travail, les avantages sociaux atteignent en moyenne 66% du salaire. [1] Lorsque le coût de quelque chose augmente, la demande diminue. Le travail n’échappe pas à cette loi, c’est pourquoi ces mesures contribuent au chômage.

Par exemple, le salaire minimum agit comme un prix plancher ; c’est-à-dire qu’il force un certain type de travailleurs, en l’occurrence ceux ayant un faible niveau de compétence, à demander un salaire plus élevé que ce qu’on serait prêt à leur payer pour leur travail.

Les prix planchers font en sorte de faire augmenter l’offre et de faire réduire la demande, créant ainsi un surplus. Étant plus élevé que le salaire du marché pour un travailleur sans compétence ni expérience, le salaire minimum fait en sorte d’attirer certaines personnes sur le marché du travail (par exemple des décrocheurs scolaires), mais il fait aussi en sorte de faire augmenter les coûts des entreprises qui emploient ces travailleurs, qui par conséquent en embaucheront moins. Donc, le salaire minimum augmente l’offre de travailleurs de ce type, tout en en réduisant la demande. Cette situation crée un surplus ; et sur le marché du travail un surplus se traduit par une augmentation du chômage. Le salaire minimum peut donc faire augmenter le chômage.

À l’été 2007, le salaire minimum a augmenté de $0.70 aux États-Unis pour atteindre $5.85/heure. L’été suivant, il a augmenté à $6.55 et en juillet 2010 à $7.25. Je ne m’oppose pas à ce que ces gens puissent avoir de meilleurs revenus et un niveau de vie plus décent (bien que j’aimerais qu’ils le fassent en suivant de la formation, en améliorant leurs compétences et en acquérant de l’expérience), il n’en demeure pas moins que le prix de la main d’oeuvre non-qualifiée a augmenté de +41% en deux ans. Le taux de chômage total a presque atteint 20% par la suite.

Lorsque le prix de quelque chose augmente autant, il est normal qu’on en utilise moins, surtout durant une récession. Lorsque le prix demandé pour un bien est plus élevé que ce que vous pouvez vous permettre, vous ne l’achetez pas. Le salaire minimum a donc forcé ces gens à augmenter le prix auquel ils offrent leur travail et les employeurs n’ont pas pu suivre. Devrions-nous êtres surpris du taux de chômage élevé qui a prévalut par la suite aux États-Unis ?

D’ailleurs, le salaire minimum, réservé aux emplois à faible compétence, n’est généralement qu’une situation temporaire dans la vie d’un individu. Aux États-Unis, environ 66% des travailleurs au salaire minimum en vienne à gagner plus que le salaire minimum après un an. Environ 38% des travailleurs au salaire minimum sont des adolescents vivant chez leurs parents. Plus de 97% de tous les travailleurs américains gagnent plus que le salaire minimum dès l’âge de 30 ans.[2]

Dans le même ordre d’idée, les indemnités de licenciement élevées et les longs délais d’avis requis avant les mises à pied rendent le congédiement d’un employé plus difficile et plus coûteux. Dans ce contexte, l’employeur est réticent à embaucher de nouveaux employés puisqu’il sait que si les affaires prennent une mauvaise tournure, il aura de la difficulté à licencier des employés pour éviter la faillite. Il utilisera davantage d’employés temporaires et à temps partiel. Ces règlements contribuent donc aussi au chômage. Cette réticence à embaucher sera d’autant plus accentuée si les coûts d’embauche sont élevés.

Le graphique suivant présente le taux de chômage de 29 pays industrialisés classés en deux groupes : l’un est composé des pays ayant un marché du travail flexible alors que l’autre comprend les pays avec un marché du travail non-flexible. Le classement a été élaboré selon le Rapport sur la Compétitivité Globale du Forum Économique Mondial [3] et est basé sur la flexibilité des salaires, la rigidité du travail, la libéralité des pratiques d’embauche et de mise-à-pied, ainsi que les coûts de mise-à-pied.

On peut voir que les pays avec un marché du travail non-flexible ont un taux de chômage constamment plus élevé que ceux qui ont un marché du travail plus flexible. Ainsi, plus le marché du travail est flexible (c’est-à-dire moins règlementé), moins le chômage sera élevé.

Le kiosque de fraises :

Prenons l’exemple d’un kiosque où l’on vend des casseaux fraises. Le propriétaire considère vendre ses fraises entre $4.00 et $6.50 le casseau. Cependant, plus le prix est élevé, moins la demande sera élevée. Plus le prix est élevé, plus les revenus du commerçant augmente, mais à partir d’un certain prix, la demande est repoussée et les revenus se mettent à diminuer. À partir d’environ $5.20, les augmentations de prix font baisser les revenus puisque la diminution de la demande a un effet négatif sur les revenus plus important que l’effet positif de la hausse de prix.

Étant donnée sa structure de coût et en payant ses employés un salaire horaire de $7.00, ses profits mensuels sont maximisés à un prix de $5.60 par casseau.

 Supposons maintenant qu’une nouvelle loi vienne le forcer à payer ses employés $10 de l’heure. Son profit de $500 se transformerait alors en perte de presque $600. Pour éviter la faillite, il devrait alors renvoyer un de ses employés, mais pour ce faire il devrait réduire ses heures d’ouvertures. Il devrait aussi augmenter le prix des fraises à $5.70, ce qui aurait certainement un impact négatif sur la demande. Ainsi, cette loi visant à améliorer les conditions de travail de ces travailleurs fait en sorte de faire augmenter chômage. Le gain des employés restants est réalisé au détriment de ceux qui perdent leur emploi.

(À suivre)

Notes :

[1] “Inequality and Employment in a Dual Economy: Enforcement of Labor Regulation in Brazil”, Rita Almeida & Pedro Carneiro, IZA Discussion Papers #3094, Octobre 2007.
[2] “What you need to know about the minimum wage”, Shawn Ritenour, Mises Institute, 10 septembre 2004.
[3] http://www.weforum.org/pdf/GCR09/GCR20092010fullreport.pdf