Pourquoi y a-t-il du chômage ? (1)

Publié Par Le Minarchiste, le dans Économie générale

La récession est l’un des phénomènes économiques les plus étudiés. La raison est que les récessions engendrent une augmentation du chômage, lequel peut anéantir le niveau de vie d’un individu. Ceci étant dit, même en période de boum économique, le chômage est toujours présent, même si c’est dans une moindre mesure que durant les récessions. Comment est-ce possible ? D’ailleurs, même durant les récessions, il ne suffit que de se promener dans les centres commerciaux et dans les quartiers industriels pour observer de nombreuses offres d’emplois non-comblées. Pourquoi ces occasions ne sont-elles pas saisies alors que des milliers de gens se cherchent un emploi ?

Qu’est-ce que le chômage ?

Le chômage peut être défini comme l’inactivité d’une personne souhaitant travailler. Il y a plusieurs types de chômage. Il y a tout d’abord le chômage frictionnel, qui survient temporairement lorsqu’un individu est entre deux emplois ou lorsqu’il termine ses études. On pourrait inclure le chômage saisonnier dans cette catégorie puisque les chômeurs saisonniers ne sont pas vraiment en quête d’un emploi, mais sont simplement inactif en raison de la nature saisonnière de leur emploi. Ces types de chômage ne sont pas vraiment dommageables pour le niveau de vie et ne nécessitent pas que l’on s’en préoccupe.

Le chômage conjoncturel quant à lui est relié au ralentissement de l’activité économique (voire aux récessions). Lorsque la consommation et/ou l’investissement ralentissent, la production va aussi diminuer ce qui fait en sorte que les entreprises ont besoin de moins de travailleurs. Elles vont alors les renvoyer de façon à préserver leur rentabilité, leurs flux monétaires et leur santé financière. Nous verrons plus loin que le chômage conjoncturel a souvent tendance à se transformer en chômage structurel.

Finalement, le chômage structurel découle de l’incompatibilité entre l’offre et la demande de travail. Ce type de chômage survient lorsque les compétences des travailleurs ne correspondent pas aux demandes des employeurs ayant des postes à combler. Il peut aussi s’agir de chômeurs dont les attentes salariales sont trop élevées en fonction de ce qui leur est offert. Le chômage technique entre aussi dans cette catégorie. Il survient lorsqu’une nouvelle technologie vient réduire le nombre de travailleurs nécessaires à effectuer une tâche. Les compétences de ces travailleurs deviennent alors totalement ou partiellement désuètes. Ces travailleurs deviennent alors chômeurs à défaut d’accepter un emploi ne nécessitant aucune compétence particulière dont la rémunération est conséquemment plus basse.

Pourquoi donc y a-t-il du chômage structurel persistant? Pourquoi est-ce que le chômage conjoncturel se transforme parfois en chômage structurel ? C’est ce que nous verrons dans les prochaines sections.

Qu’est-ce qu’un salaire ?

Le marché du travail n’échappe pas à la loi de l’offre et de la demande. Sur ce marché, le prix du travail est le salaire, l’offre est le nombre de gens qui se cherchent un emploi et la demande est le nombre d’emplois offerts dans un domaine particulier. Plus le salaire que vous exigez est élevé, moins il y a de chances que vous vous trouviez un emploi. Plus il y a de gens se cherchant un emploi dans votre domaine, moins le salaire que vous pourrez obtenir sera élevé. Donc, il existe un salaire qui équilibre l’offre et la demande d’emplois d’un certain type.

 L’offre et la demande ne sont cependant pas immuables. En fait, elles changent constamment. Par exemple, si vous êtes un ingénieur aéronautique et qu’un nombre record d’étudiant obtienne leur diplôme dans ce domaine cette année, l’offre va augmenter; donc le salaire moyen devrait diminuer. Ce serait la même chose dans le cas où une nouvelle technologie apparaîtrait, automatisant une partie de votre travail et nécessitant donc moins d’employés pour effectuer ces tâches. D’autre part, si l’industrie connaît une grosse baisse des ventes d’avions, il est fort possible que la demande diminue; donc le salaire moyen baisserait aussi. En revanche, si vous suiviez une formation vous permettant d’acquérir une expertise très rare, il serait à prévoir que la demande augmenterait; donc votre salaire augmenterait.

L’un des facteurs les plus importants influençant le niveau des salaires est la productivité des travailleurs, c’est-à-dire la quantité de profit qu’un employé permet à l’entreprise de générer en une heure ou une année. Plus un travailleur est productif, plus la demande pour son travail sera élevée, ce qui lui permettra d’obtenir une rémunération supérieure. La productivité est évidemment fortement liée au niveau de scolarité et de formation de l’employé, ainsi qu’à son expérience et ses talents innés.

Pourquoi est-ce qu’un chirurgien peut espérer un salaire de plus de $200,000 par année ? Parce qu’un nombre très limité d’individus ont les habiletés et compétences requises pour faire un tel métier ; l’offre de chirurgien est donc restreinte. Pourquoi est-ce qu’un employé d’une chaîne de restauration rapide ne peut espérer que le salaire minimum ? Parce que celui-ci ne permet à l’entreprise de générer que quelques dizaines de dollars de profits par jour alors qu’à peu près n’importe qui peut faire ce travail; son salaire reflète donc sa faible productivité et l’offre élevée de ce type de travailleurs. Pourquoi est-ce que les Penguins de Pittsburgh sont prêts à verser un salaire de $8.7 millions par année à Sidney Crosby ? Pensez aux ventes de billets et tout ce qui va avec (bière, nourriture, etc) qu’un tel joueur peut générer, aux contrats de télévision, aux ventes de chandails et aux commandites diverses. Les revenus qu’il permet de générer sont très élevés alors que le nombre de joueurs disponibles avec de telles habiletés est excessivement bas. Son salaire reflète donc sa productivité élevée et l’offre restreinte de ce type de joueur.

L’implication principale de cette vision du marché du travail est qu’il y a un vecteur de salaires, appelons-le « salaire d’équilibre », auquel tous les emplois sont comblés et tous les travailleurs recherchant activement un emploi en trouvent un. Ainsi, l’existence d’une offre d’emploi non-comblée signifie possiblement que le salaire offert n’est pas assez élevé pour qu’un individu l’accepte. Dans le même ordre d’idées, l’existence d’un chômeur qui ne se trouve pas d’emploi signifie possiblement que les attentes salariales de ce chômeur sont trop élevées en fonction de l’offre et de la demande relativement à ses compétences. Conséquemment, il y a toujours un salaire pour lequel un poste sera comblé et pour lequel un chômeur se trouvera un emploi.

Pourquoi alors y a-t-il du chômage structurel et des offres d’emploi non‑comblées ? Cela est attribuable à un phénomène que l’on nomme résistance à la baisse des salaires. Ce concept est basé sur l’idée, simpliste je vous l’accorde, selon laquelle les gens préfère une augmentation de salaire à une réduction de salaire. Ce problème est relié au fait que les gens ne considèrent pas l’inflation lorsqu’ils évaluent un salaire. Par exemple, si votre salaire baisse de 5% cette année, mais que les prix baissent de 10%, êtes-vous plus riche ou plus pauvre ? Réponse : vous êtes plus riche puisque votre pouvoir d’achat s’améliore de +5.6%.

Si on donnait à une personne le choix entre 1) une augmentation de salaire de 5% dans une économie où les prix vont monter de 10% et 2) une diminution de salaire de 5% dans une économie où les prix vont baisser de 10%, la moyenne des gens choisiraient l’option 1, alors que l’option 2 est bien plus attrayante. Dans une étude réalisée par l’économiste Robert Shiller, 41% des participants ont répondu être en accord avec la phrase: « je pense que si mon salaire augmentait, je me sentirais plus satisfait de mon emploi et plus épanoui, même si les prix augmentaient autant que mon salaire ». [1]

Ainsi, lorsque l’activité économique diminue et que l’économie entre en récession, on observe généralement une baisse de la demande qui met une pression à la baisse sur les prix : c’est la déflation. Logiquement, lorsque les prix baissent, les salaires aussi devraient baisser pour permettre aux producteurs de préserver leur rentabilité. Ces baisses de salaire n’ont à peu près aucun impact sur le pouvoir d’achat des travailleurs puisque les prix sont aussi en baisse. Cependant, les gens résistent farouchement à une baisse de salaire, surtout lorsqu’ils sont protégés par un syndicat. L’employeur n’a alors d’autre choix que de mettre des gens à la porte, ce qui génère du chômage. Sans la résistance à la baisse des salaires, les employeurs pourraient baisser les salaires lorsque les prix baissent, ce qui leur permettrait de renvoyer moins d’employés durant les récessions et les périodes de déflation.

L’observation de ce phénomène a mené à l’élaboration du concept de la courbe de Phillips (voir graphique ci-bas). Cette courbe présente une relation inversement proportionnelle entre le taux d’inflation et le taux de chômage. Ainsi, lorsque le taux d’inflation diminue, les marges de profit des producteurs diminuent, mais les employés résistent aux baisses de salaire. Les producteurs procèdent donc à des mises à pied qui occasionnent du chômage. En revanche, lorsque l’inflation augmente, les marges de profit augmentent, ce qui permet aux producteurs d’embaucher de nouveaux employés pour augmenter leur production, ce qui fait diminuer le chômage.

 Bien que cette relation soit observable empiriquement, elle n’est valide qu’à court terme puisqu’après un certains temps passé au chômage dans un environnement déflationniste, les travailleurs finissent par accepter une baisse de salaire et peuvent alors se trouver un emploi, alors que dans un environnement inflationniste, les employés finissent par demander des augmentations salariales pour être compensés pour la hausse du coût de la vie.

Courbe de Phillips.

(À suivre)

Note :

[1] “Animal Spirits”, George Akerlof & Robert Shiller, 2009.

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  1. Très bon article pédagogique. Vous avez raison d'insister sur le caractère temporaire de la courbe de philips, ce qui signifie aussi que, contrairement à ce qu'affirme Robert Schiller, les individus ne restent pas "irrationnels" très longtemps.