CGT : la Firme

Les Français surpayent tous leur facture d’électricité de 1% afin d’alimenter le CE d’EDF et la CGT. Un scandale qui doit cesser.

Par Aurélien Véron.

Manifestation Solidaires CGT
By: pierre bourruCC BY 2.0

Les Français se plaignent des hausses du prix du gaz et de l’électricité, ce qui permet aux médias de sortir ce sujet régulièrement sans insister sur le fait qu’un monopole aboutit forcément à du racket des clients captifs. Ce qu’ils ne savent pas, et ce sur quoi les médias ne s’appesantissent pas vraiment, c’est que depuis leur naissance, les Français surpayent tous leur facture EDF/GDF de 1% afin d’alimenter la CGT le CE de ces entreprises quasi publiques. 1 % du chiffre d’affaire, c’est 8% de la masse salariale (et, parait-il, 14 % de la masse salariale de GDF).

Riche d’un budget annuel de 500 millions d’euros (merci aux clients d’EDF), ce CE emploie lui-même 3.900 salariés (et plus de 2.000 vacataires exploités dont le CE a tendance à abuser selon les rapports; les nombreux contentieux devant les prud’hommes coûtent cher : 972.939 euros entre 1999 et 2004, auxquels il faut ajouter les réintégrations forcées). et dispose de son propre CE. Malgré ces chiffres faramineux ponctionnés sur notre dos, il est en déficit de 70 millions d’euros en 2010, au terme d’une « description clinique d’une institution livrée à elle même, sapée par les gaspillages et les dysfonctionnements en tout genre » selon les Echos. La Cour des Comptes envoie régulièrement des alertes concernant les absences de documents comptables consolidés, les coûts de fonctionnement excessifs, les irrégularités dans les comptes de l’Institut de formation des personnels des industries électriques et gazières (Iforep), qui reçoit 10 millions d’euros de budget par an pour enregistrer et à diffuser » gracieusement les spectacles produits lors de la fête de l’Huma… Les mutuelles du groupe sont déficitaires alors que la CGT leur prélève presque un quart du budget pour « frais de fonctionnement » (il faut bien les payer, les cars et les banderoles des manifs) La Cour des Compte, sans pouvoir réel en France, n’ose pas aller plus loin, préférant laisser cette aventure à un hypothétique magistrat suicidaire courageux.

En attendant, année après année, ce montant considérable permet à la CGT d’offrir aux salariés d’EDF des avantages dodus, mais surtout de les chaperonner, de maintenir une influence déterminante sur eux en encadrant leurs loisirs et de leurs vacances. Quand on est biberonné toute l’année par un syndicat aussi engagé idéologiquement que la CGT, aussi habitué à former ses militants et à diffuser ses idées, comment imaginer un impact nul sur l’opinion des salariés de la firme ?

Meuh non, rétorqueront les grands naïfs encore convaincus qu’un syndicat travaille pour le bien collectif. Mais ce qui est pire, c’est que ce CE ne fait pas que jouer au monopoly pour le bien-être des salariés d’EdF. Dans un passé récent, plusieurs affaires ont montré que l’argent du CE finançait aussi l’action militante anticapitaliste de la CGT. Début des années 2000, rappelez-vous le scandale découvert par le directeur de la CCAS, Jean-Claude Laroche. Il avait découvert et transmis à la justice des faits inquiétants : comptes falsifiés, salariés absents (militants sur le terrain ?), prestataires surpayés comme Idélia (location des véhicules saisonniers) et Chronofeu (extincteurs) et achats contradictoires avec l’objet du CE comme 77.000 CD d’un groupe ouvertement d’extrême gauche (Sergent Garcia). Pour les faire diffuser dans l’Huma-Hebdo, dans un intérêt évident pour les salariés du CE. En fait, ce CE faisait vivre un pan entier de la CGT, et cela n’a pas dû beaucoup changer car il ne semble pas que les auteurs de ces agissements apparemment délictueux n’aient pas été sanctionnés depuis le dépôt de la plainte en 2004.

Nous aimerions tous aussi connaître la destination précise des 22 millions d’euros dépensés récemment en études et conseils. Ainsi que l’usage de ces comptes parallèles « contraires aux dispositions statutaires » du CE mis en place avec 5 millions versés ici, 18 millions là, sans publication ni contrôle. Leur but, c’est de financer des caisses locales déficitaires « sans conditions ou sur des critères qui découlent de l’appréciation politique et syndicale de la situation locale, ces avances sont une prime à la mauvaise gestion des dépenses de personnel ». En gros, les bons militants qui sont mauvais gestionnaires. Mais elle permet aussi « d’attribuer un complément de rémunération sous forme d’aide aux vacances pour les salariés grévistes du début de l’année 2008 ». « L’incitation au soutien à des mouvements syndicaux ne fait pas partie de l’objet social de la CCAS et du comité de coordination », conclut pourtant la Cour des Comptes. Ah bon ?

Au ministère de l’Energie et du Développement durable, on temporise sans nier le problème : « Ce que décrit la Cour des comptes montre bien qu’il est urgent de remettre à plat tout le système ». Vite, une commission pour plancher sur la question d’ici fin 2012 ! Moi, je propose un grand coup de pied dans la fourmilière : alignement du CE sur tous les CE de France :  budget aux alentours de 1 % de la masse salariale, certification obligatoire par des commissaires aux comptes dans la plus totale transparence.