Les énarques : une oligarchie dépassée[Replay]

Publié Par Patrick Aulnas, le dans Politique

Par Patrick Aulnas.

tampons administration bureaucratie credits frederic bisson (licence creative commons)

tampons administration bureaucratie credits frederic bisson (licence creative commons)

 

Pourquoi la France, pays disposant d’atouts naturels et humains, réussit-elle moins bien que certains de ses voisins ? Pourquoi le pessimisme sur l’avenir est-il un mal typiquement français ? Pourquoi ce pays ne parvient-il pas à s’adapter à la réalité contemporaine qui est le dépassement de l’État-nation et l’évolution vers une globalisation scientifique, économique, financière et parfois même associative ? Toutes ces questions comportent des réponses complexes, mais les quelques milliers de personnes qui constituent la haute administration française ont nécessairement, puisqu’elles dirigent le pays, une part importante de responsabilité dans la situation actuelle. D’autant que la situation française est tout à fait singulière.

Les spécificités historiques

Un État-nation très centralisé se construit très tôt en France et ses dirigeants accumulent un pouvoir écrasant la société civile. La monarchie absolue, le jacobinisme, l’Empire napoléonien, la troisième République sont des régimes politiques glorifiant l’État et mettant l’élite à son service. L’aristocratie d’Ancien régime a été remplacée par une aristocratie d’Empire puis par une aristocratie républicaine. Mais toujours, une petite oligarchie a détenu l’essentiel de la compétence et du pouvoir dans la sphère publique.

En 1945, ce travers bien français est accentué par la création de L’École nationale d’administration (ENA). Les hommes qui ont présidé à la naissance de l’ENA, sous le gouvernement provisoire de la République (1944-1946), sont le général de Gaulle, Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français, et Michel Debré. Inutile de préciser que ces hommes sont bien loin du libéralisme. Ce sont des étatistes convaincus, qui veulent construire un État puissant et s’en donnent les moyens. Leur réussite sera complète.

Compétence et conquête du pouvoir

La noblesse d’État sera donc désormais formée, et même formatée, dans une école spécifique. Coupée de la société civile, cette caste maîtrise parfaitement les rouages complexes de l’administration et des institutions républicaines. Elle connaît les finesses du droit public et dispose d’une compétence sans partage en matière de finances publiques. Les politiciens, désignés ou élus, doivent composer avec cette technocratie d’État, car sans elle, ils ne sont rien : sans la bonne volonté des administrations, impossible d’agir.

Peu à peu, à partir du milieu des années 1960, les énarques vont coloniser les cabinets ministériels et les fonctions politiques. Le statut de la fonction publique leur est très favorable. Un fonctionnaire élu est placé en position de détachement et peut retrouver son poste s’il n’est pas réélu. Le risque est donc nul. Pourquoi alors ne pas cumuler la compétence du haut fonctionnaire et le pouvoir du politique ? On imagine la puissance que cela représente : être beaucoup plus compétent que la plupart des députés du fait de l’expérience professionnelle et disposer de la légitimité démocratique par l’élection. La combinaison est presque toujours gagnante. Le risque, encore une fois, est pratiquement nul.

Un cas unique au monde

Il existe des études statistiques permettant d’apprécier l’importance numérique et le pouvoir des énarques dans le monde politique et les cabinets ministériels . Mais sans entrer dans ces détails, chacun peut très facilement constater cette spécificité française en se limitant aux plus hautes fonctions politiques. Après la période de fondation de la Ve République par le général de Gaulle (1958-1969), six Présidents de la République (PR) se sont succédés. Trois d’entre eux sont des énarques (Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, François Hollande). En ce qui concerne les premiers ministres (PM), sur la même période (1969 -2015), les énarques dominent également. Le tableau suivant fournit un panorama d’ensemble :

Patrick Aulnas article 10 mars 2015

Sur une période d’environ 46 ans, le Président a été un énarque pendant 21 ans et le Premier ministre pendant 25 ans, soit 55% du la durée totale. Mais les périodes où ni le Président ni le Premier ministre ne sont des énarques se limitent à une dizaine d’années. Un énarque a donc été présent dans le couple Président – Premier ministre pendant environ 36 années sur 46.
Ce phénomène est unique au monde. Une seule école a une place prépondérante en France dans le recrutement des gouvernants depuis la fin des années soixante. Dans tous les autres pays développés, le recrutement est beaucoup plus diversifié. Prenons deux exemples sur la même période : Allemagne et États-Unis.

Patrick Aulnas article 10 mars 2015 (2)

Pourquoi le système français conduit-il à l’échec ?

Tout simplement parce que la formation des énarques est étroite, sans ouverture sur la diversité sociale, économique, technologique, scientifique. Le secteur public, rien que le secteur public pour l’écrasante majorité de ces hauts fonctionnaires qui régentent le pays. L’actuel Président de la République constitue un exemple presque caricatural de cette expérience limitée. Candidat socialiste par défaut, il parvient au poste suprême pour l’unique raison que les meilleurs de son camp (Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn) ont été écartés par des ennuis judiciaires. L’improbable se produit donc et un énarque-apparatchik pur, sans aucune expérience ministérielle, accède à la présidence. Il maîtrise parfaitement les combinaisons partisanes et électoralistes, dispose d’une vaste culture politique, économique et juridique, mais n’est jamais sorti du cercle de la technocratie publique et des cadres des partis politiques. Il ignore tout de la vie vécue par 99% de ses contemporains. Son monde est celui des équilibres politiques subtils et de l’évitement stratégique. Ce profil est archétypal de la haute fonction publique. Combien de petits François Hollande gouvernent la France ?

enarques rené le honzecLes énarques ne sont pas adaptés au monde ouvert qui est le nôtre. Créée par des étatistes après la seconde guerre mondiale, l’ENA pouvait représenter un atout dans une France aux frontières hermétiques, se protégeant de la concurrence par des droits de douane et des contingentements. Le capitalisme de connivence pouvait fonctionner avec une certaine efficacité dans un contexte purement national. Mais l’ouverture des frontières change la donne car la connivence n’existe pas à l’échelle internationale. Lorsque le pays doit affronter la concurrence des pays de l’Union européenne (libre circulation), celle des pays émergents et celle des pays développés extra-européens (abaissement des obstacles aux échanges), les petits arrangements au sein de l’élite politico-administrative représentent un handicap. Il n’est plus question d’utiliser les subterfuges traditionnels pour tromper la population, en particulier la dévaluation de la monnaie. La France était auparavant une grande adepte de la dévaluation qui permettait de masquer à la population l’inefficacité relative de sa gestion publique. L’inflation constituait une autre supercherie : la Banque de France pouvait créer de la monnaie sur instruction gouvernementale et rembourser ensuite la dette publique en monnaie de singe. Cette époque est définitivement révolue.

Il faut désormais être compétitif, s’adapter sans cesse aux évolutions, bref accepter la concurrence. Du fait de sa formation, l’aristocratie républicaine en est incapable. L’attitude archaïque de la France en Europe ressemble donc, dans son principe, à celle de la Grèce : promettre toujours, mais ne jamais tenir, mentir pour obtenir des délais, éviter la confrontation au réel par des manœuvres politiques. Ce ne sont pas les Français qui refusent le monde actuel, puisqu’ils fuient de plus en plus le pays pour s’installer à l’étranger. Ce sont leurs dirigeants, une caste fermée sur elle-même et protégeant ses privilèges au détriment de la population entière.

Les manœuvres politiques ne fonctionnent plus aujourd’hui. L’élite administrative et politique française est totalement rejetée par la population. Il suffit d’écouter. Deux thèmes reviennent souvent dans les discussions du Café du Commerce : on ne comprend rien à ce qu’ils racontent ; ils ne font qu’augmenter les impôts sans rien donner en contrepartie. L’insatisfaction grandissante des Français et les succès électoraux du Front National sont les premiers symptômes de la fin de l’énarchie.

 

  1. Bravo!
    Noire sur blanc ce qu’une majorité croisante des francais realise…

  2. Mieux encore, en détachement c’est quand même gagner des points de retraite sans avoir l’activité.
    Hollande en « détachement » de fonctionnaire de la cour des comptes n’y a fait que 3 ans de travail effectif, mais totalise 32 années de droits à retraite qu’il aura pendant 20 à 40 ans durée de sa future retraite……..
    3 années de travail pour une rente de dizaines d’années……Mieux qu’un investissement Apple ou Google.
    Comprenez que pour discuter des retraites du privé, autour de la table il n’y a que des « détachés », pour éviter de casser la poule aux oeufs d’or.

    1. De droit à la retraite payée avec notre argent !

    2. Le système français est parfaitement bien verrouillé. Pas étonnant qu’il soit complètement sclérosé.

  3. Haut fonctionnaire élu = conflit d’intérêts =impossibilité de réformer

    1. On comprend mieux pourquoi cette oligarchie ne veut pas que les français s’arment…

  4. « L’insatisfaction grandissante des Français et les succès électoraux du Front National sont les premiers symptômes de la fin de l’énarchie. », nous dit l’auteur. Hélas, rien n’est moins vrai.

    L’insatisfaction des Français remonte à fort loin ; il y a trente ou quarante ans déjà, Coluche moquait les énarques.

    Mais surtout, les succès du FN ne se font pas du tout au dépens de l’énarchie, bien au contraire. Le FN du père Le Pen avait un bon nombre d’énarques (les Lesquen, Le Gallou et autres Yvan Blot, généralement passés lors de la scission au MNR de Mégret, lui aussi énarque).

    Et aujourd’hui le FN de la fille Le Pen a aussi ses énarques, Philippot étant le plus connu mais très loin d’être le seul. Au final, le FN, tout comme tous les autres partis, est le jouet des énarques. Il ne diffère en rien des autres partis.

    1. « les succès du FN ne se font pas du tout au dépens de l’énarchie, bien au contraire »

      Ben oui, mais peu de gens savent qui est de l’ENA ou pas. Le malheur c’est que tout le monde sait que ça va mal mais que chacun a sa théorie.

      Et tant que l’immense majorité ne rejettera pas les voyous, les fumistes et les menteurs (quel que soit le parti qu’il représente), ce n’est pas près de changer car comment analyser ce qui ne va pas quand tous les politiques mentent.

      1. Il ne s’agit même pas de menteurs. C’est juste que, tous issus de la même école, ils ont une même matrice intellectuelle (même si pzs la même idéologie) et surtout les mêmes intérêts, qui ne sont pas forcément les intérêts de leurs électeurs.

        On ne peut même pas vraiment leur reprocher de défendre leurs intérêts. Mais il faut toujours se rappeler ce qui distingue un bon régime d’un régime vicié. Dans un bon régime, même les pires crapules ont intérêt à agir pour le bien et pour la justice. Dans un régime vicié, même les gens de bien ont intérêt à se comporter comme le dernier des voyous. Je vous laisse deviner dans quelle catégorie je placerais la France…

    2. Mégret a fait l’X, pas l’ENA il me semble.

      1. En effet, c’est une erreur de ma part. C’est le père de Bruno Mégret, Jacques Mégret, qui était énarque. Si ce n’est pas lui, c’est donc son père.

        Que ce petit monde est endogame…

        1. L’absolutisme bureaucratique, et son avatar le corporatisme, sont un héritage de l’Ancien régime ET de la Révolution qui a substitué le sien à celui du monarque.

          « Nous avons en France une maladie qui fait bien des ravages, cette maladie s’appelle la bureaumanie ».
          Ainsi s’exprimait vers 1750 Vincent de Gournay, qui dénonçait les dérives d’une bureaucratie royale aussi corrompue que tentaculaire. Ce mentor de Turgot inventa la formule « laissez-faire, laissez-passer » et il est célébré par les historiens de la « science économique » du monde entier (sauf chez nous) comme le fondateur de la discipline, vingt ans avant Quesnay et les Physiocrates. Ce Malouin surdoué est inconnu dans sa patrie dont l’inculture économique n’a régale que la prétention à l’omniscience. Hollande et sa clique sont l’incarnation de cette dérive corporatiste qui désolait Gournay. Ils ne savent rien gérer d’autre que leur carrière, et multiplient les bourdes aux frais du contribuable. Ils ont érigé l’irresponsabilité en système de gouvernement.

  5. Il faut préciser que le copinage permet à cette caste de tisser sa toile d’araignée, sans considération des compétences.

    1. Mais le copinage est une compétence ! C’est même LA compétence, capable de remplacer toutes les autres 😉

  6. Frédéric Bastiat qui s’est tant battu contre les Saint Simoniens doit se dire de l’au delà « je les avais prévenu de cette dérive qui apparaît bien française ». Bon courage à nos penseurs libéraux de reprendre le flambeau de la liberté.

  7. A près lecture d’un tel article,extremement lucide et plein de vérités,comment faire pour avoir envie d’aller voter? Miaux vaut peut etre laisser ce système s’écrouler de lui même et fuir le pays

  8. Bonjour et merci pour cet article cependant, je ne crois pas que François soit Enarque.
    Bien Cordialement

    1. Je voulais parler de François FILLON !

      1. Un fonctionnaire élu, qui n’exerce donc plus de fonction, voit son avancement continuer à courir. S’il n’est pas réélu, il est réintégré dans la fonction publique. Mais s’il n’y a pas de place pour lui (il a été remplacé), il continue à toucher son traitement sans exercer.
        Voilà qui permet aux cadres politiques de préparer tranquillement les futures élections à temps plein en touchant leur traitement.
        Inutile de souligner qu’avec tous les copains en place, ils ne reprennent pas souvent leurs fonctions…

      2. En effet, sur wikipedia, on lit que Fillon a fait des études de droit. Pas de passage par l’ENA mentionné.

  9. Analyse très contestable sur de nombreux points.
    Je passe sur une petite erreur, François Fillon n’a pas à ma connaissance fait l’ENA.

    Mais surtout l’auteur ne voit pas que l’ENA n’est qu’une école d’application…
    L’ENA, c’est deux années d’études auxquelles on accède après un concours, théoriquement dès Bac+3, mais dans les faits les admis ont tous Bac+5, avec en plus une ou deux années de préparation spécifique. Le profil type de l’admis au concours ENA, c’est un gars de 25 ans, diplômé de SciencesPo Paris. Donc quelqu’un qui a déjà une formation initiale poussée, qui a déjà ses propres convictions (et l’art de les masquer) et qui réussit un concours valorisant la « bonne pensée ». Si l’enarque est « formaté », alors il est formaté avant d’entrer à l’ENA.
    Car l’ENA n’est qu’une école d’application. Assez peu de cours théoriques, beaucoup de stages pratiques : en prefecture, administration, entreprises…
    SI l’on veut vraiment combattre ce formatage et cette pensée unique, ce n’est pas l’ENA qu’il faut supprimer, c’est SciencePoParis !

    En fait, le vrai problème de l’ENA, c’est qu’elle ne devrait pas être un vivier de futurs politiciens. C’est sans doute une bonne école pour former les futurs préfets, membres du Conseil d’Etat ou ambassadeurs, mais cela ne devrait pas être une voie d’accès privilégié pour « faire carrière » en politique…

    1. Non, ce n’est pas « une bonne école pour former  » les hauts fonctionnaires, c’est une très mauvaise école qui souffre d’un vice de constitution gravissime. Elle a largement contribué à rendre la fonction publique obèse et gangrénée par l’endogamie. Ses rapports incestueux avec le secteur privé plombent l’ensemble de la société. Science-Po est elle aussi dans un état déplorable tant par la qualité des enseignements que par celle des étudiants qui se sont effondrées en raison de choix stratégiques ineptes. Elle pète plus haut qu’elle n’a le cul. La réputation internationale de ce vivier de l’ENA est risible mais les Français continuent à plastronner, tandis que que la caravane de la croissance leur passe sous le nez.

      1. Science-Po, c’est pas cette école qui impose des quotas « en fonction de l’origine sociale du candidat » ?

      2. Les effectifs de la fonction publique n’ont rien à voir avec l’existence de l’ENA. L’obésité de la fonction publique territoriale est liée à la décentralisation, et aux choix politiques des notables locaux.
        Quant à l’education nationale, elle compte assez peu d’énarques.

        Pour avoir travaillé avec de jeunes énarques en stage en préfecture, désolé, mais ils tiennent franchement la route. Ils feraient surement de bien mauvais députés, mais leurs connaissances juridiques et leur capacité de synthese et de compréhension des problemes étaient largement au dessus de la moyenne de jeunes diplômes d’autres grandes écoles.

        C’est un travers bien français de voir le problème la où il n’est pas. L’arbre qui cache la forêt…

        1. Pour jauger la capacité de comprendre le monde et d’agir en conséquence des énarques; ce n’est pas aux diplômés de nos « grandes écoles », fatidiques exceptions françaises et fleurons du jacobinisme triomphant, qu’il faut les comparer, mais à leurs homologues d’Oxbridge ou d’autres « grandes » universités anglo-saxonnes. Et là c’est la cata. La France anti-élitiste par égalitarisme viscéral a gagné. Elle n’a plus d’élite Et l’ incapacité de son « élite » à « think outside the box » est sidérante

          voici la question posée il y a quelques jours par un normalien (Ulm) de 21 ans en stage dans un consulat de France aux US: °Les trimestres pendant lesquels les doctorants sont rémunérés par leur université américaine comptent-ils dans le calcul de leurs points de retraite? » (Sic!

          Vous pensez sincèrement que ce pauvre garçon est outillé pour contribuer au redressement de la France, puisqu’en en contrepartie du salaire qu’il perçoit de l’ENS il lui « doit » quelques années de service?

          1. Avez vous sincèrement l’impression que les préfets, ambassadeurs ou juges administratifs français sont plus mauvais que leurs homologues ou équivalents d’autres pays européens ?

            Prenez le préfet de votre département, ou son directeur de cabinet. Est-il particulierement incompétent ? s’il y a une inondation ou une catastrophe, sera-t’il moins réactif qu’un autre ?
            Si les énarques étaient si obtus et ignares, pourquoi le privé (cabinet d’avocats, banques etc…) se les arracherait-il ?

            Le probleme n’est pas l’énarque en soi, mais l’énarque en politique.

            1. Certaines entreprises du secteur privé s’arrachent les énarques pour accéder à leur réseau d’adresses et à leur connaissance intime de l’administration d’Etat.

              Dans les cabinets d’avocats, ils sont censés apporter des dossiers et, à la rigueur, en solutionner certains de manière totalement « off » en décrochant leur téléphone pour contacter un camarade de promotion resté en activité dans la haute fonction publique. Mais lassés de se faire siphonner leur carnet d’adresses, certains énarques ont fait modifier la réglementation – sous un certain Fillon – de manière à pouvoir prêter serment et s’installer immédiatement à leur compte. Car c’est bien connu, dix ans de haute fonction publique ou de fonctions électives qualifient parfaitement un homme pour conseiller et défendre dans n’importe quelle branche du droit… Pour ma part, même pour un conseil fiscal ou un contentieux concernant un marché public, je ne prendrais pas un énarque comme avocat.

              Dans les banques, ils sont censés diriger et gérer de manière avisée parce qu’ils sont inspecteurs des finances. Combien d’énarques se sont succédés pour couler le Crédit Lyonnais, la banque qui a finalement coûté 135 milliards de francs au contribuable français ? Le big boss de Jérôme Kerviel, un certain Daniel Bouton, n’est-il pas… énarque ?

              Le problème est l’énarque qui sort de sa sphère de compétence. La sphère de compétence d’un énarque, c’est la haute fonction publique et c’est tout. Pour apprendre à diriger et à gérer des grandes entreprises privées, il y a un cursus beaucoup plus approprié, qui commence à l’école HEC (ou à la rigueur ESSEC ou Sup de Co Paris) et qui doit impérativement se poursuivre par une longue carrière professionnelle dans le secteur privé.

              Le jour où les énarques qui pantouflent dans le privé ou qui chauffent un fauteuil d’élu politique local ou national n’auront plus aucune solution de repli dans leur corps d’origine, ils découvriront ce que le mot responsabilité signifie et feront, pour certains, des progrès spectaculaires en management et en gestion.

              1. la sphère de compétence de l’énarque c’est la gestion de sa carrière. POINT.
                Dois-je vous nommer celui qui a systématiquement conduit à la faillite ou au dépôt de bilan toutes les banques et entreprises qu’il a dirigées?

            2. Nos diplomates ont besoin de se faire assister par des sénateurs et des députés des Français de l’étranger pour faire un boulot d’assistante sociale gonflée que font les consulats de tous les autres pays. Pour la la magistrature, idem, et je parle en connaissance de cause pour avoir eu un père à la Cour de Cass. Oublions la
              préfectorale, en 60 ans de carrière j’en ai rarement vu de courageux… depuis la Libération
              Les hauts serviteurs de l’Etat sont une race définitivement éteinte.
              Et si on s’arrache les énarques ce n’est pas pour leur compétence mais pour leur carnet d’adresse.

              Un de mes très bons amis a failli prendre la direction de l’ENA POUR MENER A BIEN SA DISSOLUTION; c’est ce que souhaitent tous ceux qui veulent du bien à la France.

    2. « Si l’enarque est « formaté », alors il est formaté avant d’entrer à l’ENA » En fait, le concours est étudié pour ne sélectionner que des personnes qui ressemblent aux énarques actuels. Les premières phases du concours permet de repérer les qualités de synthèse et de culture mais le grand oral est surtout fait pour éliminer ceux qui ne leur ressemblent pas. J’ai fréquenté, pendant mes études d’ingénieur, un foyer étudiant abritant une cinquantaine de sciences-po dont 5 ou 6 intégraient l’ENA chaque année et il se trouve qu’à l’exception d’un seul, la communication avec ces futurs énarques était totalement impossible pour un futur ingénieur.
      Tout d’abord, un énarque est culturellement tourné vers le passé comme un comptable. Il connait le passé sur le bout des doigts, mais il est incapable de comprendre comment les changements que l’on peut observer peuvent impacter le futur. Il ignore les signaux faibles et ne détermine l’avenir que comme une extrapolation linéaire du passé.
      Ensuite, un énarque a une relation limitée avec la vérité. Autant pour un ingénieur, la vérité est unique et peut être un Graal inaccessible, autant pour un énarque, il n’y a que la vérité du moment, des circonstances et que l’on peut jeter à tout moment.

      François Mitterand qui n’était ni énarque, ni idiot, avait bien compris que la constitution, taillée pour De Gaulle, lui donnait beaucoup de pouvoir, mais que l’absence de contre-pouvoir créait un risque de déstabilisation. Il a donc embauché des énarques pour stabiliser l’Etat sans créer de contre-pouvoirs. J’ai toujours remarqué que dans un projet, si quelqu’un ne sait pas obtenir le résultat (quoi ?), il va s’occuper de la manière de le faire (comment ?). Les énarques sont parfaits pour créer de la procédure et stabiliser ainsi l’organisation. Ceux qui sont au pouvoir maintenant sont ceux qui ont calcifié l’Etat, il ne faut pas leur demander de s’occuper du fond aujourd’hui. Les réformes qui s’imposent aujourd’hui impliquent des changements profonds dans le fonctionnement de l’Etat. L’extrapolation linéaire du passé nous conduisant au fond du gouffre, il ne faut donc pas compter sur les énarques pour mener ces réformes.

  10. Très intéressant, sauf que François Fillon n’a JAMAIS été énarque, il a poursuit des études supérieures à l’université du Maine, au Mans, où il est l’élève de Christian Philip. Il y obtenu une maîtrise de droit public en 1976. L’année suivante, il obtient un diplôme d’études approfondies (DEA) en droit public de l’université Paris Descartes.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/François_Fillon

  11. c’est bien gentil toutes ces critiques sur les énarques, mais ça manque complètement le fait que l’ENA n’est jamais la formation initiale. L’ENA c’est juste un « MBA administration » pendant lequel on fait essentiellement des stages et du réseau, on n’apprend « rien » à l’ENA mais ce n’est pas le but. Si on veut comparer il faut regarder les écoles telles que Polytechnique (vers ENA et grands corps techniques (Mines, Ponts, INSEE)), ENS, SciencesPo Paris et HEC (direction l’ENA uniquement pour les trois dernières). Ca fait malgré tout seulement quelques grandes écoles mais c’est à comparer avec la très resserrée Ivy League aux US, et on voit déjà le nombre de présidents américains sortis de Yale, ou à la mainmise Oxford-Cambridge sur la politique britannique.

    De plus beaucoup de politiques de niveau national ont fait l’ENA, mais la plupart des énarques ne font pas de politique. C’est juste qu’un énarque qui fait de la politique est bien meilleur en moyenne que quelqu’un d’autre puisqu’il a été sur-sélectionné pour ses capacités d’analyse-synthèse, restitution, etc.

    Pour autant je ne veux pas défendre les énarques, leur mainmise par exemple sur Bercy avec l’Inspection Générale des Finances est scandaleuse. Mais le problème n’est pas l’ENA en soi, ni les politiciens qui en sortent.

    1. Fonctionnaire et politique : y a pas comme un conflit d’intérêt ?

    2. Entre Oxbridge et l’ENA Yapafoto!!!

  12. « ils ne font qu’augmenter les impôts sans rien donner en contrepartie »

    En même temps, ce qu’on oublie rapidement, c’est qu’ils ne donnent rien en contrepartie puisqu’ils ont connement donné avant… Comme les grecs, ils ont tout eu sans contrepartie. C’est cette contrepartie qu’il faut aujourd’hui payé. Au lieu de payer au jour le jour, on a préféré se dire que ceux de demain paieront pour nos avantages. Et maintenant de ne pas voir de contreparties venir… En vérité nous nous horrifions du coût de ce que nous avons nous même réclamé. Je veux bien que les politiques soient probablement des crétins finis et des menteurs, mais que dire de la bande d’idiots qui les ont mis au pouvoir dans l’espoir de toucher une part du magot?

  13. Excellent , étant de culture « polpotienne », je préconise une solution agricole :
    Pour les empecher de nuire :tous à la campagne pour des travaux rémunérés au rsa ,sans possibilité de retour …( contrôle aux frontières ….)

  14. Debré avait-il prévu qu’en créant l’ENA , il y aurait inevitablement quelques effets pervers , dont celui banal de l’abus de situation dominante et monopolistique…?

    1. La création de l »ENA s’inscrivait dans le paradigme des « Grands serviteurs de l’Etat » issus d’un système éducatif qui faisait l’orgueil de la France. Elle n’avait pas encore laissé gangréner son champ intellectuel par l’imposture égalitariste des cuistres qui ont greffé sur elle leur surmoi marxiste.

      Une société qui a du répondant sait déjouer les effets pervers. Elle n’abdique pas par veulerie, par couardise. Il est toujours mal vu d’étudier l’histoire des mentalités et il faut lire l »avertissement d’André Siegfried à Alain Peyrefitte quand celui-ci lui a fait part de son projet de s’intéresser au « Mal français ». Plus d’un demi-siècle plus tard, les observations du maître et de l’élève sont hélas toujours valables

  15. C’est faire à cette école à la fois trop d’honneur et trop d’indignité. L’histoire d’un pays ne peut tenir à la simple existence ou non d’une école, se prétendit-elle d’élite. La dette publique augmente sous Hollande (énarque) comme elle a augmenté sous Sarkozy (non énarque). Taper sur cette école assure toujours un succès d’édition, mais l’analyse est un peu courte. Qui met au pouvoir des hommes politiques corrompus ? Les électeurs. Qui relaie les discours simplistes des politiques ? Les journalistes. Qui invente des machines à gaz règlementaires incompréhensibles ? Les énarques. Qui fait perdre des milliards de revenu à la nation en organisant l’évasion fiscale ? les grands groupes avec la complicité des banques. Le monde est un peu plus complexe que « tout ça c’est la faute aux énarques ».

    1. Pour saisir l’ampleur du défi il est préférable de ne pas pointer sa lorgnette vers son nombril et tout analyste de la France qui se contente du paradigme droite/gauche commet un contresens car le jacobinisme qui est l’artisan principal de sa fossilisation transcende toutes les formations politiques.
      Les clivages traditionnels ont explosé dans ce pays qui s’est laissé greffer un surmoi marxiste indécrottable et a désormais deux partis de gauche dont l’ un s’appelle la droite.
      Le clivage le plus cohérent avec la situation présente oppose un courant libéral (anti-jacobin par essence) au jacobinisme viscéral, anti-liberal par nature qui gangrène la conscience collective. Il interdit toute sortie de la crise existentielle, identitaire, qui sape les fondements de la nation française et elle atteint son paroxysme. Le pathos supplante l’ethos depuis un bon bout de temps, et particulièrement depuis le 7 janvier.

      Pour ce qui est de l’ENA et de son effet délétère sur la société, il suffit d’observer les conséquences désastreuses pour l’économie des relations incestueuses entre la haute fonction publique et les grandes entreprises où l’Etat conserve une participation, pour se persuader que sa suppression est nécessaire ou tout au minimum celle de l’affectation aux postes les plus « juteux » (inspection des finances) des élèves les mieux classés qui sont aussi les plus conformes au moule. La sclérose du système est dès lors rédhibitoire.

  16. Il est évident que l’ENA est « dépassée » parce que cette école a été créée après la seconde guerre mondiale pour former les cadres administratifs d’un pays en ruine.
    L’ENA n’a pas su adapter sa formation à l’évolution du monde et des besoins d’une société moderne pendant ces 60 dernières années parce que les gens qu’elle a formés n’ont, pour la plupart, eu d’autre objectif que d’accéder au Pouvoir et de pérenniser leurs privilèges.
    Les français qui ne sont pas totalement stupides – comme veulent le faire croire les médias et les politiciens- s’en rendent bien compte.
    Le prochain Président serait bien avisé, comme le suggère d’ailleurs certains politiciens, de réformer en profondeur l’ENA, et d’en faire un 3° ou 4° cycle ouvert à des postulants ayant largement débuté leur carrière professionnelle, plutôt que de maintenir un système malthusien d’accès au Pouvoir .

  17. Ce n’est pas l’ENA en soi qui pose problème. Elle forme certainement quelques bons préfets ou hauts fonctionnaires, ce qui était la raison de sa création.
    Ce qui ne va pas, c’est le statut des fonctionnaires qui peuvent à loisir se mettre en disponibilité pour tâter de la politique, sans aucun risque et réintégrer douilletement leur « corps » d’origine, une fois, deux fois…C’est ce qui explique la sur représentation scandaleuse des fonctionnaires chez les parlementaires. Un fonctionnaire peut aller faire un tour en politique, pour voir. Il a la ceinture et les bretelles. Un médecin, un agriculteur, un cadre peut s’engager en politique, mais à ses risques et périls. Ce qui est scandaleux, c’est qu’un fonctionnaire en disponibilité penant toute sa carrière, voie sa carrière se poursuivre tranquilement (avancement, droit à la retraite…)
    Pébereau, l’ancien patron de la BNP a dû travailler quelques années dans l’administration et a fait une carrière complète dans le privé; A 60 ans il était encore fonctionnaire. : cherchez l’erreur !
    Ce qu’on peut reprocher à l’ENA et aux énarques, c’est qu’étant un peu plus malins que le fonctionnaire moyen, il ont poussé le système à la perfection, au paroxisme.
    On est de ce fait dans un système strictement maffieux et, partant, pervers et perverti.
    L’énorme service qu’un futur président pourrait rendre à la France, ce serait de passer à la paille de faire « l’exception » française.

    1. Paille de fer, bien entendu.😢

  18. Scission l’a déjà dit : « Delenda est Carthago ».
    Il faut détruire l’ENA.

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