Affaire Depardieu : les contradictions de la gauche

Publié Par Stephane Montabert, le dans Politique

Suite à la lettre ouverte de Gérard Depardieu adressée au Premier ministre Jean-Marc Ayrault, les masques des socialistes sont tombés : invectives et contradictions idéologiques.

Par Stéphane Montabert.

Minable, vous avez dit « minable »? Comme c’est minable.

C’est en ces termes que Gérard Depardieu, guère connu pour garder sa langue dans sa poche, a choisi de répliquer à Jean-Marc Ayrault, Premier ministre de François Hollande, qui avait sur un plateau de télévision jugé « assez minable » le départ de l’acteur pour la Belgique, vraisemblablement pour des raisons fiscales. Triste affaire, car il est évident que Gérard Depardieu aime la France et qu’il la quitte à regrets.

Mais il n’est de loin pas le premier à agir ainsi.

Gérard Depardieu n’a strictement rien fait d’illégal. Il a prévu de s’installer dans le village de Néchin, à un kilomètre de la France. Difficile de se livrer à un « exil » plus modeste, même si le symbole n’en paraît que plus fort. Ce faisant, M. Depardieu n’a fait qu’appliquer les principes d’ouverture propres à l’Union Européenne – ouverture largement souhaitée par la France socialiste comme le rappelle Causeur :

[Gérard Depardieu] applique à la lettre l’Acte unique européen qui prévoit la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes.

Qui a négocié et mis en place cet Acte unique ? Le gouvernement alors dirigé par Laurent Fabius. Qui a négocié le traité de Maastricht ? Qui a entériné toutes les négociations du Gatt (la future Organisation Mondiale du Commerce) prévoyant l’ouverture intégrale des frontières ? Qui a appelé à voter oui au traité constitutionnel européen ? Qui a soutenu le traité de Lisbonne ? Qui soutient et négocie le mécanisme européen de stabilité prévoyant de transférer à Bruxelles le contrôle du budget français, donc des impôts ? De Delors à Lamy, de Mitterrand à Hollande, des socialistes, des socialistes, toujours des socialistes.

Sur quelles bases les socialistes peuvent-ils critiquer un homme utilisant des moyens qu’ils ont largement contribué à mettre à sa disposition ? À en croire leur attitude, ces libertés ne seraient qu’une forme de décorum. Qu’un illustre Français ait l’audace de jouir de sa liberté, la levée de boucliers est immédiate !

Dans sa lettre courte et incisive, Gérard Depardieu rappelle quelques vérités crues :

J’ai commencé à travailler à l’âge de 14 ans comme imprimeur, comme manutentionnaire puis comme artiste dramatique. J’ai toujours payé mes taxes et impôts quel qu’en soit le taux sous tous les gouvernements en place. À aucun moment, je n’ai failli à mes devoirs. (…) Je pars, après avoir payé, en 2012, 85% d’impôt sur mes revenus. (…)

Je n’ai jamais tué personne, je ne pense pas avoir démérité, j’ai payé 145 millions d’euros d’impôts en quarante-cinq ans, je fais travailler 80 personnes dans des entreprises qui ont été créées pour eux et qui sont gérées par eux.

(…) Malgré mes excès, mon appétit et mon amour de la vie, je suis un être libre, Monsieur, et je vais rester poli.

Gérard Depardieu est-il réellement l’être libre qu’il affirme être ? Selon plusieurs hommes politiques français de tous bords, on pourrait en douter. Bien que s’étant acquitté de ses impôts année après année, l’acteur français resterait une sorte de « débiteur éternel » du pays où il a accompli sa carrière.

S’être enrichi en France est un péché. Les sommes versées année après année ne suffisent jamais. Il faut expier, jusqu’à la mort.

Ensuite, on applique les droits de succession.

La Belgique n’y est pour rien. Elle ne devient attractive que par défaut, la France ressemblant de plus en plus à un enfer de prélèvements obligatoires et de taxes. En matière fiscale, comme le dit un internaute plein de sagesse, on ne peut pas parler d’évasion sans accepter l’existence, en premier lieu, d’une prison.

La France perd ses fortunes – et ses entrepreneurs – parce que le monde devient comparativement plus attractif. Avec la fine équipe aux commandes du pays, le mouvement n’est pas près de s’inverser. Pourtant, les socialistes français peuvent changer d’avis, on en a même une preuve : il suffit de voir leur revirement complet sur le nationalisme.

Pour un socialiste, normalement, rien n’est plus haïssable que le nationalisme. Rien de plus désuet que le patriotisme. Demandez-leur autour de vous : le drapeau, l’amour du pays, toutes ces reliques surannées teintées d’heures sombres leur donnent des nausées. Mais que la crise survienne et patatras !, les valeurs ignobles d’hier deviennent les vertus montantes de demain.

Arnaud Montebourg, ministre du « redressement productif » appelle à acheter français, payant de sa personne jusque sur une couverture de magazine.

Jean-Marc Ayrault, premier ministre, en appelle à « l’esprit de patriotisme » et à la « solidarité citoyenne » en matière d’impôt.

François Hollande quant à lui « [salue] le mérite de ceux qui ont certes beaucoup mais qui acceptent de payer leurs impôts en France, de produire en France, de faire travailler en France et de servir leur pays. »

Voilà des discours qu’on n’aurait pas manqué de pointer du doigt s’ils avaient été prononcés dans un autre parti. Mais qu’il s’agisse de faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’État la patrie c’est cool, la préférence nationale c’est hype !

L’opération de séduction a tourné court. Selon un sondage en ligne du Figaro où plus de 100’000 votants se sont mobilisés, les Français donnent raison à 80% à la colère de Gérard Depardieu. Ils comprennent largement son ras-le-bol. Nombre d’entre eux, dans la même situation, prendraient une décision similaire et choisiraient probablement l’exil. Rares pourtant sont les gens en France à pouvoir se permettre de déménager à l’étranger, même à Néchin, à un kilomètre de la frontière française.

Car la triste affaire Depardieu nous rappelle que seuls ceux qui ont les plus gros moyens, les gens vraiment riches, sont réellement mobiles et ont les moyens de se défendre. La classe moyenne n’a pas ces atouts. On peut reprocher son départ à l’acteur français, mais à moins de transformer la France en camp d’internement à ciel ouvert (ce qui se discute peut-être dans certains cercles) sa liberté lui appartient. Quand M. Depardieu ne versera plus ses millions d’euros annuels au fisc français, pensez-vous que l’État du même nom réduira son train de vie d’autant, ou qu’il reportera la charge fiscale sur les suivants dans la liste ?

Le départ d’un riche contribuable est toujours une catastrophe pour le pays de départ. Pareil événement invite à l’introspection, non pas à de méprisables critiques.

La Suisse mériterait elle aussi un examen critique. Elle n’a visiblement jamais été prise en compte par le bouillant acteur français lorsqu’il étudiait ses points de chute possibles. Fière du sabotage continu de ses avantages, elle peut désormais se targuer de ne plus être aussi séduisante que la Belgique, le Luxembourg ou même… le Portugal. Bel autogoal de l’Helvétie, fruit d’un long travail de sape en interne pour atteindre un objectif de médiocrité.

Gérard Depardieu ne voulait probablement pas plus aller en Suisse qu’en Belgique, en Angleterre ou à Monaco. Il voulait surtout quitter la France. Quand quelqu’un en arrive là, il est devenu pratiquement impossible de le faire changer d’avis. Diminuer l’attractivité fiscale d’un pays ne fera pas renoncer les riches étrangers à s’exiler ; ils choisiront juste d’autres destinations.

Il serait bon que les socialistes, suisses cette fois-ci, parviennent à le comprendre.

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  1. Et Ayrault, patriote?

    « En 1997, il est condamné à six mois de prison avec sursis et 30 000 francs d’amende pour délit d’octroi d’avantage injustifié23,24 (souvent dit délit de favoritisme25), sans mise en concurrence du marché d’impression du journal municipal Nantes Passion, à Daniel Nedzela, homme d’affaires proche du PS, au travers de l’association Omnic, subventionnée par la commune à hauteur six millions de francs par an de fin 1989 au 1er janvier 1994. Il ne fait pas appel26,27.
    Cette condamnation refait surface dans la presse en 2012, lorsque Jean-Marc Ayrault est pressenti pour occuper le poste de Premier ministre28. Du fait de l’ancienneté de la condamnation, Jean-Marc Ayrault bénéficie d’une réhabilitation automatique en 2008 et son casier judiciaire redevient vierge29. »

    Source Wikipedia

  2. Le coup du patriotisme brandi pas des gens qui le conchient depuis des lustres est vraiment insupportable. Foutage de gueule intégral !

    Le coup de la reconnaissance éternelle à la mère patrie, qui nous a tout donné, est tout aussi insupportable. Ah, cet Etat mama qui nous étouffe !

    On a 1000 chômeurs de plus par jour, le système des retraites se cassent la figure et la gouvernement n’a rien de mieux à faire d’insulter un de ses citoyens et à le désigner à la vindicte populaire.

    Pour le coup, c’est assez minable …

    1. +1 Je n’aurais pas pu dire mieux. Et merci à l’auteur de rappeler l’un des fondements du socialisme : « Pour un socialiste, normalement, rien n’est plus haïssable que le nationalisme. Rien de plus désuet que le patriotisme. » Socialistes qui sont les nouveaux ultra-conservateurs : étonnant, non ?

    2. Le socialisme est forcément nationaliste car il ne peut pas fonctionner en économie ouverte. Fermer les frontières ou mettre les gens dans des petites cases, c’est typiquement socialiste.

  3. Erreur !
    On « expie » pas jusqu’a sa mort, mais après sa mort…
    Il n’existe pas dans ce pays un « droit » de succession ?
    Le choix du mot « droit » est meme assez cynique..

      1. Merci, mais la jalousie, l’oppression, la haine et le vol de mon prochain ne sont pas vraiment dans… mes valeurs.
        Je préfèrerais plutôt une société dans laquelle l’effort utile à la société est récompensé ; une société qui me remercie pour ce que je lui ai apporté. Le libéralisme, par exemple.

  4. Je ne paye pas l’ISF, mais bien sur que Depardieu a raison. Je serai à sa place je l’aurai fait depuis longtemps, comme bien d’autres.
    Il n’y a pas que les riches qui payent, un impôt ou taxes toutes les semaines nous tombe sur la tête nous classe moyenne. C’EST L’OVERDOSE ! Le diktact des impôts en France c’est du Soviet Suprême ! J’ai qq amis qui sont partis il ya 3 mois, et ils ne sont pas riche, loin de la !!! Je les appelle les courageux !! On a le droit de quitter que l’on estime très mal géré, dépensier et oppressif. C’est sacré!

  5. Laissons Depardieu pour nous intéresser à ce qu’il dévoile de notre société ! Le monde médiatique fabrique depuis quelques temps, une étrange galerie de personnage. Ce sont des spécialistes de la dépense et de la vertu. Et pour cela, ils développent un talent remarquable pour traquer toutes recettes nouvelles, et afficher toutes moralines, accourant infatigablement sur les lieux de chaque malheur pour se montrer. Avec un corollaire constamment démontré, qu’ils pénalisent ce qui marche pour renflouer ce qui ne marche pas. Ils semblent obéir à une loi entropique de nivellement vers le bas préférant l’homogénéité de bas niveau, aux différences exacerbées de savoir, de possibilité, et de pouvoir financier. Le salut vient du nombre et du moyen, jamais du singulier ! Leur irresponsabilité est absolue ! Tant sur le plan légal que financier. Leur perception du monde c’est que le nombre et la dépense sont les moteurs du progrès en lieu et place de la singularité, de l’épargne ,de l’accumulation de richesse. Leurs prétentions au jugement moral ne connait pas d’égal dans l’histoire des hommes, ni leurs prétentions à pénétrer l’intimité des hommes, par une prétention à s’occuper de leurs quotidiens, de leurs enfants, de leurs endettements, de leur formation, de leur santé. Nous sommes tout près du meilleur des mondes d’Adlous Huxley. Des foules béates acclamant les fourbes irresponsables donc et dépensier, méprisant l’individu qui prétend se singulariser. Cet échantillon humain dont depuis l’antiquité jusqu’à ma jeunesse…on apprenait à se méfier par l’étude des philosophes et des moralistes ont infecté le corps social ! Leur répondre est malheureusement leur faire l’honneur de considérer que leurs prétentions est autre chose que de la prétention. Que les individus reprennent confiance en eux, en leur possibilité d’améliorer le monde par leur travail, leurs efforts, leur exemplarité. Qu’ils se surveillent eux, plus qu’ils ne surveillent les autres. Et quand les hôpitaux, les écoles , la vie civile auront retrouver leur « honneur », on payera heureux de voir la condition des hommes s’améliorer ce qui constitue toujours l’amélioration de la sienne ! Il n’y a peu d’homme qui voyant ses enfants mieux instruits, ses proches mieux soigner, ses semblables apaisés et progressant eux même, qui ne payerait davantage d’impôts à cette fin. Servir de cochon de payeur pour une oligarchie qui relègue l’humanité dans ses plus bas instinct est une abjection. Le seul moyen de dévoiler la fatuité, le mépris, l’insuffisance et la suffisance de cette oligarchie est dans l’arrêt de cette collaboration . Il suffit d’ailleurs de leur ressembler pour cela! De devenir comme eux, gaspilleur, prétentieux, insultant, de ne plus risquer un euro dans quoi que ce soit, pour les médecins de campagne de se mettre à 35 h de travail hebdomadaire par exemple pour faire éclater le caractère odieux et inepte de cette clique ! Cessez de collaborer, le réel va rapidement démasquer ces faiseurs. Et peut-être que l’honneur dont ils se gargarisent reviendra avec le silence, le respect des individus. Quand on prétend prendre 75% des revenus de quelqu’un, un cerveau normalement constitué de principes et de respects , comprendrait qu’il faut aussi reprendre 75 % des dettes qui permettent de dégager un tel revenu. Démonstration est faite !

  6. Pour un socialiste, normalement, rien n’est plus haïssable que le nationalisme. Rien de plus désuet que le patriotisme

    l’auteur de l’article est -il débile, bête ou ignorant de l’histoire de france?

    au choix

    1. @ouvrier : peut-être est-ce lié au titre de l’article : « les contradictions de la gauche »

      Pour votre question, j’opterais donc pour la 4eme option : vous êtes idiot.