Éreinter l’EPR : plus qu’une profession de foi, une ligne éditoriale

Pur produit de la technologie et de l’industrie françaises, l’EPR est exploité en Chine et en Finlande, le sera bientôt en Angleterre, et est à la base d’un EPR2 en cours de développement.

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Centrale nucléaire de Golfech - Valence-d'Agen by Pittou2 (CC BY-NC 2.0)

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Éreinter l’EPR : plus qu’une profession de foi, une ligne éditoriale

Publié le 25 décembre 2022
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Le réquisitoire dressé contre l’EPR par La Tribune – procureur médiatique antinucléaire entre tous – n’en finit pas de feuilletonner. Dans un récent épisode, l’intention de fourvoyer le lecteur est à ce point aveugle qu’elle ne prend même pas la précaution de ne pas insulter une réalité technique et industrielle dont l’auteur ignore manifestement tout.

Démasquer son ignorance est pourtant un jeu d’enfant pour quiconque détient la culture élémentaire du sujet, quand il suffit de faire un sort aux considérations ci-après :

« Après des années de retard, le réacteur nucléaire finlandais d’Olkiluoto 3 ne devrait pas commencer sa production régulière d’électricité… » ; « Ce nouveau problème s’ajoute à la longue liste de déconvenues rencontrées par ce réacteur construit par le consortium franco-allemand… » ; « Lancé en 1992 comme le nec plus ultra de la technologie nucléaire française, le réacteur pressurisé européen (EPR) a été conçu pour relancer l’énergie nucléaire en Europe… »

Le réacteur d’Olkiluoto 3 ? Il va très bien, merci. Inapte à produire de l’électricité sous quelque forme que ce soit, il se contente comme tous les réacteurs de produire de la chaleur, la seule chose qu’on peut attendre de lui en l’état actuel de la science. Partant, aucun observateur sérieux ne saurait mettre en cause sa responsabilité dans l’indisponibilité frappant actuellement la tranche électronucléaire d’Olkiluoto 3, ni celle de ses auxiliaires du bâtiment réacteur. La Tribune et quelques journaux de la même veine partisane semblent vouloir ignorer que cette indisponibilité est exclusivement à imputer à la défaillance de quatre pompes alimentaires dont les rouets se sont fissurés après seulement un mois de fonctionnement à pleine puissance de la tranche.

Au mépris de toute déontologie médiatique, le discours partisan abreuvant quotidiennement les Français fait délibérément l’impasse pédagogique sur la localisation de ces pompes. Ces dernières sont ci-après désignées en rouge dans le schéma simplifié d’une tranche PWR et dans l’écorché qui en est extrait.

Cette omerta tacite ou concertée n’abuse personne : l’incompréhension technique de ces schémas l’explique moins que ce qu’ils révèlent à un observateur sagace. Et ce qu’ils lui révèlent n’est pas tant que, puisée par des pompes d’extraction, la vapeur condensée est reprise par ces pompes alimentaires, après passage dans des réchauffeurs et un dégazeur, pour être renvoyée dans le générateur de vapeur que l’existence d’un « îlot conventionnel » parfaitement distinct du bâtiment réacteur. Or c’est précisément dans cet îlot également appelé « salle des machines » que se situent les pompes alimentaires.

Ceux qui se réjouissaient déjà d’une aggravation du dossier à charge, consécutive à l’indisponibilité partielle de la tranche causée par la défaillance de ces pompes, vont en être pour leurs frais, en apprenant que :

  1. Les Finlandais doivent cette défaillance à la qualité industrielle allemande de pompes de fabrication KSB, le sous-traitant de Siemens.
  2. Tout ce que contient l’ilot conventionneld’Olkiluoto 3,le groupe turbo alternateur en particulier, est également de fourniture et de qualité allemandes.

 

L’histoire mouvementé de l’EPR

On ne peut faire ici l’économie du rappel ou de la révélation aux Français de la genèse de la longue impéritie partisane, commencée avec l’aventure EPR, à laquelle notre industrie électronucléaire doit tous ses malheurs.

Elle commença par le fait d’un prince républicain notoirement ignorant des choses de l’industrie, de la technique et même de l’économie.

En juillet 2020, la  Cour des comptes relevait ceci de l’improvisation ne pouvant qu’en avoir résulté :

« Les électriciens allemands et français travaillèrent ensemble dès 1992, sans partager pour autant les mêmes objectifs. L’ingénierie allemande entendait faire évoluer le réacteur « Konvoï » équipant le parc outre-Rhin, tandis qu’EDF souhaitait une évolution du palier N4, le dernier modèle de réacteurs alors en construction. Après la décision allemande de se retirer du nucléaire, en 1998, la France s’est retrouvée seule à porter ce projet, dont l’acronyme prend le sens de « Evolutionary Pressurized Reactor » (EPR). Cependant, les grandes options de conception définies conjointement entre les ingénieries des deux pays, bien que sources de complexité, ne furent pas remises en cause… »

Censé sceller l’indéfectible amitié entre deux peuples, après la chute du mur de Berlin, le projet EPR fut pensé et décidé sans partage par Helmut Kohl et un François Mitterrand sous influence de l’éminence grise Anne Lauvergeon ayant soufflé l’idée de ce nouveau réacteur franco-allemand à la pointe de la technologie.

Dès lors, était amorcée la descente aux enfers d’une filière nucléaire française emportée dans la fuite en avant en aveugle et au gré des prises du pouvoir par les émules du visionnaire président, dont nous ne finissons pas de connaître l’épilogue. À la manœuvre était alors la célèbre sherpa du chef de l’État, créatrice, PDG  d’Areva, responsable de la désastreuse guerre ouverte entre l’avatar de Framatome et EDF et surtout du calamiteux chantier d’Olkiluoto 3.

Rien ne peut mieux illustrer combien l’organisation de l’impunité des grands commis de l’État est chez nous une institution bien rodée que l’actuel statut de la dame.

Donc au début des années 1990 le pays était engagé dans la dynamique de valorisation à l’export de 30 ans d’expérience industrielle purement française que l’oukaze présidentielle brisa net. Baptisée REP 2000, cette dynamique visait à commercialiser un réacteur N4 + dont les conceptions technologique et techno-économique étaient des plus abouties. Au lieu de cela, nous nous fourvoyâmes trente années durant dans le marigot EPR, tandis que, ne s’y trompant jamais, les Chinois développaient un réacteur Hualong-One largement inspiré de notre N4, aujourd’hui le plus redoutable concurrent de tous les réacteurs trouvés sur le marché.

Il n’empêche ! Même si nous n’aurions pas dû sacrifier notre N4+ à l’EPR, ce dernier existe. Pur produit de la technologie et de l’industrie françaises, il est exploité en Chine et en Finlande, le sera bientôt en Angleterre, et est à la base d’un EPR2 en cours de développement. Il ne fait en tout cas guère de doute que, sa mise au point parachevée, l’instrument sera la Rolls des réacteurs de troisième génération. Même plus cher que les autres, il a une clientèle potentielle que l’opérateur historique peut parvenir à séduire… à la seule condition que le pays se soit préalablement débarrassé de l’ineptocratie issue d’un clientélisme électoral sans foi ni loi, chaque jour renforcé.

Pour l’heure, le patriote devrait se faire le devoir de défendre corps et âme un produit français de très haute valeur ajoutée. S’il se défilait, qu’au moins le consommateur et/ou le contribuable écoutent la petite voix qui ne va pas manquer de leur souffler de prendre le relais avant la fin de l’hiver. Elle leur souffle déjà de s’insurger contre l’amende que l’UE menace d’infliger à la France, pour « ne pas avoir atteint ses objectifs en matière de renouvelables » .

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  • le patriote…hmmm…

    ce n’est pas l’ue qui menace la france… c’est la France quia signé des trucs et des machins…supposés dans l’interet des français au sens n que être DANS l’ue est l’interet des français;.. et qui prétend s’indigner…

    il fallait dénoncer les accords pas leur mise en oeuvre…

    vous souvenez des conditions budgétaires de l’euro?
    traduction un état n’a pas de parole..ne tiens pas ses promesses.

    on fait ce qu’on a convenu… ou on se barre.

    or l’etat s’ocupe de notre jus… DANS NOTRE INTERET.. qu’il dit…

    mais en fait aussi magouilles politicardes banales…autrement dit échanges de « bons procédés »… tu finances ma dette..et je te donne..

    à la base le « peuple » au sens électoral, , dit vouloir … des « renouvelables », moins de nucléaire et même moins d’nénergie tout court.. bah le peuple est sobre..mais le peuple veut aussi plus de pouvoir d’achat .
    le peuple veut le beurre et l’argent du beurre..serait il stupide? et les élus en seraient ils un reflet?

    un état ne PEUT PAS GERER BIEN..ça ne signifie rien… ( retraite par répartition)
    mais un été peut respecter ce qu’ il a convenu formellement…

    on aurait pu imaginer par exemples une condition d’équilibre de la retraite par répartition, des mécanismes etc..

    se plaindre de devoir respecter des accords. qu’ona signés… mouais…macron le fait aussi, le maire le fait aussi!!! et s’en vont signer des accords encore plus absurdes et intenables.. et que je te fixe des objectifs « carboniques »..énergétiques..écosystémiques.. mais en refilant le bébé aux futurs élus..qui dénonceront…

    -2
    • Vous avez mal dormi?

    • Morbleu, quand donc apprendrez-vous à RÉ-DI-GER ? Vos billets sont constamment verbeux, bourbeux, confus, sans queue ni tête. Quelle purge !
      Il m’arrive de publier des textes longs ; mais je fais au moins l’effort élémentaire de les structurer et d’y mettre numéros de paragraphes, titres et sous-titres, même si « ça fait scolaire ».
      Alors trouvez une méthode de rédaction quelconque pour rendre lisible ce que vous publiez. En attendant, je continuerai à ignorer vos observations.

      • Bravo et merci pour cette vigoureuse intervention/ mise au point
        En souhaitant qu’elle porte ses fruits…..

        • quels fruits attendez vous?? continuez à couiner sur lue….. continuez à couiner sur l’incompétence des gouvernements…

          -1
      • bravo voici une façon d’ignorer .

        ou plutôt

        non désolé?

        -1
      • quand comprendrez vous que je ne commente pas pour être vraiment lu…

        écrivez des articles si vous voulez être lu..

        les commentaires longs.. fussent ils bien rédigés sont rarement lus..

        -2
  • Il est sûrement venu le temps de dire stop.
    L’industrie allemande est en perdition, nous n’avons plus de personnel qualifié… Reste de faire construire notre nuc par les coréen, les chinois ou les russes, le rouleau compresseur américain n’y a pas encore fait de ravages. Faut peut-être aussi penser à abandonner l’Europe, il n’y plus rien ici, même l’agriculture est vouée à la disparition.

    • euh …dire stop…ça y est.. et alors?

      dire stop à qui à quoi et comment?

      dire stop à l’UE? la quitter? ou menacer de la quitter SI…
      dire stop au principe de « ministère de l’énergie » …

      -2
  • Ereinter le nucléaire est une ineptie sans égale !

    • Exactement !
      Au passage, le constat quotidien de l’ignorance et de la néfaste incurie des médias grand public, lesquels désinforment (généralement par sottise) fréquemment, m’encourage à persister dans ma manière de m’informer, laquelle exclut totalement lesdits médias grand public :
      – lecture des fils d’info de RFI qui sont très souvent bien faits et permettent souvent d’accéder à des articles écrits par des gens compétents ;
      – consultation de blogues spécialisés fiables sur les sujets m’intéressant particulièrement, par exemple, La voie de l’épée de l’ex-colonel devenu historien Michel Goya ;
      – lecture de médias étrangers sérieux, notamment le stratosphérique hebdomadaire allemand de Hambourg, Die Zeit, ne serait-ce que pour relativiser mon point de vue, inévitablement français, ce qui n’a rien d’honteux mais doit être quelque peu tempéré ;
      – lecture de médias « marginaux » au bon sens du terme comme Contrepoints ;
      – échange avec des personnes compétentes qui n’hésitent pas à me contredire.
      Évidemment, comme tout le monde, je manque certaines informations et suis limité par mon entendement et mes connaissances. Mais ce système empirique fonctionne globalement bien. En tout cas, cela me met à l’abri de l’insidieux conditionnement des médias grand public dont la nocivité commence par le choix des sujets évoqués et le silence sur d’autres (ex : quels sont les responsables du sabotage des gazoducs Nordstream ?)

      • @liger
        Vous avez raison, mille fois raison. Je me permets d’ajouter à vos sources les dossiers sur le site du Sénat ou les points de situation du Ministère de la Défense, où après des considérations liminaires douteuses, les informations elles-mêmes sont souvent très instructives.

        • @MichelO

          Merci beaucoup de ces précieuses indications, y compris votre pertinent « mode d’emploi ».
          On peut – et on doit déplorer – l’incurie des médias grand public. Mais, en sens inverse, nous avons la chance de pouvoir accéder à de multiples sources d’informations autres, de nature diverse (publiques, privées, personnelles, françaises, étrangères, etc.). Cela demande un vrai travail de sélection, notamment pour éviter les sources complotistes ou tout simplement les affirmations émanant de personnes dont on ne peut connaître le niveau de compétence ; le plus « vicieux » sont les sources qui vont « dans notre sens », trompeur encens dont il faut se défier comme de la peste.

    • absolument pas… ou absolument.. par exemple « éreinter le nucléaire d’état  » est salutaire ou libéral car l’etat spolie;.. mais « éreinter le nucleaire « c’es t aussi éreinter le soleil…

      éreinter l’éolein ou le solaire est aussi inepte…

      comme reinter l’agricultuure bio… ou les voitures électriques…

      si des gens achètent si des gens pour des raisons qui leur sont propres veulent boycotter le nucléaire, ils doivent être libres..
      Vous voyez l’idée.. donc précisez ce qu’il est inepte d’éreinter…

      Le reproche fallacieux qui est fait au nucleaire est celui d’un danger si singulier de la filière qu’il légitimerait son interdiction et une quasi tutelle de l’état…
      or Tchernobyl ou Fukushima ont démontré que ce n’ets pas vraiment le cas au regard des vies humaines.. mais il y a des risque surtout environnementaux , immobilier , etc…
      mais si c’est assurable..

      le reste est ECONOMIQUE…. et donc marché… ou devrait l’être…

  • Bonne nouvelle le EPR Finlandais produit de la chaleur; qui va chauffer l’eau qui deviendra de la vapeur qui sera surchauffé et qui fera tourner des turbines qui feront tourner des alternateurs qui produiront de l’électricité, tout va bien dans le meilleur des mondes. L’association Franco-Allemande en ce qui concerne ce réacteur qui a un rendement thermique de 37% contre 33% pour la génération précédente semble être un échec financier

    • Certes les retards au démarrage ont augmenté les coûts de construction.
      Mais attendez que le problème dû aux pompes allemandes de mauvaise qualité mentionnées dans l’article soit résolu, et que la centrales produise un MWh dans la fourchette 70-100 €, alors qu’il dépasse 300 € sur le marché, et vous verrez si cet EPR est un échec financier.
      D’autant que l’énergie chère n’est pas un phénomène conjoncturel, mais structurel !

  • Article qui donne une information semble-t-il peu connue. Pour une fois ni Framatome ni EDF sont en cause pour le problème actuel. Il faut constater que ses EPR étrangers ont été construits principalement avec de la main d’œuvre étrangère.
    l’EPR en tant que concept semble donc fonctionner mais il est cher et difficile à construire par des français en France. Il est difficile à construire en France : démarches administratives, gouvernance interne à EDF, intrusion des syndicats quasi quotidienne, les 32h, le partage du travail, la recherche aveugle du meilleur prix et donc d’un personnel bas de gamme, l’insuffisance de personnels qualifiés à tous els niveaux, ..
    Ainsi le grand carénage et 3 EPR serait déjà beaucoup pour notre niveau actuel d’ingénierie. Peut être pourrait-on rajouter quelques SMR. mais nous n’avons pas, pour l’instant le savoir faire en études. Bref lorsque le programme réduit ci dessus sera en fonctionnement, nos centrales seront dépassées par des centrales de type ASTRID et des centrales à fusion. Ces deux dernières assurant sans aucune discussion possible une totale indépendance à la France pour l’approvisionnement et ajoutons sans les problèmes de gestion de déchets dangereux.

  • Les commentaires sont fermés.

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