La Croatie rejoindra Schengen en 2023, pas la Bulgarie ni la Roumanie

La Roumanie et la Bulgarie ont été laissées de côté, l’Autriche s’opposant à leur inclusion.

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La Croatie rejoindra Schengen en 2023, pas la Bulgarie ni la Roumanie

Publié le 11 décembre 2022
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La Croatie rejoindra la zone européenne de libre circulation de Schengen le 1er janvier 2023. La Roumanie et la Bulgarie, quant à elles, devront attendre. Le Conseil de l’UE, qui représente les pays de l’Union, a rendu publique cette décision jeudi après-midi.

L’annonce est intervenue alors que les ministres de la Justice et de l’Intérieur se réunissaient à Bruxelles pour discuter d’un projet d’extension de la zone Schengen, qui permet une circulation sans frontières entre 26 pays, pour la plupart membres de l’UE, et qui compte aujourd’hui 420 millions de personnes.

La Croatie a rejoint l’UE en 2013 ; la Roumanie et la Bulgarie étaient devenues des États membres six ans plus tôt.

Le plan initial prévoyait d’admettre ensemble la Croatie ainsi que la Roumanie et la Bulgarie. Mais ce projet a capoté lorsque l’Autriche a décidé de mettre son veto à l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie, arguant que ces pays ne parvenaient pas à gérer l’afflux de migrants dans l’UE.

Outre l’Autriche, les Pays-Bas ont déjà exprimé leur opposition à l’admission de la Bulgarie mais ont approuvé l’accession de la Roumanie à la zone.

La Commission européenne, l’organe exécutif de l’UE, a déjà approuvé l’adhésion de ces trois pays. Mais les décisions relatives à l’élargissement de l’espace Schengen requièrent le soutien unanime des 27 pays membres de l’UE.

Pour la Croatie, cette décision représente la deuxième étape majeure franchie cette année sur la voie de l’intégration européenne. En juillet, elle avait déjà reçu le feu vert pour adhérer à la monnaie unique européenne en 2023.

Pourquoi l’Autriche et les Pays-Bas ont mis leur veto 

L’Autriche et les Pays-Bas ont voté contre l’admission de la Roumanie et de la Bulgarie, craignant que ces deux pays ne soient laxistes en matière d’immigration clandestine. L’opposition la plus véhémente est venue de l’Autriche.

La principale raison invoquée par le gouvernement de Vienne pour maintenir la Roumanie et la Bulgarie en dehors de l’espace Schengen était l’augmentation rapide du nombre de migrants entrant illégalement en Autriche par la route des Balkans occidentaux.

Toutefois, les dirigeants politiques roumains et bulgares affirment que relativement peu de personnes traversent leur territoire et que leur demande d’adhésion à Schengen a été rejetée pour des raisons politiques. Ils affirment que les gouvernements autrichien et néerlandais cherchent à attirer le vote anti-immigrés.

 

Que disent les données disponibles sur l’immigration clandestine en Bulgarie et en Roumanie ?

L’agence européenne pour la gestion des frontières Frontex a signalé 128 000 « entrées irrégulières » dans l’UE en provenance des Balkans occidentaux depuis le début de l’année, soit une augmentation de 77 % par rapport à 2021, dont 22 300 pour le seul mois d’octobre. Ces chiffres incluent les tentatives multiples de mêmes personnes.

Le gouvernement autrichien affirme que 75 000 migrants irréguliers se trouvent actuellement dans le pays. Quelque 40 % d’entre eux seraient originaires d’Inde et de Tunisie, après être entrés légalement en Serbie, pays non membre de l’UE, dans le cadre d’un programme d’exemption de visa; 40 % supplémentaires seraient originaires de pays tels que l’Afghanistan, le Pakistan et la Syrie.

Ces chiffres de 2022 sont corroborés par des données antérieures.

Selon un rapport de 2019 du Réseau européen des migrations, la Roumanie et la Bulgarie ont connu une augmentation significative de l’immigration illégale en provenance de pays extérieurs à l’Union européenne depuis 2007. Entre 2007 et 2018, le nombre d’immigrants illégaux en Roumanie a plus que doublé, passant d’une estimation de 12 000 à 28 000, tandis que le nombre d’immigrants illégaux en Bulgarie a été multiplié par quatre, passant d’environ 4000 à plus de 17 000.

La plus grande source d’immigration clandestine en Roumanie et en Bulgarie provenait de pays africains tels que le Nigeria et le Ghana, tandis qu’une part importante est également attribuée à des personnes originaires d’Inde, du Pakistan et du Bangladesh. En 2018, le nombre d’immigrants illégaux en provenance de pays africains a été estimé à environ 8000 en Roumanie, et 6000 en Bulgarie.

 

Économiquement, Schengen est-il une mauvaise ou une bonne chose ?

Créé en 1985, l’espace Schengen permet aux personnes et aux marchandises de circuler librement, généralement sans présenter de documents de voyage ou de douane. Il comprend 22 des 27 États membres de l’UE, ainsi que la Norvège, la Suisse, l’Islande et le Liechtenstein.

Depuis la création de l’espace Schengen, l’impact économique de l’accord a été largement positif. L’absence de contrôles des passeports et de l’immigration entre les 26 pays participants a facilité les voyages, les études, le travail et les affaires dans la région. Cela a entraîné une augmentation significative du commerce et des investissements, ce qui a donné un coup de fouet à l’économie européenne.

L’espace Schengen a également contribué à promouvoir la libre circulation des personnes et de la main-d’œuvre, ce qui a permis de créer un marché du travail plus vaste et plus efficace. Cela a permis une répartition plus efficace des ressources et la possibilité d’accéder à un plus grand réservoir de main-d’œuvre qualifiée. En conséquence, les entreprises ont pu accroître leur productivité et réduire leurs coûts, ce qui a permis de rendre l’économie plus compétitive et d’améliorer la croissance économique.

À la fin de 2010, plus de 13 millions de citoyens de l’UE vivaient dans un pays autre que le leur depuis un an ou plus. Environ 1,7 million de personnes vivent dans un pays de l’espace Schengen mais travaillent dans un autre, traversant quotidiennement ce qui était auparavant une frontière nationale pour se rendre au travail.

Enfin, l’espace Schengen a également contribué à la croissance de l’industrie du tourisme en Europe. La libre circulation des personnes a permis à un plus grand nombre de touristes de visiter la région, ce qui a entraîné une augmentation des revenus des entreprises et des emplois dans le secteur du tourisme sur tout le continent.

En tout et pour tout, on estime que les avantages économiques de l’accord représentent entre 110 et 140 milliards d’euros par an. Cela inclut une augmentation du commerce intra-européen de plus de 30 milliards d’euros, une expansion du tourisme de plus de 30 milliards d’euros et une croissance des investissements directs étrangers de plus de 50 milliards d’euros. L’accord de Schengen a également permis de créer jusqu’à 1,25 million d’emplois et de réduire jusqu’à 10 % les prix des biens et services importés.

Conclusion

Il n’y a pas si longtemps, dans le cadre des mesures d’urgence prises en raison du coronavirus et de sa progression vers des proportions pandémiques, les gouvernements de toute l’Europe ont mis en place des contrôles aux frontières intérieures et extérieures et introduit des restrictions de voyage tant pour les personnes voyageant à l’intérieur de l’espace Schengen que pour celles qui y entrent depuis l’extérieur.

La liberté de circulation au sein de l’UE, dont nous bénéficions depuis des décennies, a été temporairement restreinte et toutes les frontières extérieures de l’espace Schengen ont été presque entièrement fermées pour la première fois de son histoire.

La décision rendue par le Conseil de l’UE montre que même en des temps plus calmes, Schengen continue de mettre évidence la tension entre les objectifs de l’intégration européenne et le principe fondamental de la souveraineté des États.

 

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  • C’est rigolo mais les roms sont déjà parmis nous, shengen est une passoire. Encore une décision stupide de l’ue…

    • Pas fous, c’est quand même mieux de vivre avec des aides que sans quand on est « gens du voyage ». Grâce à Schengen, on voyage et on touche des aides et on est mieux considéré que dans son pays. Vraiment, ces autrichiens, aucune empathie pour les Roms. Pas bien.

      • Les Roms n’ont rien à voir avec les roumains et ne viennent pas forcément de Roumanie. D’autre part, le véto de l’Autriche n’a absolument rien à voir avec l’immigration des Roms, les pays de provenance des immigrés sont cités dans l’article.

        Les commentaires sur Contrepoints sont parfois affolants d’ignorance sur certains sujets. Chiffres à l’appui, l’article montre les effets bénéfiques de Schengen sur l’économie (qui aime montrer son passeport chaque matin dans une longue file de voitures quand il va travailler dans le pays d’à côté ?), mais ça n’empêche pas certains de sortie des lieux communs douteux et complètement à côté de la plaque !

  • Agrandir une passoire c’est agrandir les trous. (Proverbe UE)
    Cela fait des décennies bientôt, que des filaires amènent en France de jeunes Roms engrossées, d’un peu plus de six mois, Pour y accoucher d’un petit français de papier. Ces données sont facilement vérifiables : Age , nationalité, date approximative d’arrivée, date d’accouchement, date de revendication ensuite de Paternité, par qui ? etc. etc.

  • …pas la Bulgarie NI la Roumanie
    (On parle de francophonie !)

  • parler des migrants en simple nombre ne reflète pas ce qui ennuie les gens…

    quand les citoyens ressentent que leur culture leur mode de vie est changé via des migrants essentiellement différents d’eux.. ou la criminalité spécifique.

    sans parler du fait que l’europe en général est fondée sur des valeurs humanistes qui s’éfrritent déjà parmi les européens mais qui semble absentes chez certains groupes de migrants..

    il ya une différence entre une civilisation qui s’éffondre et une civilisation qui est poussée à s’effondrer..

    On comprend l’interet de l’immigration sur le plan économique;. mais une économie prospère demande aussi un sentiment de sécurité.. on fout certains de nos citoyens en taule d' »ailleurs d’une façon qui ne change par leur comportement, la réalité crue du monde est qu’on ne fait pas société avec n’importe qui..

    mais bon…en tant que tels les bulgares et les roumains pourraient entrer dans l’ue sans doute, la gestion de l’immigtation reste un problème « technique »..

    le discours sur les valeurs de l’ue manque tout à fait… l’ue ne fait pas sens.. sauf à dire que c’etspurement une zone d’échange économique/

  • L’espace Schengen: c’est une une société appelé Gul transport, une société exerce sans licence de transport implanté en Belgique, le chauffeur un Turc arrivé avec un visa de touriste deux mois avant et de plus sans permis PL. Résultats des courses 10 morts dans le tunnel du Saint-Gothard. Schengen c’est la grande passoire (Baby-foot) a totalement raison, en 2007 la Roumanie entre dans l’UE, on voit fondre des dizaines de milliers de Roumains sur l’Autriche, la Suisse, l’Allemagne, le Benelux, l’Italie dans les faits les Roumains, Bulgares, les Turcs sont déjà des l’espace Schengen

    -1
    • « dans les faits les Roumains, Bulgares, les Turcs sont déjà des l’espace Schengen »
      Eh bien… non. La Turquie n’est même pas dans l’UE ! Pour vous, un fait divers permet de faire des généralités sur Schengen ?

  • Les commentaires sont fermés.

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