Défaillance de l’éducation au Maroc : les causes

Au Maroc, la défaillance du système éducatif ne remonte pas à hier, le système a été la cible de nombreuses politiques réformatrices qui n’ont pas atteint des résultats significatifs.

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Drapeau marocain (Crédits : Melissa Youngern, CC-BY-NC-ND 2.0)

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Défaillance de l’éducation au Maroc : les causes

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 7 décembre 2022
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Avant de parler de l’éducation en tant que secteur public ou domaine relevant des responsabilités de l’État, il est incontournable d’évoquer sa dimension spirituelle. Elle est la voie de la vertu, le pouvoir de l’être humain d’agir sur sa vie et décider librement ce qu’il envisage pour son avenir. La gestion du secteur est attribuée exclusivement à l’État tandis que la responsabilité à assumer est partagée entre celui-ci, les parents, les élèves et les enseignants.

L’État est appelé à assurer une offre inclusive en qualité et en quantité, à savoir des équipements suffisants répondant aux normes de qualité, des infrastructures facilitant l’accès à l’offre pédagogique, un personnel bien formé et psychiquement équilibré et surtout des curricula en adéquation avec la demande des élèves, renouvelables et aptes à suivre l’évolution du progrès technique.

 

L’importance de l’éducation

L’éducation est un secteur public parmi les plus sensibles. Sa performance se répercute sur le pays tout entier et notamment sur ses relations étrangères.

En effet, l’éducation est liée directement au capital humain, qui n’est que le stock de compétences, de connaissances, de qualifications et d’expériences qu’un individu acquiert et accumule durant son parcours cognitif, pour l’employer dans le processus de production des richesses et du développement de son pays. L’augmentation de la productivité de l’individu est issue de l’augmentation de ce stock de ses acquisitions, ce qui a été approuvé par plusieurs études empiriques ayant démontré qu’une seule année d’études de plus engendre une hausse de la productivité des agents. Ainsi, il a été communément admis dans la littérature économique ancienne et récente que l’investissement dans le capital humain est indispensable à la croissance économique mais n’est à lui seul pas suffisant. Volonté, stabilité politique, compétences des dirigeants et souveraineté : toutes ces conditions doivent être combinées.

Dictature et éducation sont deux éléments contradictoires qui ne riment pas et jamais, sauf quelques exemples de dictatures à compter sur le bout des doigts qui ont réussi à être l’exception en maintenant la dichotomie entre l’éducatif et le politique. Entre ces deux éléments réside un conflit d’intérêt sanglant et permanent : l’éducation cherche à éclairer les esprits, diffuser le savoir et atteindre les vérités, ce qui menace l’existence du tyran dont le règne se fonde sur des sujets ignorants, gouvernés selon une politique d’institutionnalisation de l’ignorance et de l’abrutissement.

Les régimes politiques autoritaires cherchent à contrôler le système éducatif du pays, ils choisissent de le noyer dans la fragilité et la défaillance pour assurer leur survie et pérennité. À cet égard ils emploient un arsenal de programmes éducatifs faibles en qualité et forts en quantité dans l’intention d’anéantir l’esprit critique chez l’étudiant. Le régime conçoit une machine à produire des sujets ignorants, obéissants et privés de valeurs et de principes dont la mission est de produire, se reproduire et ne rien opposer.

Au Maroc, la défaillance du système éducatif ne remonte pas à hier.

Le système a été la cible de nombreuses politiques réformatrices qui n’ont pas atteint des résultats significatifs hormis l’augmentation du nombre des étudiants inscrits dans les écoles après l’accession au trône de Mohammed VI. La qualité du système est médiocre, il conçoit des chômeurs incapables de s’insérer dans le marché du travail et des jeunes « obsolètes » ne poursuivant ni leurs études ni des formations professionnelles.

La question qu’on ne cesse de se poser est de savoir où réside exactement le problème ?

Sans aucun doute, la volonté du régime est un problème de poids qui nous a permis d’expliquer cette défaillance du système éducatif marocain pendant longtemps. Mais il apparaît que ce n’est pas le facteur explicatif unique.

 

La question de souveraineté

La question de souveraineté est un facteur à introduire dans l’équation.

Ce problème s’est étalé même sur les sujets régaliens de l’État marocain qui en est conscient et responsable. L’éducation en fait parti. Le Maroc est impliqué depuis des années dans des affaires étrangères qui dépassent ses capacités et son potentiel, il est in fine un pays qui n’a pas encore connu un vrai développement, se positionnant au 123e rang sur 190 pays en termes de développement humain, derrière ses voisins maghrébins et même les pays qui éprouvent d’immenses problèmes de stabilité politique et économique, l’Irak et la Libye notamment. Mais il joue avec des pays incroyablement développés par rapport à son stade de développement, ou si l’on peut dire, il s’adapte en fonction des intérêts de ces pays et le bien-être de leur population, lui qui privilégie les intérêts de ses élites et même de ses pays amis par rapport à ceux de ses citoyens. Sans doute, la souveraineté des États sur leur territoire est fondamentale, mais en l’absence de souveraineté sur les sujets régaliens : santé, éducation et sécurité alimentaire, principalement, cette souveraineté se trouve elle-même en danger.

La souveraineté du Maroc est mise en question depuis fort longtemps. Même après son indépendance en 1956 le pays s’est trouvé impuissant à la restaurer, sans parler des Marocains qui considèrent que cette indépendance concerne l’État et non pas le peuple qui se trouve encore soumis à la fois aux forces étrangères et locales.

L’imposition du protectorat français en 1912 relève de l’absence de souveraineté, l’imposition du plan d’ajustement structurel en 1983 est le résultat de cette absence aussi. Après 1912, l’État français a généralisé une transcription de son propre système éducatif laïc, reprenant le paradigme pédagogique français dans le but de former des profils particuliers au service de la colonisation française et de modifier l’idéologie de la société marocaine particulièrement musulmane et conservatrice. Alors qu’auparavant, le système éducatif marocain faisait partie d’un système général d’éducation islamique et traditionnel.

En 1983, la Banque bondiale et le Fond monétaire international ont imposé au Maroc de se désengager de l’investissement massif dans les secteurs publics, notamment l’éducation ; la prédiction et l’accompagnement des mesures apportées par le PAS relèvent des deux institutions financières internationales qui interviennent désormais dans la gestion des fonctions régaliennes de l’État.

La dette est le point commun entre les deux événements ci-dessus. Le Maroc dont les besoins dépassent largement ses ressources et ses avoirs a bel et bien mordu à l’hameçon, celui de l’endettement. À l’époque précoloniale, les sultans n’arrivaient pas à assurer la prise en charge de leurs besoins et ceux de leur armée ; à cet effet, le recours massif à l’emprunt étranger a aplani la voie de pénétration européenne. Id est, à l’ère postcoloniale, l’État s’engage dans des réformes massives pour rétablir sa souveraineté, dont le financement s’est assuré par des emprunts étrangers. Il s’est retrouvé finalement insolvable, et la souveraineté mise en question.

Et si nous admettons, comme Abdellah Laraoui, que l’État marocain a cessé d’exister dès 1880, à qui appartient la souveraineté marocaine ?

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  • Comme tous les pays du Maghreb, le Maroc a un énorme problème : sa démographie. Se reproduire comme des lapins, c’est bien, mais après, il faut nourrir, éduquer, et créer du travail pour chacun des lapins. Puis, chacun des lapins va continuer le cycle de reproduction. Malheureusement, ce cycle conduit indubitablement à la faillite du système de l’état et à la paupérisation des populations même très bien éduquées et formées.
    Si un pays a un taux de fécondité supérieur à l’augmentation de son PIB, il s’appauvrit économiquement. Il n’a alors plus les moyens de former sa jeunesse et encore moins de l’employer au son niveau de diplôme. Alors, à quoi cela sert-il de sur former une population de futurs sans emplois ?
    L’expention mondiale est terminée depuis que l’Europe est en crise, c’est à dire, depuis 1975. Ce n’est pas l’expention très fermée et égoïste des pays du golfe ou de la Chine qui peut la remplacer.
    La France a développé au Maroc un système éducatif qui se voulait universel, c’est à dire ouvert sur les besoins du monde et pas seulement sur les besoins locaux. Depuis plus d’un demi-siècle d’indépendance, les rois du Maroc n’ont pas remis en cause cette voie car ils ont compris qu’elle était source de richesse et d’ouverture mondiale. Mais la démographie galopante du pays empêche son amélioration. L’argent qui va à l’aide sociale n’est pas investie pour l’avenir ; seulement pour le présent. Même problème en France d’ailleurs : RSA, cohortes de fonctionnaires et autres aides sociales ne sont pas des investissements pour l’avenir.

  • .l’éducuation est le role des parents.. pas du collectif de sparents..de la majorité des parents..
    on peut justement juger de l’etat des libertés dans un pays aux interdiction et obligations éducatives imposées par l’état eux parents.. et on doit ajouter éventuellement le consentement à la contribution qu’il exige des parents…

    la faillite éducative est banale… au niveau individuel.
    quand on collectivise..ben on ne sait plus la discerner.

    • ou pour faire plus simple que signifie un succès quand l’education est collectivisée.???? ou quelle est la mission d’une éducation collectivisée?

      avoir un « système éducatif » comme un présupposé comme un moule dans lequel il faut rentrer … est d’une certaine façon déjà un échec libéral…

      le libéralisme c’est aussi la liberté de choisir ce qui est échec ou succès…

      toujours une forme ou une autre de constructivisme… de sens du progrès toussa…

  • si le but d’une éducation étatisée n’ets pas nécessairement l’étatisme et donc la mesure de son « succès. ».. c’est le risque que une education étatisée encourt!!!

    quel est le but dene éducation étatiste?????? pourquoi est elle si peu discutée?? pourquoi diable va t elle de soi????

    nous avons des tas de gloseurs sur led nat en france… sur la décadence de led nat…ou de la sécu…ou de l’hopital public mais qui sont AUSSI de grand défenseur du role de l’etat!!!!

    un système étatiste finit par dépenser une grande part de son énergie à perdurer.. parce que l’édcucation est par essence individuelle!!!

    mission!!!!!!

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