Chine : la stratégie zéro covid pourrait être le nouveau Tien An Men

Comment Xi Jinping va-t-il réagir face à ces protestations de la base contre un autoritarisme sanitaire délirant ?

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covid-19 BY Prachatai (CC BY-NC-ND 2.0)

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Chine : la stratégie zéro covid pourrait être le nouveau Tien An Men

Publié le 29 novembre 2022
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Partout en Chine, des protestations populaires s’élèvent contre une politique de confinements sanitaires qui étouffe le pays depuis des années. En cause, une politique « zéro covid » autoritaire initiée dès 2020 pour contenir la progression du Covid-19, qui a abouti à une paralysie sans précédent du pays, notamment suite à l’isolement forcé de la ville de Shanghai.

 

Des gardes blancs pour succéder aux gardes rouges

Au nom de la politique « zéro covid », des bataillons entiers de fonctionnaires en combinaisons blanches et en masques ont imposé aux populations les pires restrictions, les confinements les plus redoutables et se sont attirés la haine des citoyens ordinaires. Les confinements et les couvre-feux n’ont pas seulement transformé certaines grandes villes de Chine en prisons géantes. Ils ont fait plonger l’économie nationale, menaçant jusqu’à une croissance économique mondiale déjà chancelante.

En réaction, ce sont des foules compactes qui protestent parfois violemment dans plusieurs grandes villes du pays en appelant à plus de libertés et un allégement des restrictions.

Impossible de ne pas rapprocher ces protestations spontanées de celles qui ont fleuri partout en Occident et particulièrement en France au pire moment de la crise covid. Au sein des médias, de nombreux médecins, soignants et bureaucrates avaient dès le début de la crise pris la Chine comme exemple de politique publique adaptée en réponse à la pandémie.

La stratégie « zéro covid », populaire parce que radicale, a séduit, inspirant les confinements et les couvre-feux les plus impitoyables, les restrictions de libertés publiques les plus exceptionnelles et les mesures les plus irrationnelles. La stigmatisation des opposants à l’autoritarisme sanitaire, démocratie oblige, fut beaucoup plus soft à Paris qu’à Pékin. Reste que la logique bureaucratique d’ingénierie sociale fut assez semblable et s’est traduite par une commune hostilité aux libertés individuelles.

 

La crainte d’un nouveau Tien An Men

Pour un pays cornaqué par un parti communiste pétrifié à l’idée d’un nouvel événement de type Tien An Men, cela pourrait être le début d’une nouvelle ère. La nomenklatura du parti redoute depuis des décennies un destin semblable à celui de l’URSS. Après l’effondrement idéologique du communisme, c’est celui du pays qui a suivi, le tout au nom des revendications en matière de libertés publiques et d’autonomie nationale. Il faut donc à tout prix éviter un nouveau 1989 pour éviter un 1991.

L’arrivée de Xi Jinping à la tête de l’État témoigne de cette glaciation réactionnaire, après une ère de relative ouverture à la mondialisation au début des années 2000. Le culte de la personnalité et le petit catéchisme marxiste-léniniste pourront-ils conjurer le sort et permettre à la dictature de s’en sortir ?

 

La crainte bioterroriste

Reste une grande inconnue qui intrigue tous les observateurs de la Chine contemporaine : pourquoi Pékin a-t-il choisi de durcir à l’extrême sa politique sanitaire au point de fragiliser sa croissance et même, comble du comble, risquer le désordre civil tant redouté par sa classe bureaucratique ?

Pour l’économiste et spécialiste de géopolitique Philippa Malmgren, il y a un lien entre cette politique sanitaire radicale et le changement d’attitude de Xi en politique étrangère, devenue depuis quelques temps beaucoup plus belliqueuse et défiante à l’endroit des États-Unis.

Aussi absurde que cela puisse sonner aux oreilles des Occidentaux, il est probable que les élites du parti pensent que Washington prépare une guerre biologique pour conserver sa suprématie mondiale et supplanter ses concurrents engagés dans la même course aux armements d’un nouveau genre. Dans ce climat de menace bioterroriste alimenté par la découverte des biolabs en Ukraine, la Chine, devenue paranoïaque, aurait donc sur-réagit face au covid et aux vaccins devenus tout à coup suspects.

Comment Xi Jinping va-t-il réagir face à ces protestations de la base contre un autoritarisme sanitaire délirant ? Cela se traduira-t-il en véritables exigences démocratiques, ou au contraire en nouveau cycle de répressions au nom du totalitarisme communiste ? Aujourd’hui un espoir est né mais la route pour sortir de la servitude demeure longue.

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  • « Des foules compactes qui protestent » ! Oui, des foules de 400 personnes qui protestent ! Voilà une révolution en marche ! Les images de propagande occidentale sont bien réelles dans nos médias. Les foules en question ne dépassent pas les 400 personnes selon les occidentaux sur place mais des images à champs étroit font croire le contraire aux gueux occidentaux à qui on veut faire croire que le régime chinois est rejeté par son peuple avide de démocratie occidentale.
    Quand est ce que nos gouvernements « démocratiques » vont-ils cesser de contrôler les médias pour que nous puissions penser par nous même ?

    • le peuple chinois n’est pas « avide de démocratie occidentale », tout ce qu’il demande c’est de pouvoir reprendre sa vie normale. Ou, à la limite, un peu plus d’humanité dans l’application des confinements.
      Au passage, les chinois étant très amateurs de sports, les images des stades pendant la coupe du monde ont eu leur petit effet, il n’est plus autorisé aujourd’hui en Chine de présenter de gros plan des tribunes. Sans doute un complot d’occidental…?

      • Les images des manifs que l’on voit sur nos télés sont prises par des occidentaux et pas par des chinois.
        Et c’est un journaliste occidental résident en Chine qui a dit qu’il y avait 400 personnes dans les manifestations.
        Mais évidemment, rien de cela aux infos : pas bon pour critiquer le régime de Pékin.

    • « Les foules en question ne dépassent pas les 400 personnes selon les occidentaux sur place »
      Votre « source » me paraît encore plus douteuse que les médias occidentaux. Sinon, je vous conseille d’aller justement vivre en Chine pour vous rendre compte de la réalité d’un véritable contrôle des médias…

    • paille et poutre…

      si on pouvait utiliser ce qui se passe en chine pour pointer NOS dérives autoritaires..

  • Pour qu’il y ait un nouveau Tien an men, il faudrait que l’Occident présente une attirance comparable à ce qu’elle pouvait être en 89. On en est bien loin.

    • Je me demande comment vous pouvez avoir ce genre d’affirmation quand la plupart des flux migratoires, ou encore les manifestations iraniennes, disent le contraire.

      L’Occident comporte d’innombrables tares, mais il reste encore un « paradis » comparé à d’autres pays.

      • Comparez les flux migratoires en 89, avec des gens qui bravaient les vopos pour passer à l’ouest et ceux d’aujourd’hui, avec les trafics et la fraude sociale devenus la principale motivation. Comparez la vie et la réussite à l’ouest en 89 avec la vie en Chine à cette époque (j’ai visité la Chine en 91), et la vie et la réussite à l’ouest aujourd’hui avec la vie en Chine aujourd’hui. La différence n’est pas disparue, mais elle n’a plus rien de comparable. Venir en France parce qu’il n’y pas de confinement (avec accessoirement plus de cas de covid que dans toute la Chine), non, ça n’est pas crédible. Mais surtout, demander à ce que la société chinoise se calque sur la française ou l’américaine, en 89, oui, mille fois oui, mais aujourd’hui non, les étudiants chinois sont plus malins que ça.

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