Pannier-Runacher et Pompili savent redémarrer plus tôt les réacteurs d’EDF

Un audit « indépendant », dont les conclusions viennent d’être rendues publiques, conclut qu’il est possible de redémarrer plus tôt les réacteurs d’EDF, se félicite notre ministre de la Transition énergétique.

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Olivier Durand-EDF(CC BY-NC-ND 2.0)

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Pannier-Runacher et Pompili savent redémarrer plus tôt les réacteurs d’EDF

Publié le 29 septembre 2022
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À la bonne heure ! Un nouvel expert plus expert que les experts d’EDF semble renforcer la nécessaire démonstration que l’opérateur historique tend à sombrer dans l’impéritie. Pourquoi pas ? Sans savoir de quoi cet auditeur atteste qu’il retourne, examinons donc ce qu’il serait possible de modifier dans la conduite des chantiers en cours permettant de parvenir à écourter leurs durées.

 

La maintenance des centrales nucléaires

La doctrine de maintenance des centrales nucléaires, adoptée depuis toujours par EDF, consiste à maintenir disponibles et fiables toutes les fonctions nécessaires à une exploitation sûre et économique des réacteurs.

Elle distingue deux grandes familles de maintenance :

  1. La maintenance corrective, c’est-à-dire l’ensemble des interventions effectuées après défaillance.
  2. La maintenance préventive, c’est-à-dire l’ensemble des interventions réalisées selon des critères prédéterminés, dans l’intention de réduire la probabilité de défaillance du matériel ou la dégradation du service rendu.

La maintenance préventive se décompose en deux.

Maintenance préventive conditionnelle

Elle correspond à la restauration des matériels ou composants non défaillants, entreprise en application d’une évaluation d’état (inspections, contrôles, visites) et de la comparaison avec un critère d’acceptation préétabli ; on parle alors de défaillance potentielle.

Quand cette maintenance conditionnelle relie l’évolution d’un ou plusieurs paramètres d’un matériel en fonctionnement à l’évolution d’un type donné de dégradation – suivi des vibrations d’une machine tournante… – elle est appelée maintenance prédictive.

Maintenance préventive systématique ou périodique

Il s’agit de la restauration de la marge de résistance des matériels non défaillants décidée en fonction du temps de fonctionnement cumulé, sans considération de l’état du matériel à l’issue de ce temps

Tout programme de maintenance préventive définit une liste de matériels critiques dont la défaillance a au moins l’une des conséquences suivantes : affecte une fonction de sûreté ; réduit la production ; exige des réparation coûteuses.

S’ensuit une analyse approfondie des modes de défaillance à laquelle participe le constructeur, considérant tous les retours d’expérience concernés et débouchant sur l’établissement de doctrines de maintenance et de programmes de base de maintenance préventive ou PBMP régulièrement optimisés sur tous les plans.

 

L’état du parc nucléaire français résultat du long travail de sape des pouvoirs publics

Les 12 chantiers de réparation de corrosions sous contraintes (CSC) sont clairement des chantiers de maintenance prédictive. Aussi, prétendre s’atteler à la problématique du raccourcissement de leurs durées se résume à appréhender correctement les aspects qualitatif et quantitatif de cette application pratique de la doctrine ci-dessus, notamment en ce qui concerne la gestion du retour d’expérience (REX).

S’agissant de l’aspect qualitatif, on attend avec intérêt la démonstration de l’auditeur que la qualité et le professionnalisme des structures et des personnels intervenants sont en cause. On attend en particulier sa mise en évidence de carences trop fréquentes en matière de plans individuels de formation, d’optimisation technico économique des savoir-faire et des assurances qualité, de dosage de la radioprotection et pour ce qui concerne l’existence requise d’enseignements REX sur les précurseurs des défaillances…

Quant à croire possible, au plan quantitatif, de renforcer à discrétion les équipes de réparation mobilisées sur les 12 chantiers, c’est faire preuve d’une affligeante méconnaissance des contraintes matérielles et professionnelles de toute nature auxquelles tout intervenant est contraint de se plier dans les installations électronucléaires.

Je ruinerai donc d’emblée le faux espoir de réduire les durées d’intervention par ce moyen, à l’aide de la lapidaire sentence ci-après : ce sont les impératifs de radioprotection d’un personnel en nombre quasi immuable qui conditionnent, pour l’essentiel, la durée des chantiers.

À titre d’exemple, il faut savoir qu’aux termes de la doctrine ci-dessus, toute dérogation aux Spécifications Techniques d’Exploitation (STE) doit être considérée comme exceptionnelle et obtenir préalablement l’accord de l’IRSN, après présentation d’un solide dossier mentionnant en particulier le possible impact de la dérogation demandée sur une fonction de sûreté et les mesures prises en compensation.

Ainsi, tout est-il bon aujourd’hui à des pouvoirs publics en quête effrénée de dédouanement de leurs turpitudes pour détourner le regard des Français de la seule réalité crevant pourtant les yeux de tout le monde : l’état de capilotade du parc électronucléaire français, dramatique aboutissement d’une longue et méthodique opération publique de sape industrielle de laquelle aucun des acteurs actuels ne peut s’exonérer, qu’il appartienne au personnel politique, aux corps intermédiaires ou à celui des grands commis de l’État.

 

Je n’en veux pour illustration que ceci : sur la seule journée du 19 juin 2014, la valeur boursière d’EDF chuta de 7,7 % en réaction à l’annonce de Ségolène Royal, alors ministre de l’Écologie et de l’Énergie, d’annuler l’augmentation de 5 % des tarifs règlementés prévue au 1er août. Pourtant, quelques jours auparavant, le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, avait clairement déploré le fait que, évalué à 54,20 le MWh par la Cour des comptes, une rémunération ARENH à 42 euros de ce MWh ne couvrait pas les coûts de l’entreprise et qu’il y avait d’autant plus besoin de rattrapage qu’il était injuste de faire supporter à cette dernière le surcoût de l’obligation d’achat des MWh « renouvelables ».

Or, personne n’a oublié –  surtout  pas la CGT, voir son tract en fin d’article – qui a nommé Jean-Bernard Lévy et, surtout, pourquoi. Dans ce document affligeant, n’apparaissent que des préoccupations statutaires, corporatistes et même partisanes dont la suite des évènements a confirmé la totale indifférence aux atteintes fondamentales à la viabilité même d’une entreprise dont la faillite serait depuis longtemps consommée si elle avait été privée.

Nous vivons aujourd’hui l’épilogue de la plus consternante faillite démocratique que le pays ait connu depuis l’occupation, matérialisée par le constat suivant : seule l’existence d’une ou plusieurs tranches nucléaires précautionneusement construites vers la fin des années 90 aurait pu épargner aux Français ce qui les attend. Aussi, l’indisponibilité de nos tranches arrêtées durera-t-elle ce que la stricte règlementation nucléaire leur impose et à laquelle ni Macron, ni Pannier-Runacher ne sont en mesure de forcer la main… Au demeurant, Dieu nous en préserve .

 

Tract de la CGT

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  • Notre gauche caviar attend avec impatience l’accident nucléaire en France afin de saborder une fois pour toute le pays. Alors si un ministre peut donner un coup de pouce… De toute façon, quoiqu’il arrive, un ministre de gauche est toujours blanchi  » Responsable mais pas coupable  » selon l’expression consacrée pour Mr Fabius pour avoir tué des hémophiles. Ou non-lieu pour Mme Aubry dans l’affaire de l’amiante.

  • Que ça fait du bien de lire quelqu’un qui maitrise son sujet !
    Les mêmes qui sont prêts à sacrifier des pans entiers de notre industrie au nom du principe de précaution sont prêts à sacrifier la sûreté nucléaire parce que ça leur chauffe aux fesses.
    Il est très inquiétant d’avoir des dirigeants qui cèdent autant à la panique, on en a eu un bel aperçu pendant la crise Covid.

  • En ce moment les « mouvements sociaux » de la CGT ont conduit à baisser la production nucléaire à Paluel, Belleville, Nogent, Le Blayais et Gravelines d’environ 3300MW alors que les prix spot sont proches de 600€ le MW, faites le calcul, près de 2 millions d’€ par heure + la pollution du charbon allemand.

  • Voilà comment la France est sabordée par des ignares sensés nous gouverner. Merci pour votre article et le tract très éclairant de la CGT.

  • Incroyable comme nos « représentants » persévèrent à se -nous- tirer des balles dans les pieds… non, maintenant, ce sont des grenades !

  • Je ne sais plus dans quelle conférence récente, le pdg d’edf a clairement déclaré que sur les 10-15 dernières années, avec tout le tapage et les demandes politiciennes/idéologiques/écologiques, ils n’avaient pas investi dans des compétences techniques nucléaires (recrutements, formations, etc.) des salariés, ce qui est d’un point de vue gestion entreprise plus que cohérent… Et maintenant, on va lui reprocher ce choix. Même si clairement il aurait dû taper du poing sur la table et renvoyer dans leur bac à sable les écolos, ça n’arrange pas le problème…
    Encore une fois, merci les écolos !…

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