L’inflation, fille du confinement et de la divagation des banques centrales

L’inflation nous présente aujourd’hui la facture du confinement et des divagations des banques centrales.

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L’inflation, fille du confinement et de la divagation des banques centrales

Publié le 7 septembre 2022
- A +

Elle est revenue. Avec une vengeance.

L’inflation est remontée à des niveaux inconnus depuis quarante ans un peu partout dans le monde. À plus de 9 % en rythme annuel en juin au Royaume-Uni et aux États-Unis, presque 8 % en Allemagne. En France, elle ne dépasse pas encore 6 %, au plus haut depuis quand même trente-sept ans, mais sa dynamique peut la porter vers 10 % d’ici la fin de l’année.

 

Inflation : le rôle marginal de la guerre en Ukraine

Quelles sont les causes, et donc sans doute les responsabilités de cette vague mondiale amorcée début 2021 mais amplifiée depuis quelques mois ? Une accélération récente qui pointerait l’effet de la guerre en Ukraine. Explication martelée par les relais d’influence du Kremlin fustigeant les sanctions occidentales contre Moscou, mais un peu courte. Si la fermeture des ports ukrainiens a contribué à une flambée record des prix du blé, une pénurie de tournesol, ou des tensions sur les engrais, cela n’a pas eu d’effets sur les marchés des autres produits, où Kiev pèse peu.

La décision européenne de boycotter à terme les hydrocarbures russes a, certes, attisé la tension sur leurs prix, mais il faut noter que celui du gaz russe avait déjà été multiplié par trois (!) six mois avant l’invasion. Quant au baril de pétrole, malgré des pics à 130 dollars, son prix moyen sur la période février-juin est supérieure d’à peine 15 % aux 91 dollars de janvier. Le monde a connu déjà de nombreux épisodes de flambée équivalente, avec notamment le record de 145 dollars le baril de juillet 2008 sans que cela ne provoque d’inflation généralisée (1 %, cette année-là).

 

La catastrophe du lockdown

Beaucoup plus convaincante est l’explication selon laquelle cette vague d’inflation est née des confinements pour cause de covid. Ces derniers ont paralysé bien des usines et perturbé les chaînes d’approvisionnement depuis deux ans partout dans le monde.

Vous ne pouvez pas mettre sous cloche pendant des mois une grande partie de l’humanité (juste un exemple : le chômage a augmenté en 2020 dans TOUS les pays du monde sauf au Suriname…) sans créer des goulots d’étranglement spectaculaires sur la production et la distribution de nombreux biens et services, avec effets de réactions en chaine. Surtout dans une mondialisation où on travaille en flux tendu, procédés juste à temps et zéro stock… Des semi-conducteurs aux emballages, en passant par automobiles, bois, aluminium, acier, fret maritime, le catalogue des pénuries et courses frénétiques à l’approvisionnement est spectaculaire.

En outre, la levée des mesures covid s’est accompagnée d’un vif regain de la demande, logique après 18 mois à vivre sous restrictions. Que les industriels ne pouvaient se permettre de ne pas satisfaire… quitte à payer le prix fort les produits semi finis et matières premières dont ils avaient besoin. Prix fort répercuté, évidemment sur ceux au détail. Selon les analystes, tous ces effets mettront des mois, et peut-être jusqu’à deux ans à être résorbés.

Les confinements ont aussi, via par exemple le dédommagement du chômage technique et l’effondrement des recettes de TVA, fait exploser les déficits publics, source d’inflation bien connue depuis l’Allemagne de Weimar en 1922. Le « quoiqu’il en coûte » a ainsi fait monter la dette publique française de 16 % du PIB, « performance » sans équivalent par temps de paix.

 

Inflation : quand les banques centrales jouent aux apprentis sorciers

Deuxième facteur, longtemps invisible.

Pour éviter une récession après la crise de 2008, les banques centrales, notamment occidentales, se sont livrées à une création monétaire massive sous le vocable de quantitative easing, « politique non conventionnelle », etc. La planète est depuis lors inondée d’argent et de crédits à taux très bas, voire nuls, au demeurant une spectaculaire spoliation des épargnants.

Par exemple, le bilan de la Fed a été multiplié par… dix depuis 2007 et par deux depuis 2019. Autrement dit, la banque centrale américaine a créé dix fois plus d’argent au cours des quinze dernières années que durant toute son existence, débutée en 1913. La Banque centrale européenne n’a pas été en reste. Une masse de liquidités devant forcément se placer quelque part et donc susceptible de faire flamber les prix au moindre goulot d’étranglement.

L’inflation nous présente donc aujourd’hui la facture (puisqu’une hausse des prix de 10 % est tout simplement l’amputation d’un dixième du pouvoir d’achat de ceux des ménages, essentiellement salariés, qui sont dans l’impossibilité d’augmenter leur propre tarif) du confinement et des divagations des banques centrales. Deux politiques peu discutées, dans l’ensemble, mais aux résultats même pas si probants que cela. L’extravagance monétaire a, certes, financé 14 ans de création de biens et services, d’embauche et d’investissements, mais a aussi provoqué des bulles immobilières, pas de chance pour les primo-accédents, et boursières qui se promènent désormais au-dessus d’un champ de cactus.

Quant au lockdown, pas de chance, sur les quarante pays au monde affichant la plus forte létalité covid en proportion de leur population, 38 l’ont appliqué…

Article publié initialement le 26 juillet 2022

Voir les commentaires (27)

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Créer un compte Tous les commentaires (27)
  • Donc, qu’aurait-il fallu faire depuis 2 ans ?
    Les banques centrales sont un bouc émissaire commode pour les gouvernements qui en pratique ne leur laissent pas le choix…

    -3
    • Rien, le PQ n’est pas vraiment utile. Surtout plein d’encres.

      • Ca, tout le monde est censé le savoir. Mais vous faites comment, pour obliger le gouvernement a ne rien faire ?

        • Élire une chèvre. Il me semble que c’est pas possible constitutionnellement, mais bon la constitution ça se change…

          • Une chèvre ? C’est encore le bouc émissaire qui en profiterait le plus…

            • Un des élèves de ma femme quand elle était prof de français, avait compris et écrit dans sa dissertation:  » bouquet misère »!
              Un visionnaire sans doute!!!!!

    • Non. Les banques centrales sont des organismes en principe indépendants. La BCE, elle, est formellement indépendante. Elle ne rend des comptes qu’au Parlement européen, A la Cour des Comptes européenne et à la Cour de Justice de l’Union Européenne. Et la responsable de l’inflation de l’Euro s’appelle Madame Christine Lagarde.

      • ça a été vrai quand il y avait Trichet… Et puis…

      • Le Parlement Européen … quelle blague ! 50% de participation. Un marigot sordide infesté de khmers verts rompus au lobbying et à l’entrisme.

      • Le responsable de l’inflation, et c’est d’ailleurs écrit dans l’article, est d’abord le peuple qui s’est parfaitement satisfait de ne plus rien produire et d’être entretenu malgré tout. Madame Lagarde, en digne héritière de Ledru-Rollin, a suivi. Cela n’exonère surtout pas ce peuple et ses dirigeants, qui ont toujours soutenu, et ces derniers temps plus que jamais, de donner de l’argent créé ex nihilo à ceux qui ne l’ont pas gagné.

        • et qui a accepté l’argent papier.. donc de faire confiance..

        • ça on le savait déjà, que quand la France travaillait un peu, elle tangentait déjà dangereusement la faillite, alors, confiner et ne rien faire en faisant marcher la planche à billets, l’inflation était inévitable ( ou plutôt son aggravation car elle était déjà là avant la crise sanitaire).

    • Avatar
      The Real Franky Bee
      7 septembre 2022 at 7 h 12 min

      Il aurait peut-être fallu à un moment commencer par réformer l’économie plutôt que de sauver tout et n’importe quoi à la première crise venue. Un moment il faut savoir accepter la difficulté pour avancer. Quel est par exemple l’intérêt de sauver perpétuellement Air France qui est en faillite tous les 3 à 4 ans ? La planche à billets n’a jamais fait avancer une économie.

      • Si on laissait tomber Air France, ne faudrait-il pas sauver deux fois plus la SNCF ?

        -1
        • Avatar
          The Real Franky Bee
          7 septembre 2022 at 9 h 35 min

          Si on laissait tomber Air France (et même la SNCF tiens !), on découvrirait (ô miracle) que d’autres entreprises émergeraient assez vite pour prendre leur place avec un business model renouvelé. C’est comme ça que fonctionne le capitalisme à vrai dire.

          • Hé, c’était du second degré !
            Cela dit, vu les conditions en France où l’on tire à vue sur tout ce qui réussit, tout ce qui émergerait le ferait ailleurs.

    • La BCE a créé de la monnaie pour racheter les dettes des pays comme la France adeptes du « quoiqu’il en coûte » et pas seulement à cause du Covid. Elle a ainsi dévalué la valeur de l’euro puisqu’il n’y a pas eu de richesses créées en contrepartie.
      Et quand il y a d’évaluation, il y a inflation. Depuis le temps que la France attendait ce moment !!
      Inflation = augmentation des rentrées d’impôt = Bruno hyper content = pas de réforme à faire = ouf les énarques vont pouvoir continuer à pantoufler.

    • Très simple, ne pas arrêter l’économie pour une épidémie de peu de gravité pour la majorité des actifs et se contenter de protéger et soigner les personnes à risque. D’ailleurs ce qui a été fait n’a servi à rien du tout puisque les vagues se sont succédées malgré elles

  • l arnaque du siecle . sanitaire economique et sociale .

  • Ce qui est malheureux c’est que nous allons nous appauvrir déjà beaucoup de monde est dans une grande misère et surtout nous laissons une dette que nos enfants petits enfants payeront.
    Ils commenceront leur vie avec un passif.
    Quel désastre .
    Le plus navrant c’est que personne ne retient les leçons du passé.

    • La dette se paye plus vite qu’on ne le pense. regardez, observez, vous verrez.

      • Vous pouvez développer votre pensé.

        • Avatar
          The Real Franky Bee
          7 septembre 2022 at 7 h 18 min

          Je pense que cela signifie que ce n’est pas nos enfants ou plus loin qui paieront mais bien nous. Si demain les taux remontent, la France sera potentiellement en difficulté. Et pour ça pas nécessairement besoin d’attendre dix ans. À force de toujours repousser le risque à plus loin, celui-ci cesse d’être réel pour la plupart des gens. Sauf qu’il est bien là, tapis dans l’ombre…

        • Avatar
          The Real Franky Bee
          7 septembre 2022 at 7 h 34 min

          En résumé, il est tout à fait envisageable que vous connaissez très bientôt la mise sous la tutelle du FMI de la France. Et il est tout aussi possible, sans être certain, que nos enfants ou du moins nos petits-enfants s’en tirent mieux que nous à long terme. Tout finit par se payer, surtout la gabegie.

  • La cause de l’inflation au moins en Europe sont à mon sens : fin de la politique monétaire accomodante dans les autres pays du monde ce qui a entraîne une chute de l’euro. Puis, il y a l’effet des augmentations de taxes et autres réglementations stupides qui desequilibrent la demande. Le covid avait tout anesthésié et maintenant on voit les effets à plein.

    • Avatar
      The Real Franky Bee
      7 septembre 2022 at 9 h 48 min

      Vous vous mélangez les pinceaux. 1/ L’inflation était en train d’accélérer bien avant que l’euro baisse. 2/ La baisse actuelle de l’euro symbolise au contraire une politique monétaire TROP accomodante au regard de la situation actuelle (le taux directeur de la BCE est toujours à zéro). Si la BCE change de cap (ce qu’elle va finir par devoir faire si l’euro continue de baisser), alors celui-ci devrait remonter contre le dollar (du moins on l’espère, sinon c’est la catastrophe…).

  • Avatar
    The Real Franky Bee
    7 septembre 2022 at 7 h 16 min

    Mais non, puisque je vous dis que c’est la faute du Kremlin, des supporters anglais et du PSG. Tiens prends ça Poutine !

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