Taïwan : pourquoi l’avenir du monde s’y joue

Le futur des sociétés développées se joue désormais là-bas. Qui contrôle Taïwan et sa production des semi-conducteurs contrôle l’informatique et donc le monde.

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Taïwan : pourquoi l’avenir du monde s’y joue

Publié le 4 août 2022
- A +

Par Alexandre Massaux.

Depuis plusieurs mois, la presse étrangère évoque la pénurie de semi-conducteurs et de micropuces. Les mesures liées au covid ont perturbé leur production. Ces nouvelles sont passées relativement inaperçues et n’ont pas soulevé beaucoup de réactions en France. Pourtant, l’enjeu est beaucoup plus important qu’on ne le pense.

Dans notre monde actuel dépendant des appareils informatiques, les semi-conducteurs sont essentiels. Sans eux, nos ordinateurs ne pourraient pas être fabriqués. Ainsi, au début de l’année, Renault et PSA ont dû mettre à l’arrêt plusieurs chaînes de montage dans leurs usines durant deux à trois jours, amputant ainsi leur production.

Problème : leur production est concentrée à Taïwan, pays au cœur de l’affrontement entre les États-Unis et la Chine. Le futur des sociétés développées se joue désormais là-bas. Qui contrôle Taïwan et sa production de semi-conducteurs contrôle l’informatique et donc le monde.

 

Une concentration de la production à Taïwan

Selon CNBC, 63 % des revenus liés à la production de semi-conducteurs proviendraient de Taïwan. La société Taïwan Semiconductor Manufacturing Co (TSMC) représentait à elle seule 54 % des revenus. Taïwan est suivi par la Corée du Sud (Samsung) avec 18 % et la Chine (SMIC) avec 6 %. La fabrication des semi-conducteurs se fait aux frontières de la Chine.

Dans le passé, le pétrole et les hydrocarbures étaient au centre de l’attention géopolitique. Le Moyen-Orient a été la région que les grandes puissances cherchaient à contrôler pour assurer leur approvisionnement. Désormais, les semi-conducteurs ont pris cette place en tant que ressource d’intérêt stratégique. Néanmoins, contrairement au pétrole, leur production est plus concentrée et centralisée : au lieu d’un groupe de pays comme l’OPEP c’est un seul pays qui la contrôle.

 

Taïwan en tant que point focal de la nouvelle guerre froide

Taïwan n’est pas un pays en position géopolitique paisible. L’État, officiellement appelé République de Chine a été créé par les nationalistes chinois qui s’opposaient aux communistes de Mao Zedong. Ce faisant, la République Populaire de Chine (la Chine communiste) considère que Taïwan fait partie de son territoire et ne cache pas son vœu de voir l’île revenir sous son contrôle.

Le secrétaire général de la Chine, Xi Jinping, a déclaré cet été et à l’occasion du 100ème anniversaire du PPC que :

Résoudre le problème de Taïwan et réaliser la réunification totale de la patrie constituent la tâche historique et immuable du Parti communiste chinois et correspondent également à l’aspiration commune de tous les Chinois.

De même :

faire résolument échec à toute tentative visant à l’« indépendance de Taiwan » et créer ensemble un bel avenir pour le renouveau national.

Une situation qui, si elle se produisait, bouleverserait l’économie mondiale en donnant à la Chine des infrastructures essentielles.

Les États-Unis, forts de leur position géographique et de leur présence dans le Pacifique concentrent de plus en plus leurs efforts sur l’Asie. Leur retrait d’Afghanistan peut d’ailleurs s’interpréter comme une volonté de recentrer leurs forces sur la Chine et l’Asie.

De plus, TSMC a commencé la construction d’une usine en Arizona qui sera opérationnelle en 2024, une situation gagnante aussi bien pour les États-Unis que pour l’entreprise taïwanaise qui sécurise leur infrastructure et production. L’entreprise informatique américaine Intel se développe elle aussi dans cet État américain.

 

Le problème de l’attractivité

La capacité des États-Unis à attirer des entreprises lui procure un avantage stratégique non négligeable.

Reste la question de l’Europe dans cette nouvelle confrontation. Les pays européens restent trop discrets sur ce sujet. Et surtout, se pose la question de leur capacité à attirer cette industrie. S’ils ne sont pas capables de rivaliser avec les États-Unis dans ce domaine, ils seront encore une fois dépassés par les évènements et dépendants des politiques des États-Unis et de la Chine.

 

Article publié initialement le 10 septembre 2021.

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Créer un compte Tous les commentaires (14)
  • Quand on voit ce qu’est devenue l embryon de silicon valley qu’etait Grenoble on se dit que pour la France , ce n’est pas gagné …

  • Comme ça a plutôt empire dans notre beau pays on n est pas prêt de voir refleurir une industrie dynamique

  • C’est votre vraie tête ?

    -3
  • Dans cette affaire le marché décide de moins en moins et la géopolitique de plus en plus. Dans les deux cas l’Europe est mal placée : elle n’est pas le plus gros client civile et militaire et reste insignifiante sur le plan géopolitique. Il lui reste que la carte de la neutralité ?

  • C’est marrant: je suis en train de relire la série de science-fiction Hyperion (Dan Simmons). Ce dépeint une société totalement dépendante de la technologie et où personne ne sait très bien où est situé et qui contrôle le « TechnoCentre ». À la fin… ça se passe mal.
    C’est dangereux de faire tout reposer sur un truc fragile…

  • Le pouvoir de détruire, ça n’est qu’une bien petite partie du contrôle.

  • Si la tache historique et immuable du parti communiste chinois est la réunification avec Taiwan, alors j’ai une bonne nouvelle pour Xi, elle est très facile à atteindre. Il suffit de dissoudre le parti.

  • 1 Problème de fonctionnement non unifié de l’Europe, ainsi on ne peut s’accorder sur le fait que tels pays doivent produire pour tous soit de l’agriculture soit des minerais soit des automobiles etc. Chacun dans son coin sans cohérence et solidarité.
    2 Le danger du tout numérique avec des appareils sophistiqués. A le moindre panne ou pénurie ces civilisations s’écrouleront. Or nous en faisons parti. Les Mayas disparurent faute d’eau disponible, nous cela pourrait être dû à une pénurie de puces électroniques. Il faut tout produire d’urgence en Europe, sinon: Fin.

    • Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Aujourd’hui encore, on parle maya.
      Par contre, leur régime politique, devenu inadapté en son temps, a disparu.
      Voilà la première menace.
      Sur quoi parier alors… la chute du régime communiste, ou du pseudo-empire européen ?
      Qui est le plus antifragile ?

  • « Reste la question de l’Europe dans cette nouvelle confrontation. Les pays européens restent trop discrets sur ce sujet. Et surtout, se pose la question de leur capacité à attirer cette industrie. »

    En même temps, comment rester glamour avec une instabilité fiscale quasi structurelle? Que dire des fourches administratosclerosantes des bureaucrates de Bruxelles?
    La sino-dépendance a encore de beaux jours…

  • Francois Brault
    4 août 2022 at 19 h 57 min

    L’Europe détient à travers ASML, une ancienne filiale de Philips, le leadership mondial de la machine sans laquelle rien n’est possible. Les investissements colossaux sont à faire régulièrement dans les usines ET dans les procédés de fabrication. Pardon pour les sceptiques j’ai travaillé dans cette industrie. Avec Thierry Breton on a au moins un politique européen qui y comprend quelque chose. Après je reste très pessimiste sur la position de la France dont les politiciens de ces 40 dernières années ont décidé d’en faire un pays sans usines et de s’en glorifier (Serge Tchuruk).

  • @l’auteur :
    Pour produire des semi-conducteurs, il faut de l’énergie, de même qu’il faut des composants.
    La Chine vient de suspendre ses exportations de silice.
    Les matières premières sont reines. Et si Taïwan vient à manquer de matières premières, l’île sera alors incapable de produire.
    Je pense que beaucoup sur Contrepoints ne comprenne pas la mentalité chinoise.
    Parce que par chez nous on essaie toujours d’user de comparaison.
    Comparer la Chine et la culture occidentale c’est comment dire…

  • Cette ile est chinoise. RAPPEL UTIL
    Ce n’est pas trés malin d’avoir concentré la bas une industrie de pointe qui est devennue vitale et primordiale pour notre monde connecté !
    La chine va tout recuperer d’ici peu et personne n’y pourra rien, méme pas le grand Zelensky !?
    L’urgence n’est pas d’envoyer l’armée, mais de transferer le savoir faire et continuer a le devlloper ailleurs. La France avec son niveau mathématique et scientifique actuel, est hors jeu totalement.

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