G7 : unité affichée face à la Chine, mais pas d’engagements forts

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La volonté ostensible d’unité du G7 n’est pas qu’une question de communication. Elle vient de la nécessité d’affronter en commun la puissance chinoise.

Par Jules Devie.
Un article de l’Iref-Europe

Le G7, qui a réuni le 4 juin l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France, l’Italie, le Royaume-Uni et le Japon, a été le premier depuis 2019 et donc depuis l’élection de Joe Biden. Les chefs d’État ont voulu afficher leur unité, parfois même en exagérant quelque peu.

Tout au long du sommet basé cette année à Cornwall, au Royaume-Uni, ils ont beaucoup communiqué à ce propos. Devant les caméras, Emmanuel Macron et Joe Biden ont paru très proches.

La question de l’Irlande du Nord et de son traitement par le Royaume-Uni à la suite du Brexit a un peu entaché la belle image. Emmanuel Macron et Boris Johnson se sont opposés brièvement sur ce sujet mais ont au final préféré souligner leurs points d’accord.

Opposition à la Chine

Cette volonté ostensible d’unité n’est pas qu’une question de communication. Elle vient de la nécessité d’affronter en commun la puissance chinoise. Joe Biden s’est clairement déplacé à Cornwall pour en faire le sujet central des débats. Il a insisté pour que les membres du G7 reconnaissent le danger que pose la Chine et abordent les débats, économiques, politiques aussi bien que sanitaires, prioritairement sous cet angle.

Les dirigeants européens et canadiens se sont montrés plus modérés et ont manifesté leur intention de maintenir des liens économiques importants avec l’Empire du Milieu, ce qui peut être considéré comme un échec pour Biden. Tous ont reconnu que les agissements de la Chine sur la scène internationale (Hong Kong, Taïwan, Ouïgours, etc.) représentent autant de dangers graves, mais cela ne transparaît guère dans le rapport final, qui ne mentionne l’Empire du Milieu que trois fois. Le Président américain aurait souhaité que ce chiffre fût bien plus élevé.

Pour contrer l’influence chinoise, notamment celle qu’elle veut exercer avec les « nouvelles routes de la soie » (projet de rapprochement commercial entre la Chine et une centaine de pays, officiellement lancé en 2013 pour renforcer sa place dans le monde), Boris Johnson a parlé de « routes de la soie verte » (le terme fut ensuite remplacé par Build Back Better World), c’est-à-dire plus respectueuses de l’environnement et des pays concernés.

C’est un contre-modèle ambigu, très peu détaillé encore, et loin d’emporter l’adhésion des pays européens. Il est vaguement question, par exemple, de financer des projets à « basse émission de carbone » comme les éoliennes ou les chemins de fer, sans autres précisions, ce qui laisse craindre quelques gaspillages d’argent public…


Néanmoins, un autre axe du projet peut se révéler important et bénéfique s’il est mené à bien : la mise en place de moyens de financement viables pour les pays tiers. Les ambitions chinoises empruntant ces fameuses nouvelles routes de la soie sont inquiétantes à maints égards, mais en particulier par leur totale absence de transparence quant aux conditions des prêts vers les pays tiers, en particulier africains.

Nul ne peut garantir que s’ils avaient des difficultés à rembourser, les pays endettés ne se trouveraient pas soumis aux exigences géopolitiques chinoises. C’est d’ailleurs déjà le cas pour certains de ces pays d’Afrique ou d’Asie. En favorisant les prêts transparents, notamment provenant du secteur privé, l’initiative des dirigeants du G7 est louable. Malheureusement, là aussi, ils sont restés dans le plus grand flou et aucun projet d’envergure ne semble prêt.

Pourtant l’unité même toute relative de ce G7 a semblé affecter les Chinois, dont la presse a dénoncé la « calomnie » du communiqué final, ce qui a chagriné certains chefs d’État. Bilan : les pays membres ont reconnu le danger, se sont arrêtés là et n’ont pris aucun engagement concret. L’Union européenne et les États-Unis ont toujours déclaré partager les mêmes valeurs, en théorie.

Traduire cette entente dans les faits s’est souvent révélé plus difficile. Les deux blocs seront-ils capables de saisir concrètement et rapidement le défi historique que représente la Chine pour se rapprocher ?

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