La Wallonie sera-t-elle le prochain Sri Lanka ?

Les Wallons devraient observer avec attention ce qui se passe au Sri Lanka.

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La Wallonie sera-t-elle le prochain Sri Lanka ?

Publié le 26 juillet 2022
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Grand par la taille, le Sri Lanka est un pays modeste par sa population : vingt-deux millions d’habitants. Ouvert sur l’extérieur, le Sri Lanka dépend largement du tourisme. À majorité bouddhiste, le pays doit composer avec une forte minorité tamoule de 30 %.

Quand un pays sombre dans la crise, les idéologues se précipitent pour identifier LA cause de la crise, toujours conforme à leurs théories. D’autres se réfugient dans un prudent les causes sont multiples qui a l’avantage de n’engager personne. On lit que le Sri Lanka serait victime de l’ouverture aux échanges internationaux (sic), de la corruption, de l’écologisme, du covid, des musulmans, des Chinois…

Pour comprendre ce type de situation, il est utile de remonter aux données primaires publiées par le pays, au lieu de se cantonner aux analyses de la presse. Certes, ces données peuvent être falsifiées. Rien n’indique que ce soit le cas au Sri Lanka et c’est donc par là qu’il faut commencer.

Dans son dernier rapport sur la situation du pays, publié en avril 2022, la Banque centrale du Sri Lanka indique que, pour 2021, les revenus du gouvernement sri-lankais étaient de 8 milliards, tandis que ses dépenses se montaient à 21 milliards. +8/-21 : ça sent de suite la combinaison gagnante, une martingale ! Le service de la dette publique atteignait 12 milliards et la dette elle-même se montait à 104 milliards.

Dit autrement le service de la dette publique du Sri Lanka absorbe l’intégralité des revenus fiscaux du pays, et il faut encore emprunter quatre milliards par-dessus le marché rien que pour la dette (jusqu’en 2019, le service de la dette n’accaparait que 7 % des revenus fiscaux du pays.)

« L’encours de la dette de l’administration centrale atteint un niveau déconcertant à la fin de 2021, déplore la Banque centrale du Sri Lanka, tant en termes nominaux qu’en pourcentage du PIB. Cette croissance est le résultat combiné du creusement du déficit budgétaire, de la hausse des taux d’intérêt du marché et de la variation de la parité […] Une série d’abaissements de la note souveraine par les agences de notation est intervenue au cours de l’année 2021, en raison de la détérioration de la position de liquidité extérieure accentuée par la réduction des réserves de change, les remboursements élevés de la dette à venir et l’insuffisance des flux de financement. » (Banque centrale du Sri Lanka, Rapport annuel 2021, avril 2022, page 177).

Concrètement, en 2021 le gouvernement du Sri Lanka était en faillite fiscale et budgétaire. Tel est l’indubitable contexte — la cause motrice selon Aristote — en gestation depuis de longues années, de la crise que traverse aujourd’hui ce malheureux pays.

C’est dans ce contexte déjà passablement douloureux qu’en avril 2021, le président sri-lankais décide superbement d’interdire toute importation d’engrais, obligeant les agriculteurs à se tourner dans l’heure vers l’agriculture biologique.

Ce suprême décret présidentiel, très en phase avec la religion écologiste de notre temps — les agriculteurs néerlandais et flamands n’en témoignent-ils pas ? — eut pour effet instantané, qui l’eût cru ?, l’effondrement de la production agricole du pays.

Car on omet parfois de le rappeler, mais les rendements (la production) de l’agriculture biologique sont à la fois dérisoires et extrêmement onéreux. Si coûteux que l’on en revient très vite à des mécanismes économiques fondamentaux : quand l’agriculteur est mis en situation de ne pouvoir produire qu’à pertes, eh bien soit on lui donne une subvention, soit il arrête de produire.

Vu le contexte budgétaire du Sri Lanka, il n’était évidemment pas possible d’improviser un gigantesque programme de collectivisation de l’agriculture. Dès lors, la production s’effondra, les prix des biens les plus élémentaires ont explosé — dans un contexte déjà nettement inflationniste — et nombre de Srilankais ne mangent plus à leur faim.

La conversion du Sri Lanka à l’écologisme le plus radical — la même idéologie qui inspire les programmes Fit for 55 et Farm to Fork de l’Union européenne — apparaît, de ce point de vue, comme l’incontestable élément déclencheur de la révolution populaire. Quand ils ne mangent plus à leur faim, lorsqu’ils voient leurs enfants dépérir parce qu’ils sont mal nourris, c’est bête mais les gens ont tendance à se révolter.

En dépit de la torpeur estivale, les Wallons devraient observer avec attention ce qui se passe au Sri Lanka. Car l’allure générale des courbes budgétaires de la Wallonie n’est pas sans évoquer le tout-schuss vers les enfers du pays qu’on nommait autrefois Ceylan.

En réalité, si l’on voulait ajouter une note taquine, on observerait que, n’étaient les célèbres transferts financiers de la Flandre vers la Wallonie, cela ferait belle lurette que la population wallonne aurait rendu une visite de courtoisie à l’Élysette pour demander des comptes, à l’image du peuple affamé du Sri Lanka. La probable mise en place d’une majorité communiste en Wallonie en 2024 ne risque-t-elle pas de précipiter le destin srilankais de cette région ?

Aujourd’hui, le Sri Lanka a rendez-vous avec le Fonds monétaire international qui lui prêtera les fonds qui lui permettront de rencontrer ses obligations financières les plus pressantes. En échange de quoi, le Sri Lanka devra s’engager à des réformes radicales :

  • réduction drastique du nombre de fonctionnaires et de leur rémunération ;
  • réduction drastique des pensions ;
  • réduction drastique des subventions.

 

Toutes réformes que la Wallonie — pardon, le Sri Lanka ! — refuse obstinément depuis des années.

Dans le combat immémorial du réel et de l’idéologie, n’est-ce pas le premier qui, toujours, finit par l’emporter ?

 

Cette analyse a été publiée par l’hebdomadaire flamand ‘t Pallieterke.

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  • Paul Magnette, président du PS : « Nous sommes attachés à nos luttes sociales, à plein de choses qui font la beauté et la richesse de la Wallonie » (21/07/22)
    Sans surprise, les investisseurs classent l’attractivité des régions comme suit : 64 % pour la Flandre, 31 % pour Bruxelles et …. 5% pour la Wallonie.
    Avec le très stalinien PTB qui talonne le PS et les écolos qui dépensent sans compter, une dette qui explose et le soutien de la Flandre qui s’amenuise l’avenir ne peut être que rose …. fanée

  • Dans un paisible petit village wallon qui compte 200 habitants en semaine et le double le Week End. Kevin et Graziella voulaient créé un élevage de poules pondeuses et de poulets, ils firent les démarches pour implanter leur petites affaires, ils reçurent les autorisations et construire le poulailler sauf que après trois semaines, les habitants qui venaient le Week end n’étaient plus d’accord, X qui habite la région Bruxelloise, Y d’Anvers, Z de Gand firent agir leurs relations et malgré les autorisations, on leurs intima l’ordre par voie policière d’arrêter les travaux, l’auteur a raison la Wallonie ressemble au Sri Lanka

  • La comparaison Wallonie – Sri Lanka ne me semble pas appropriée. Je crois que le président du Sri Lanka a pris cette décision plus par souci de rééquilibrer un peu sa balance commerciale que par conviction écologique profonde. En l’occurrence il n’a pas vu plus loin que le bout de son nez et n’a pas imaginé les conséquences dévastatrices de cette décision.
    En Wallonie, mais pas seulement, c’est le cas de toute l’Europe, c’est en toute bonne conscience écologique qu’on se tire une rafale dans chaque pied pour tout ce qui concerne énergie et agriculture (haro sur le nucléaire, hors des ENR point de salut, arrêt de la production des véhicules thermiques, bannissement des OGM et des produits issus de la mutagenèse, interdiction du glyphosate, destruction des bassins d’irrigation qui pourtant seraient bien utiles en ce moment, und so weiter….)

  • les facts checkeurs tournent à plein régime pour le sri lanka…

    mais le sri lanka reste exemplaire..
    la dette extérieure? ignorons la elle est illégitime dira un meluche..

    et comme chacun l’a remarqué on nous vante depuis un bon moment l’utonmie et l’indépendance comme un choix forcement intelligent.. même si on explique que cuba est entravé par les sanctions commerciales..

    le sri lanka est donc sur le chemin du bonheur melucho autarcique… mais bon cuaba est un paradis chacun le sait..

    l’indépendance a en général un cout.. vivre en autonomie est possible et on a le droit de vouloir s’y obliger. on le fait au détriment de sa richesse matérielle, il faut bosser plus et se priver de tas de trucs. pour vivre en autarcie..mais a ton le droit de l’imposer à d’autres??

    et en plus ce n’est pas toujours possible!!! l’autarcie signifie parfois mourir ..

    les échanges et la spécialisation sont avérés depuis la préhistoire…

    par ailleurs ,il est légitime de s’inqieter de la complexité du monde.. qui constitue un risque quand un rouage essentiel se grippe quelque part…mais de là a jeter l’eau du bain..

    et c’est un facteur de PAIX!!!!

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