Ces trois jours qui ont mis fin au règne de Boris Johnson

Face à un « coup » de son cabinet ministériel, Boris Johnson démissionne de la tête du Parti conservateur.

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Ces trois jours qui ont mis fin au règne de Boris Johnson

Publié le 9 juillet 2022
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En se réveillant ce matin au 10 Downing Street, BoJo a dû se demander quel cauchemar il avait fait. Coup d’œil sur Sky News, 46 démissions (59 maintenant), non c’est bien à une tentative de coup d’État qu’il a fait face. L’Histoire inscrira ce mercredi 6 juillet comme une date clef. « Il a limogé Michael Gove », ministre du Logement qui avait appelé à sa démission, a déclaré sur Sky News James Duddridge, conseiller de Boris Johnson, précisant que le Premier ministre est « d’humeur enjouée et [qu’] il se battra ». Finalement, ce jeudi 7 juillet Boris Johnson va démissionner de la tête du Parti conservateur. Il devrait rester en poste jusqu’à l’automne prochain, le temps pour les Tories de désigner un nouveau chef.

Mon confrère Marc Roche, correspondant du journal Le Point à Londres, s’amusait à reprendre l’aphorisme d’Oscar Wilde dans la comédie L’Importance d’être constant : « Perdre l’un de ses parents peut être regardé comme un malheur. Perdre les deux ressemble à de la négligence », pour qualifier la situation du Premier ministre britannique Boris Johnson après la démission simultanée et inattendue mardi soir de son ministre des Finances, Rishi Sunak, et de son collègue de la Santé, Sajid Javid. Avec désormais 33 (quand j’ai commencé à écrire ce texte hier, Sky news en annoncait déjà 29) nous sommes plus proches des Mémoires d’un tricheur où Sacha Guitry se demande comment pleurer onze personnes ! On ne sait plus où donner de la peine. Il s’agit ici de 33 départs… Je fais une pause parce qu’il a fallu à l’instant que je remplace 32 par 33 puis 35 (sur quelque 120 postes au total).

En fait tout avait commencé dès le mardi soir avec l’annonce de la démission de deux poids lourds, le ministre de la Santé Sajid Javid puis celui des Finances Rishi Sunak qui a toujours été présenté comme un possible futur premier ministre. Downing Street a été contraint de « reconnaître » que le Premier ministre « était au courant depuis 2019 des allégations de comportements inappropriés » concernant le parlementaire Chris Pincher, qui avait rejoint l’équipe de Boris Johnson en février, avant de démissionner la semaine dernière dans la foulée d’accusations d’attouchements sexuels. Boris Johnson avait alors dépêché ses ministres sur le terrain « pour prendre sa défense » et assurer qu’il n’était au courant de rien.

À la chambre des communes où il fait face à son opposition, c’est des bancs verts de son propre camp, dans son dos, qu’il a pris des coups et dû subir le discours accusateur de Sajid Javid. « Assez, c’est assez ! » a-t-il lancé lors d’une tirade où il a fait valoir l’importance de l’intégrité. « Le problème commence au sommet, et ça ne changera pas, » a déclaré M. Javid, en invitant ses collègues conservateurs à réfléchir à la situation. « Soyons clairs, ne rien faire est une décision, » leur a-t-il lancé.
« Le travail d’un Premier ministre dans des circonstances difficiles, lorsqu’on vous a confié un mandat colossal, est de continuer à avancer », a rétorqué Boris Johnson sous les « Bye, Boris ! ».
Puis ce furent les questions des chefs des commissions parlementaires l’après-midi. « Nous allons continuer avec le gouvernement de ce pays« , a-t-il assuré. Un comité de mutins l’attendait à son retour au 10 Downing Street. Plusieurs ministres de premier plan, fidèles y compris, lui auraient demandé de démissionner.

« Vous devrez tremper vos mains dans le sang pour vous débarrasser de moi », titre le tabloïd The Sun, reprenant le message provocateur du Premier ministre britannique aux opposants au sein de son parti. Un « allié important » du Premier ministre répète dans le journal la position officielle de Downing Street selon laquelle les « rebelles » devront ignorer la « volonté du peuple » s’ils veulent que Johnson parte.

 

Un parti conservateur divisé sur Boris Johnson

Parmi ceux qui restent il y a Dominic Raab, ministre de la Justice – un fidèle du Premier ministre.

Nadine Dorries, ministre de la Culture, qui a dit : « le Premier ministre prend toujours les bonnes décisions. »

Jacob Rees-Mogg, ministre des opportunités du Brexit qui a dit à Sky News : « le Premier ministre a remporté un vaste mandat lors de la dernière élection générale, un vote du peuple britannique et cela ne devrait pas lui être enlevé parce qu’un certain nombre de personnes démissionnent. »

Alister Jack le secrétaire d’État pour l’Écosse a déclaré : « J’appuie sans réserve le Premier ministre. »

Parmi ceux qui restent il y a aussi Liz Truss, la ministre des Affaires étrangères ou encore la ministre de l’Intérieur Priti Patel, même si cette dernière ferait aussi partie de ceux qui suggèrent la démission du Premier ministre ainsi que Nadhim Zahawi, moins de 24 heures après sa nomination comme ministre des Finances.

« Hier je vous ai supplié de […] démissionner dans l’intérêt de notre parti et du pays. Vous nous avez mis dans une situation impossible », a écrit la nouvelle ministre de l’Éducation Michelle Donelan qui remplaçait Nadhim Zahawi, dans sa lettre de démission, expliquant qu’elle n’avait pas d’autre choix.

Après avoir annoncé sa démission de la tête du parti conservateur Boris Johnson a déclaré :

« Je regrette de ne pas avoir remporté ce débat et, bien sûr, il est douloureux de ne pas pouvoir mettre en œuvre ces idées et ces projets moi-même. Mais comme nous l’avons vu à Westminster, l’instinct de meute est puissant et quand la meute bouge, elle bouge. »

« C’est clairement la volonté du parti conservateur qu’il y ait un nouveau leader et donc un nouveau Premier ministre », a-t-il déclaré ce jeudi lors d’une conférence de presse devant Downing Street, se disant « triste d’abandonner le meilleur travail au monde ».

Une campagne pour la direction du parti aura lieu cet été et un nouveau Premier ministre sera en place à temps pour la conférence du Parti conservateur en octobre.

La bonne nouvelle du jour, en fait de lundi, c’est que Sir Keir Starmer exclut le retour à l’UE ou au marché unique sous le Parti travailliste. Le nouveau leader travailliste s’est engagé à « faire fonctionner le Brexit ».

Boris Johnson aura au moins définitivement gagné son pari sur le Brexit.

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  • BoJo il n’a que 56 ans, on lui donnerait 15 de plus, c’est la conséquence d’être le chef des tories

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boris johnson libre échange Royaume-Uni
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