Gérer l’hôpital comme une entreprise : chiche !

Un système de santé performant repose sur une société saine, prospère et une énergie abondante et bon marché.

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Hôpital Hôtel Dieu Montréal by scottmontreal(CC BY-NC 2.0)

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Gérer l’hôpital comme une entreprise : chiche !

Publié le 29 juin 2022
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Une centaine de services d’urgences sont en danger de fermeture cet été. Emmanuel Macron a annoncé le lancement d’une mission flash. En réponse à Gabriel Attal qui défendait les mesures déjà exposées par Brigitte Bourguignon, Jordan Bardella a répondu « Il faut arrêter de gérer l’hôpital comme on gère une entreprise ». C’est une erreur fréquente de croire que l’hôpital français est géré comme une entreprise, sous entendu « privée ».

À la base de l’entreprise privée il y a l’entrepreneur, son audace, sa créativité et son adaptabilité. Il n’est pas présent dans l’entreprise publique au fondement de laquelle il y a l’État, son conformisme, sa sclérose et sa lourdeur.

Pour qu’il y ait entreprise privée il faut qu’il y ait liberté économique, concurrence, qui est la liberté de choix, respect du droit de propriété, respect de la personnalité ce qui exclut toute vente forcée d’une prestation.

Vouloir « gérer l’hôpital comme une entreprise » est une histoire ancienne. L’objectif est de rendre une structure performante et pérenne dans un cadre organisationnel défini qui ne le permet pas. C’est pourquoi la conjonction comme est important. C’est différent de l’hôpital est une entreprise.

Gérer l’hôpital comme une entreprise est intrinsèquement impossible depuis le transfert au public du système de santé français à la libération.

 

La source du mal

Les ordonnances de 1945 ont sorti le risque social (santé, retraite, chômage…) du marché et l’ont mis dans le domaine public. À partir de ce moment tous les soucis de la protection sociale sont liés à sa gestion publique, plus précisément politique.

Plus de responsabilité personnelle, plus de libre choix, tout le monde est obligé d’entrer dans ce système. La création de la Sécurité sociale a détruit les solidarités spontanées qui sont les solidarités culturelles, cultuelles, villageoises, professionnelles, familiales… Le financement n’est pas assuré par le marché mais par la spoliation légale qui détruit la propriété privée. Les politiques ont donc tous les pouvoirs sur la stratégie, les recettes et les dépenses.

Il y avait une logique politique qui est que celui qui contrôle le système de santé contrôle la population. Le CNR le savait, le Hamas à Gaza aussi, et les politiciens actuels également. La dernière preuve est l’utilisation des covid pour accroître le contrôle de l’autorité centrale sur les Français.

Aujourd’hui, l’État, obsédé par le monopole du social, considère l’entreprise comme un département ministériel, un outil, au service de son pouvoir. Pour l’entreprise cela donne naissance à un galimatias politiquement correct, obscur et interventionniste avec la Prime Macron ou le Rôle social de l’entreprise ; rôle décidé et défini par des technocrates et des politiciens qui n’ont jamais travaillé dans un marché libre et qui ne connaissent rien à l’entreprise. Sans oublier les 35 heures qui ont fait beaucoup de mal au pays et désintégré l’hôpital.

 

La tarification à l’activité sur la sellette

La mise en place de la tarification à l’activité (T2A) dont Jean Castex est un des pères, aussi délétère soit-elle, n’a rien à voir avec une quelconque « gestion comme une entreprise ».

« La rentabilité imposée à l’hôpital » lisait-on en 2006 sur La T2A n’a rien à voir non plus avec la rentabilité, mais avec le rationnement sûrement puisqu’elle incite à refuser les soins qui, dans un contexte de tarifs administrés, ne rapportent pas assez.

Il faut rappeler que le rationnement des soins pour faire des économies est apparu dans les années qui ont suivi la création de la Sécu. « En 1952 […] Antoine Pinay […] avait déclaré qu’étant donné les grandes difficultés de la France, il avait préparé les textes d’une réforme de la Sécurité sociale ». Le numerus clausus mis en place en 1972 pour réduire l’offre relève de la même logique. Rationnement et pénurie signent une économie socialiste et non pas une économie de libre entreprise.

 

L’entreprise privée

L’entreprise a un rôle social naturel qui est de fournir aux gens le meilleur service au meilleur prix, dans tous les domaines. La rentabilité est atteinte lorsque l’entreprise rend le service attendu aux individus, qui le paient à un prix qui convient aux deux parties. Prix suffisant pour que l’entreprise dégage un profit. Ce profit est la récompense d’un service rendu de qualité, et un encouragement à poursuivre. Si personne n’achète le service proposé par l’entreprise cela signifie qu’elle ne rend aucun service. Auquel cas si elle ne veut pas faire faillite elle doit s’adapter et évoluer en écoutant ce message renvoyé par ses clients. Sinon un concurrent rendra un meilleur service à meilleur coût. Cela vaut pour le service de santé comme pour les autres services.

Rendre le meilleur service aux individus sous-tend une innovation permanente, une veille continue pour découvrir et anticiper les besoins des individus. Les bénéficiaires sont les consommateurs qui par leur libre choix valident ou non les propositions de l’entreprise. Il est rationnel de dire qu’ils votent à chaque instant, en achetant ou pas, le service proposé. C’est une démocratie directe, instantanée, universelle.

 

L’interventionnisme étatique

Cette démocratie réelle est démolie par l’interventionnisme étatique.

Sortir la protection sociale du marché a eu des conséquences incalculables sur l’ensemble de l’organisation de la société française. L’État s’immisce de plus en plus dans la vie des gens et la société française devient de plus en plus totalitaire.

En ce moment il est beaucoup question de l’hôpital, et de la « crise des urgences » en particulier.

Il faut bien avoir conscience que c’est l’ensemble du système de santé français qui est en état de décomposition. Les EHPAD manquent de moyens et n’en n’auront pas davantage. La médecine générale, de premier recours, est pire qu’abandonnée à son sort. Elle est progressivement mise sur la touche. Ce fut radical durant la première épidémie de covid et cela continue. Si cette médecine de premiers recours ne peut remplir correctement son rôle, l’hôpital se trouvera en première ligne, or il n’est pas conçu pour ça.

Le tout est engoncé au sein d’une économie française en déliquescence et d’une société sans repères.

Quelle que soit la culture et la religion, l’organisation sociale d’un pays repose sur plusieurs systèmes synergiques et cohérents qui structurent la société. La synergie et la cohérence peuvent être au service de bonnes ou de mauvaises choses. Il ne faut pas considérer ces systèmes comme fonctionnant de manière isolée. La santé, l’économie, l’énergie, la sécurité, la politique étrangère sont liés. La bonne performance de l’un ne peut être envisageable sans la bonne performance des autres.

Un pays en ruine économique ne pèse pas grand-chose en politique étrangère, et ne peut avoir un système de santé performant. Une mauvaise politique étrangère ruine l’économie, apporte l’insécurité sociale et la misère, etc.

En vérité nous vivons l’insécurité sociale. Elle concerne l’ensemble du système social français, logement, travail, alimentation, habillement, énergie et système de santé. À cause de la pénurie à tous les étages les Français ne savent pas s’ils seront soignés demain. D’autant que dorénavant, un caprice étatique peut interdire d’aller consulter un médecin, ou interdire à un soignant non malade d’aller travailler, ou à un malade dit non urgent d’accéder aux soins.

La mission Flash est complètement inutile, on sait parfaitement ce qui ne va pas et ce qu’il faut faire.

 

Un système de santé performant

Pour sortir de la crise, au prétexte que l’hôpital serait géré comme une entreprise, certains préconisent de prendre des décisions politiques volontaristes ou de rendre le pouvoir aux politiques. C’est une aberration.

Les politiques ne peuvent pas sauver l’hôpital parce qu’ils l’ont détruit.

Ce n’est pas qu’une question d’argent. Le problème est plus vaste, le manque de personnel figure en bonne place. Donner davantage d’argent, qui n’existe pas, pour l’hôpital, dans un système déjà hospitalo-centré, n’aboutira à rien, si ce n’est déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Tout le système de soins est à la ramasse. L’économie du pays est dévastée. Aucune réforme de l’hôpital ne peut se concevoir isolément. C’est tout le système de santé qu’il faut revoir. Et cette refonte ne peut se concevoir sans une réforme systémique de tous les pôles de la société française, santé, enseignement, économie, sécurité, justice etc.

L’hôpital est rentable si il rend le service que la population attend de lui, c’est-à-dire le soin et spécifiquement le soin de troisième niveau. Donc il faut rendre toute sa place et sa liberté à la médecine générale et de spécialité (premier et deuxième niveau) et sa liberté à l’hôpital, public comme privé.

On entend souvent que la santé n’est pas une marchandise, ou qu’elle n’a pas de prix mais un coût. Ce sont des élucubrations sémantiques. L’important est de disposer d’informations fiables pour prendre de bonne décisions. Or en économie ce sont les prix libres qui donnent ces informations. C’est grâce à eux que les soins seront disponibles et accessibles. Les tarifs administrés ne donnent des indications que sur la politique sanitaire. Le tarif peut être bas et remboursé et le soin inexistant faute de personnel ou de matériel par exemple. Cela impose la disposition de l’intégralité des revenus, le salaire complet, le libre choix de l’assureur (Sécu incluse), la liberté économique qui va au-delà de l’économie au sens contemporain.

Un système de santé performant repose sur une société saine, prospère et une énergie abondante et bon marché. Tout est lié, la moindre intervention de l’État contre la Propriété, la Liberté dont la liberté économique, a des conséquences néfastes sur tout le pays, particulièrement sur le système de santé… et sur la santé des Français.

 

Alors libre entreprise pour l’hôpital ? Chiche !

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  • L’espérance de vie est corrélée avec le PNB/hab. 80% des gain de santé ont plus à voir avec l’hygiène, le respect de la chaine du froid, un environnement propre.
    L’hôpital public est mort, comme l’éducation, l’industrie, la justice, le logement etc..
    CPEF.

  • Avatar
    jacques lemiere
    29 juin 2022 at 7 h 08 min

    IL faut plutôt prendre le problème de façon inverse qui est supposé gagner quoi avec un controle étatique de hôpitaux et plus généralement de la santé….????

    on perd en premier lieu son appréciation subjective de sa santé;..ce qui n’est pas un détail..

    et on paye … on devient irresponsable mais pourtant toujours coupable….de fumer de boire, de mal manger de prendre tel ou tel risque et de faire payer « les autres »..

    on ne gagne que le contrôle des prix.. en oubliant la contrepartie naturelle qui est la pénurie chronique..et une égalité toute théorique…macron n’ets pas soigné comme vous…les médecins ne sont pas soignés comme vous..

    tant qu’on est pas encore dans un pays communiste, on peut en pus se plaindre de tout…exiger toujours mieux…

    est ce qu’un individu fait les bons choix en regard de sa santé??? non au sens de l’optimisation de son espérance de vie ou risque de développer telle ou telle maladie.. choisit il l’offre de médecine la « meilleure » ??absolument pas??… et alors!!!????

    l’arbitraire collectif n’est pas « mieux » que l’arbitraire individuel…

    Par ailleurs, l’approche de la médecine moderne..le bénéficie risque collectif appliqué à l’individu n’est acceptable que si le consentement de l’individu existe… dans ce système la confiance dans le médecin est essentielle.. car le médecin est non coupable sinon irresponsable de l’echec thérapeutique pour l’individu…

  • « Comme une entreprise », ça ne veut rien dire. Il y a des entreprises particulièrement mal gérées, et d’autres où les employés ont toutes les raisons d’être fiers de travailler. En revanche, « comme une administration publique », ça a un sens bien précis, et chacun voit bien l’urgence de passer à autre chose.

    • Le plus ennuyeux, c’est que quand on parle de gérer comme une entreprise, maintenant ça allume d’abord dans l’inconscient collectif la référence à l’affaire Orpea. Il vaudrait mieux trouver une autre formulation.

      • C’est oublier les cliniques privées et alors comparer

        • Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Nous cherchons comment désigner et construire un service de soins qui serait fiable, efficace, performant, innovant même, soucieux de guérir mais sans gaspillages. Même si le mode de remboursement des soins est peut-être en partie coupable, nombre de cliniques privées en sont loin, donc certes, il faut que ce ne soit pas public, mais il ne suffit pas que ce soit privé.

  • « elle n’a pas de prix mais un coût ». La santé a un prix même dans notre société collectiviste. Il n’est pas bien indiqué (il faut éplucher les factures d’hôpital). Le problème est que ce prix n’est pas libre, et qu’il peut être fixé bien en dessous du coût. Ce que les politiciens adorent faire.
    Pour éviter la pénurie, sachant qu’on ne peut pas augmenter le prix, on va augmenter les contraintes pour y accéder, les délais, réduire la publicité etc… Qui a déjà vu une pub pour un médicament remboursé? Ca ne m’étonnerait pas que ce soit interdit…

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On attribue cette expression à Jacques Chirac lorsqu’il était Premier ministre, alors qu’il jurait contre les députés de sa majorité qui critiquaient Simone Weil et son projet de réforme, en les traitant de « cons comme une valise sans poignée ». C’était le temps où les valises avaient des poignées rivetées, avant que l’on développe les valises avec poignée intégrée, avec des roulettes (invention de Delsey, en 1972).

C’est vrai qu’une valise sans poignée, c’est vraiment con.

Mais que dire d’une poignée sans valise alors ?

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