Macron élu : la révolution et l’Ancien régime

Macron est certes réélu, mais à quel prix ? Les libéraux doivent se mettre en ordre de bataille.

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Macron élu : la révolution et l’Ancien régime

Publié le 25 avril 2022
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C’était Macron ou le chaos ! Avec 58,8 % des voix, Emmanuel Macron est réélu président de la République et inflige une défaite cinglante à Marine Le Pen, dont le programme national-populiste n’a séduit que 41,2 % des électeurs. Candidat entré dans le débat public par effraction en 2017, Emmanuel Macron en 2022 incarnait aux yeux d’une majorité d’électeurs la stabilité rassurante face au saut dans l’inconnu Le Pen. Les électeurs les plus âgés, les plus diplômés et les plus protégés des aléas de la mondialisation ne s’y sont pas trompés et ont préféré l’Ancien régime à la révolution.

Macron est certes réélu, mais à quel prix ? Dès l’annonce des résultats du premier tour, la campagne a pris une tonalité chiraquienne, comparable à l’élection présidentielle de 2002. L’appel à faire barrage à l’extrême droite a fédéré autour du vote Macron une coalition de soutiens divers qui vont aujourd’hui réclamer leur part du gâteau, c’est-à-dire faire pression sur le nouvel élu pour qu’il se souvienne de qui l’a fait roi.

Sans surprise, Mélenchon se fait le plus vocal, allant jusqu’à réclamer ouvertement la place de premier ministre. À droite, on se prépare aussi à gouverner avec la Macronie, à l’image d’un Guillaume Larrivé qui n’a jamais caché sa proximité avec ses concurrents.

On pense aussi aux vieilles gloires du socialisme qui se sont ralliées quand le vent a commencé à tourner, aux LR lorgnant sur les législatives qui eux aussi ont trahi au bon moment pour être en droit de réclamer un strapontin. Qu’ils se méfient : à en croire l’enquête menée par Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Emmanuel Macron n’est pas vraiment du type reconnaissant et ceux qui lui ont servi de marche-pied pour le pouvoir pourront attendre longtemps.

Pour faire tenir cet assemblage de bric et de broc, Emmanuel Macron a déjà choisi de dissoudre tout réformisme et toute trace de libéralisme dans un grand bain de redistribution des places, de planification et d’interventionnisme à tous les étages.

Après tout, nous ne sommes plus à 600 milliards près. Seulement, peut-on se permettre de pétrifier le pays encore 5 ans alors que tous les indicateurs économiques, sociaux et politiques sont au rouge ? Il suffit pour s’en convaincre de se pencher sur quelques faits tirés de l’élection. Tous témoignent de la fragmentation grandissante du pays et donc de la fragilisation extrême des assises de la démocratie libérale française.

 

La sécession des métropoles

L’écart se creuse dangereusement entre les métropoles et le reste du pays, entre la façade atlantique d’un côté et l’est et le sud du pays de l’autre. Marine Le Pen était en tête dans deux départements en 2017, elle l’est maintenant dans trois régions et dans les Dom-Tom (!).

D’un côté, la France des diplômés, des cadres et des retraités ; de l’autre celle des classes populaires sans diplômes, des employés et des précaires.

D’un côté la France à l’aise avec la mondialisation, qui adhère au projet européen, qui est moteur de croissance, qui vit dans un cadre dynamique et agréable ; de l’autre, la France qui subit la mondialisation, la montée irrépressible de la violence, le déclassement, et vit sous perfusion d’aides publiques.

La sécession de la jeunesse

Selon Frédéric Dabi, qui s’appuie sur une enquête IFOP de 2021, les 18-30 ans se distinguent de leurs aînés par leur pessimisme. Cela semble s’être traduit dans les urnes par un vote protestataire sans ambiguïté en faveur de Marine Le Pen.

Au premier tour, c’est Mélenchon qui était plébiscité, ce qui suggère d’abord un vote de rejet du macronisme plus que d’adhésion aux formations radicales de droite comme de gauche. Peut-être faut-il voir aussi le cri d’alarme d’une jeunesse qui se sait désormais politiquement minoritaire au sein d’un pays en déclin. L’élection confirme en effet le déplacement définitif du pouvoir vers les inactifs et les classes les plus âgées.

En d’autres termes, le veto des vieux promet aux nouvelles générations davantage de conservatisme et d’immobilisme social, ce qui réduit les perspectives d’évolution sociale en France.

 

La sécession des Drom

Emmanuel Macron a brisé le tabou Le Pen dans les Départements et régions d’outre-mer. Sa gestion de crise sanitaire à la fois autoritaire et maladroite a réussi à précipiter un électorat « naturellement » anti-Le Pen dans les bras du RN. Les électeurs n’ont pas oublié l’aveuglement absolu du pouvoir central sur la situation sanitaire locale, entraînant désordres et émeutes mais aussi un fort ressentiment contre la métropole.

La liquidation de l’ancien monde

L’extrême droite est KO, la droite s’est liquéfiée, la gauche s’est emparée de Mélenchon comme une bouée de sauvetage. Le score de Marine Le Pen l’a renvoyée durablement dans les cordes. Incapable de s’imposer sérieusement face à Macron, la candidate nationaliste est devenue l’adversaire idéal pour le pouvoir macronien. Celui-ci peut désormais compter sur la stratégie « moi ou le chaos » pour s’imposer sans crainte de devoir des comptes à ses électeurs, car sa concurrente est suffisamment puissante pour faire peur, mais pas assez pour décrocher la timbale élyséenne, pour l’instant.

La droite se confond désormais avec l’aile droite de LREM, LR ayant sombré corps et biens avec la candidature de Valérie Pécresse au premier tour. Son offre politique a été absorbée par le centre autoritaire, tout comme l’offre politique mélenchoniste. Désormais, ce sont les cadres LR qui vont devoir se trouver une nouvelle rampe de lancement pour les législatives, entre RN, Reconquête et LREM s’ils ne veulent pas passer par la case chômage.

Si le score de Valérie Pécresse a signé l’arrêt de mort des Républicains, que dire du score du PS et d’EELV ? Anne Hidalgo et Yannick Jadot n’ont pas d’autres alternatives que de se tourner vers les néo-communistes de LFI. Mais c’est Mélenchon, en position de force, qui accordera le coup de grâce ou non. Et on sait qu’il veut bien composer avec le reste de la gauche, mais sur ses propres termes pour les législatives.

Plus généralement, ce sont les partis comme corps intermédiaires qui ont disparu, laissant la place à des formations centrées sur des personnalités politico-médiatiques qui désormais représentent les nouveaux clivages (populismes, écologie, centre autoritaire, etc.) auprès des Français.

 

Le président post-politique

Derrière les multiples volte-face de Macron, nous assistons au triomphe d’une technocratie illibérale adaptée à ce monde post-politique complètement fractionné.

Non, le triomphe d’Emmanuel Macron n’est pas celui du néo-ultra-giga-libéralisme. Il n’a jamais été libéral, et pratique essentiellement l’opportunisme pour gagner et conserver le pouvoir. Là encore, il suffit de se reporter à ce qu’en disent ceux qui l’ont fréquenté. Dans Le traître et le Néant, Davet et Lhomme ont été bien en peine de trouver quelqu’un capable de définir le macronisme, et de trouver une ligne directrice dans la conduite du président autre que la poursuite de ses intérêts étroits.

On retrouve cette vacuité idéologique dans le caractère composite de l’électorat d’Emmanuel Macron. Comme l’observe Emmanuel Todd pour le premier tour, le seul ciment de la clientèle électorale macroniste, c’est l’anti-lepénisme, c’est-à-dire le rejet du projet concurrent, plus que l’adhésion à un programme positif LREM.

S’il n’y a pas de contenu propre au macronisme pouvant parler le langage de la social-démocratie, du rocardisme ou maintenant du socialisme écologique, il y a un style : centralisateur, technocratique, autoritaire et profondément paternaliste. L’idéologie gestionnaire de la « fin des idéologies » colle parfaitement à une France qui veut sortir de l’Histoire et se dépolitise à vitesse grand V. Plus que l’homme malade de l’Europe, la France est une vieille dame dont l’État se transforme en maison médicalisée.

 

Le danger technocratique est devant nous

Une fois le danger populiste écarté, c’est donc celui technocratique qui réapparaît, qui fonctionne à la fois sur l’apparence de la compétence et de la rationalité au sommet et sur l’assistanat généralisé à la base. Il est semblable au despotisme démocratique dont parlait Tocqueville, ce « pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer la jouissance et de veiller sur le sort [des citoyens]. »

Repliés sur leurs bulles sociales et informationnelles, les Français acceptent sa tutelle sans comprendre à quoi ils renoncent. Là encore, Tocqueville nous en donne une idée assez précise :

« Il est […] difficile de concevoir comment des hommes qui ont entièrement renoncé à l’habitude de se diriger eux-mêmes pourraient réussir à bien choisir ceux qui doivent les conduire ; et l’on ne fera point croire qu’un gouvernement libéral, énergique et sage, puisse jamais sortir des suffrages d’un peuple de serviteurs. »

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  • Hier soir, j’ai entendu que 50% des votes pour macron étaient uniquement lié au « barrage » envers Le Pen. Avec 63% de votes exprimés la majorité de 59% (divisée par deux cf ci-dessus) cela donne 18 à 19% de vote de conviction pour macron.
    Donc le même résultat qu’en 2017.
    En gros un français sur cinq l’apprécie.

  • En terme de progrès « éventuel » , macron nous promet de faire, à nouveau et sans plus de légitimité (aucune), des « conventions citoyennes » bien manipulables et non représentatives.

  • Article intéressant, notamment les typologies électorales géographique, par age et par milieu qui sont toujours éclairantes.
    Un paragraphe m’a un peu choqué : « D’un côté, la France des diplômés, des cadres et des retraités ; de l’autre celle des classes populaires sans diplômes, des employés et des précaires.
    D’un côté la France à l’aise avec la mondialisation, qui adhère au projet européen, qui est moteur de croissance, qui vit dans un cadre dynamique et agréable ; de l’autre, la France qui subit la mondialisation, la montée irrépressible de la violence, le déclassement, et vit sous perfusion d’aides publiques. »
    Les retraités et cadres moteurs de croissance et les petits employés ou indépendants sous perfusion d’aides publiques, vraiment ?
    Pour moi nous avons de plus en plus clairement une fracture entre des gens vivant au contact de la réalité et d’autres dans un déni de plus en plus total. Nous avons maintenant des grands diplômés pauvres vivant dans des logements misérables et ne mangeant pas toujours à leur faim (mais bio) votant Macron le seul président « crédible »; des enfants et petits-enfants de fiers ayatollahs de la gauche et de la tolérance qui sont allés pragmatiquement placer un petit bulletin pour Marine dimanche pour essayer d’éviter le naufrage. Je crois que l’analyse des « winners » Macron startup naichonneurs dynamiques contre les ploucs « loosers » déclassés est périmée. Les conservateurs ici (au sens conservation du système macronien déjà en place) ont en commun simplement d’en être personnellement bénéficiaires (retraités, cadres de grosses sociétés favorisées par les distorsions réglementaires et les subventions, hauts fonctionnaires et intellectuels chouchoutés par le pouvoir pour le pouvoir), rêvent de le devenir ou sont totalement aveuglés par la vilaine extrême droite pourfendue par le chevalier Macron seul contre tous qui se bat si fort pour nous.
    J’ai comme un doute sur la perfusion d’aides publiques qui soutient le vote Le Pen, il est en effet particulièrement élevé chez les jeunes adultes laissés tous seuls dans la merde, et qui veulent à mon avis surtout qu’on leur fiche la paix.
    Quant à l’adhésion au projet européen, cela laisse rêveur : de quoi parle-t-on au juste ? Des traités et statuts sur le libre-échange et la paix et la prospérité qui en découlent naturellement ? Ou de la réalité comportant son armée mexicaine de technocrates supranationaux qui veulent régenter la vie de chaque européen (et parfois imposer leur délire même hors d’Europe via des conseils et des accords loufoques) dans les détails les plus infimes de son existence (crédit social et recommandations écologiques, sanitaires, éducatives, entre autres) dans une fuite en avant détestable avant l’implosion de l’euro suite à leurs bêtises ?
    Suivant le point de vue, ce ne sont pas forcément les mêmes qui sont eurosceptiques…

    • Tout à fait. D’un côté de ma rue, des pavillons avec des jardins, et des cadres supérieurs qui ont tous voté Marine pour faire barrage à Macron. De l’autre, un grand ensemble de logements sociaux, des femmes de ménage, des jardiniers municipaux et autres souffleurs de feuilles mortes, et des agents de sécurité, qui ont tous voté Macron pour qu’il mette en oeuvre les promesses de Mélanchon. Le sous-entendu que les gens cultivés auraient voté voté Macron et les ignares Marine est, au moins dans ma rue, totalement hors-sol. Mais les sondeurs ne s’aventurent pas dans ma rue, elle est trop loin de leurs confortables QG parisiens et des politiciens qui les leur paient.

  • Macron c’est le candidat de la bourgeoisie socialiste qui entend continuer la fête sur le dos des autres alors que l’argent gratuit disparaît et que la contestation des oubliés et des pillés monte.
    Mensonges, endettement, répression, violences, ce qui plaît aux gagnants des pillages socialistes, c’est que ce psychopathe n’a absolument aucune limite et qu’ils peuvent ainsi continuer à vivre confortablement dans l’illusion d’un monde qui n’existe pas.

  • Personnellement, la statistique intéressante est que dans les CSP+ : on a un clivage entre les employés (cadres) et les chefs d’entreprises … Quand on a un salaire assuré qui tombe tous les mois, on vote MACRON. Quand on doit se bouger pour gagner sa croûte, on a plus tendance à voter LE PEN … CQFD.

    L’analyse du vote des retraités (boomers qui veulent jouir sans entraves) confirme mon propos.

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