NUPES : de la coalition à la balkanisation

La photo de famille des députés insoumis poing levé devant le Palais Bourbon et les éléments de langage utilisés par les mélenchonistes depuis lundi peinent à masquer une coalition effritée condamnée à faire de la figuration face à un RN devenu premier groupe d’opposition.

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NUPES : de la coalition à la balkanisation

Publié le 25 juin 2022
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Le régime est-il enfin en voie de reparlementarisation ? Avec une Assemblée élue au scrutin majoritaire mais qui donne l’image d’une élection à la proportionnelle, l’absence de majorité absolue du parti présidentiel a sonné comme un coup de tonnerre. Le Rassemblement national sort en position de force en parvenant à faire entrer un nombre de députés inimaginable pour une élection au scrutin majoritaire. Pourtant, c’est désormais vers Les Républicains que tous les regards se tournent. Après 10 ans dans l’opposition, la droite républicaine se retrouve face à un choix cornélien : rester dans l’opposition en jouant la crise de régime ou accepter d’intégrer la majorité afin de peser sur la politique gouvernementale et préparer l’après-Macron.

Un choix que n’auront pas à faire les députés issus de la NUPES.

Pourtant, la photo de famille des députés insoumis poing levé devant le Palais Bourbon et les éléments de langage utilisés par les mélenchonistes depuis lundi peinent à masquer une coalition effritée condamnée à faire de la figuration face à un RN devenu premier groupe d’opposition.

 

Vers un intergroupe

Il n’a pas fallu une journée pour l’union de la gauche se transforme en désunion des insatisfaits.

Les 131 députés promis au statut de première force d’opposition n’ont pas résisté à la conférence de presse improvisée par Jean-Luc Mélenchon lundi matin dans laquelle le chef de file de la NUPES appelait à la création d’un groupe réunissant les forces de gauche.

Il ne faudra pas une heure pour que la présidente du groupe socialiste Valérie Rabault donne une fin de non-recevoir à l’ex-député de Marseille, suivie par EELV puis par le PCF, qui plaide pour un intergroupe.

Si la raison évoquée est le refus de se fondre dans un groupe homogène, les causes sont plus bien profondes.

La NUPES n’a jamais eu vocation à être un groupe d’opposition. Dès l’origine, elle a été pensée comme une coalition de gouvernement de cohabitation.

 

L’expression d’un instinct de survie

Si nous voulions faire de la psychologie de comptoir, il serait aisé de voir dans le conservatisme l’expression politique de l’instinct de survie au cœur de notre processus évolutif.

Par opposition, on peut estimer que la gauche est la négation de cet instinct. Son rejet de l’égoïsme et de la conservation au nom d’un substrat moral en fait une pensée plus hermétique à ces sujets.

Il est donc paradoxal de voir que la NUPES est elle-même fondée sur ce même instinct de survie. Un instinct de survie de partis de gauche en voie de disparition.

En témoigne l’origine même de cette coalition. Justifiée par l’idée, à laquelle Jean-Luc Mélenchon ne croyait sans doute pas lui-même, d’une possible cohabitation, la NUPES a su se construire avec des symboles : accord LFI-EELV le jour de la fête du travail et signature du PCF celui de l’anniversaire du Front Populaire.

 

Des partis de gauche exsangues

Ces effets de manche masquent mal l’état exsangue de la gauche française. Outre le constat bien trop fait de la perte de l’électorat ouvrier, la NUPES fut une opération de sauvetage.

En témoigne un PS passé en 10 ans de 28,6 à 1,8 % au premier tour de l’élection présidentielle. En témoigne un parti écologiste incapable de dépasser les 6 % à cette même élection depuis sa création alors qu’il parvient à friser les 17 % aux élections européennes. En témoigne un parti communiste passé de 21 à 2,3 % en plus d’un demi-siècle.

Trois forces qui voient d’un œil envieux la montée des mélenchonistes, qui sont parvenus à doubler leur score depuis 2012.

 

Une promesse majoritaire

Face à cette déroute de la plupart des partis de gauche, le pari est-il réussi ? Non, assurément pas.

Malgré une tentative de contestation des résultats du premier tour, la coalition mélenchoniste n’a pas été en mesure de disputer au parti présidentiel sa place de premier parti de France.

Car si, à l’arrivée, le nombre de députés de chaque parti composant cette union correspond à la proportion des candidats investis, la promesse était claire.

Une promesse qui n’a heureusement pas été tenue.

 

Un régime anticrise

Entre les deux tours du scrutin, le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, depuis battu, estimait qu’une cohabitation serait impossible. Craignant vraisemblablement pour son siège, ses propos rappelaient ceux entendus en 1978, lorsque la France se demandait si les institutions gaulliennes étaient assez fortes pour supporter une cohabitation et éviter à Valéry Giscard d’Estaing la contrainte de la démission en cas de victoire de la gauche aux élections législatives.

Dix ans plus tard, la réponse était donnée après la première cohabitation. Réélu face à Jacques Chirac, François Mitterrand nommait opportunément à Matignon son rival de toujours, Michel Rocard, père idéologique d’Emmanuel Macron. Un Premier ministre contraint de composer lui aussi avec une majorité relative. La comparaison est tentante avec la situation actuelle. Seulement, alors que le théoricien de la deuxième gauche n’avait que 14 voix à aller chercher à chaque texte, Élisabeth Borne devra en rechercher plus de trois fois plus.

Ensuite, entre 1988 et 1991, le gouvernement Rocard a eu recours près de 28 fois à l’article 49.3. Depuis la réforme de 2008, son usage est limité à une fois par session, une session correspondant approximativement à une année scolaire.

Dans ces conditions, il serait tentant de fantasmer sur le retour d’un régime parlementaire sur le modèle des démocraties voisines, voire d’une absence de gouvernement comme ce qu’ont connus nos amis belges lorsque ceux-ci étaient libérés de tout gouvernement durant près d’un an et demi.

Seulement, la Cinquième République est un régime anti-crise.

Dans ce contexte, la gauche non-macroniste sera d’autant plus inaudible, d’autant plus avec une commission des finances présidée par le RN.

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  • Faudrait-il que l’on déclare « non citoyens français » et donc non votants et inéligibles, les Français qui votent pour les candidat du RN, comme cela avait été envisagé par M. Macron lui même pour les non-vaccinés contre le covid ? Que l’on délivre, alors, à ces gaulois non Français une carte de séjour et qu’ils soient protégés, valorisés et adulés comme le sont les migrants extra-européens venant en nombre s’installer en « zones de non France » en France !

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