Vallourec : il n’est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre

Qu’est ce qui explique la récente suppressions d’emplois dans l’entreprise Vallourec d’origine française ?

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Vallourec : il n’est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre

Publié le 24 mai 2022
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Certains ont voulu s’étonner de l’annonce récente de suppressions d’emplois dans l’entreprise Vallourec d’origine française spécialisée dans la production des tubes en acier sans soudure.

C’est l’occasion d’expliquer une nouvelle fois comment fonctionne l’industrie : si un pays ne possède ni les matériaux de base ni le marché, c’est-à-dire les clients, la transformation, la production, l’industrie se délocalise en se rapprochant des uns ou de l’autre.

Vallourec avait besoin de minerai de fer et d’aciéries d’une part et d’autre part d’un secteur pétrolier et gazier dynamique en France pour se développer. Nous n’avons plus de mines de fer et nous ne voulons plus de pétrole et de gaz : Vallourec ne peut donc rester en France que pour des activités marginales, soit moins de 30 % de son activité et va devoir choisir le meilleur pays en termes d’environnement industriel en Europe qui ne représente plus que moins de 15 % de ses ventes. Les mines de fer en France sont désormais trop profondes et ont été abandonnées dans les années 1980. Nous avons décidé politiquement de ne plus prospecter ni le pétrole ni le gaz, et de mettre fin aux productions existantes. Le marché a donc disparu et la seule chance de survie de ce groupe est de conserver ses activités dans des pays qui poursuivent l’exploration, et l’exploitation du pétrole et du gaz, c’est ce que font les dirigeants du groupe, c’est rationnel.

On pourrait dire qu’il existe des connaissances techniques ancestrales qui sont indispensables et que ceci pourrait conduire à un maintien d’activités nationales. Cette idée de l’existence d’un savoir-faire vivant indépendant du faire, c’est-à-dire de l’installation et l’exploitation, est un leurre comme l’était l’idée de l’industrie sans usine. Il faut faire pour savoir faire, c’est encore une fois rationnel.

 

Vallourec est une leçon

Ce qui arrive à Vallourec pourrait, au contraire, nous servir de leçon, nous permettre de comprendre l’industrie et d’anticiper les réactions des installations de production aux orientations du marché décidées non par celui-ci mais par les décisions politiques. Ainsi, lorsqu’un gouvernement décide d’éradiquer la construction de véhicules à moteur thermique au profit du seul véhicule électrique, il prend une position qui n’est pas celle du consommateur qui, lui, a confiance dans les progrès de cent ans de son véhicule essence ou diesel ! Mais cette orientation prise au nom du peuple européen, on l’a compris pour son « bien », suppose que tous les investissements réalisés en Europe chez les constructeurs et leurs sous-traitants, deviennent obsolètes, les compétences inutiles et donc des usines et les centaines de milliers de travailleurs à la casse.

Dès que les premières fonderies ont commencé à fermer on a entendu des cris d’orfraie chez tous les édiles politiques. Mais encore une fois, il n’y a rien là d’irrationnel : si on arrête les moteurs thermiques, les usines et le personnel disparaissent. Et la fameuse reconversion va nécessiter de nouvelles usines et de nouvelles compétences. Mais comme elles existent déjà en Asie on va chercher longtemps comment justifier économiquement leur retour en France ou en Europe. Certes, la proximité du marché pourra justifier la tâche d’ensemblier, la touche finale pour plaire au consommateur, mais sûrement pas les composants malgré tout ce qui est dit aujourd’hui. Il faudra donc un effort collectif colossal pour retrouver la position majeure de la France et de l’Europe dans un contexte nouveau choisi par l’échelon politique et non l’échelon industriel.

On pourrait égrener dans tous les secteurs cette propension des politiques à prendre au nom du peuple des positions émotives sur la chimie, la biologie, l’alimentation, les pollutions, sans jamais mesurer les conséquences industrielles. La dernière Loi sur l’anti-gaspillage et l’économie circulaire, la loi Climat et Résilience condamnent à court terme des industries et empêchent une réindustrialisation : les industriels le disent, le font savoir, mais on attend les fermetures d’usines et les friches industrielles pour se plaindre tandis que les textes ne permettent plus une installation rapide dans des lieux appropriés.

Il n’est donc pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Au bout de dix ans d’erreurs on redécouvre que le nucléaire est indispensable à notre survie économique collective, on s’aperçoit que les énergies intermittentes solaire et éolienne dérèglent nos réseaux électriques et font l’objet d’une importation massive de matériels préjudiciables à notre balance commerciale, on remarque que celle-ci est gravement déficitaire, même sur l’alimentation et ceci pour la première fois de l’existence de notre pays !

Avant de prendre une décision, quelle que soit sa justification, généreuse ou impérative, ayons la présence d’esprit de regarder ses conséquences industrielles. Nous la prendrons ensuite en connaissance de cause et personne ne sera surpris de ses effets.

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  • C’est agréable de lire du « BON SENS » !

  • Tout cela est d’une rare évidence. Mais le bon sens n’a jamais eu autant de succès dans les pays latins que dans les pays anglo-saxons. En France nos élites sont principalement formées dans le moule Sciences-Po/ENA et manquent totalement de proximité avec l’activité industrielle, y compris pour ceux qui, après les cabines ministériels, pantouflent dans les grandes entreprises et y diffusent leurs idées nocives. Quand à la population française elle n’a retenu de l’époque des lumières que le message de philosophes douteux (Rousseau) et non celui des encyclopédistes plus tournés vers le concret que vers l’idéologie. L’éducation étant en chute libre, il n’y a guère à espérer de sursaut de lucidité.

  • On ne change pas une équipe qui perd.
    Les cinq ans qui viennent ressembleront aux cinq ans précédents, mais en pire
    Attendons notre Gorbatchev

  • On connait depuis longtemps le pouvoir de nuisance de l’Etat-stratège, et malgré les nombreux exemples passés de cette tare étatique, eh bien on continue! Nos gouvernants ont une pathologie grave: ils sont amnésiques!

  • Comme le disait le bon vieux Frédéric B. il y a 170 ans, en économie, il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. On refuse la pollution attribuée aux usines, et ensuite on se plaint du chômage consécutif. Mais ne vous inquiétez pas, tout va très bien, madame la Marquise !

  • c’est curieux, j’ai l’impression d’avoir déjà lu cet article… il y a 10 ans, 15 ans, 20 ans, sous diverses plumes?
    avec la fine équipe aux manettes pour 5 ans, je crois que j’en relirai un autre tout pareil durant cette législature
    mon hypothèse, puisqu »il n’y a aucune explication rationnelle à cet entêtement dans la bêtise ruineuse, ces gens viennent d’une autre planète
    il y a eu une étude très sérieuse(des phd prestigieux) expliquant que des extraterrestres fâchés du mal que nous faisons à notre planète, pourraient intervenir pour nous remettre dans la bonne trajectoire, je crois qu’ils sont déjà là, d’ailleurs quand je vois la tête de mme Borne, jen n’ai plus aucun doute

    • Étant d’une intelligence tellement supérieure, elle sans aucun doute bloquée.
      Il faudra qu’elle pass cette borne hé.

  • « Hitler was a central planner’s central planner. Not only did he have a plan for everything – each of which was a disaster of course – but he was also a modern economist. He saw a problem. He had a solution.  »
    Source : https://www.amazon.fr/dp/0990359530/ref=as_sl_pc_as_ss_li_til?tag=contrepoints04-21&linkCode=w00&linkId=3b0c163b856eb953251e991a0926196b&creativeASIN=0990359530

    En route donc pour le planification écologique !

  • Ok avec vous sauf sur la voiture électrique en soi n’est pas une mauvaise chose. Par contre, le virage à réaliser par nos industriels est trop sec pour qu’il soit négocié sans casse. D’une manière générale, les entreprises qui subsistent en France vivent sur leurs aquis et n’ont plus les moyens d’évoluer .

    • chacun évidemment aura sa propre analyse, mais au lieu de se précipiter de manière autoritaire dans une vois qui est loin d’être évidente,on aurait pu y réfléchir
      https://notrickszone.com/2022/05/23/continued-use-of-combustion-vehicles-leads-to-much-lower-lifetime-co2-emissions-than-driving-evs/
      vous me direz que l’on aurait pu également y réfléchir à 2 fois avant de faire des bio carburants?
      peut-être aussi de bruler des pellets de forêts coupées aux USA dans nos centrales?
      de promouvoir des biodigesteurs qui finalement fonctionnent au maïs(transgénique?) et ont massacré la filière lait?
      de… etc etc
      il n’y a pas une des ces avancées « citoyennes promues par la secte à GHreta qui tienne la route, c’est toujours désastreux, mais on continue,
      j’ai lu qu’un français avait inventer la trottinette surf électrique, J’attends la création d’une nouvelle académie,

      • L’avantage des biocarburants fabriqués en France, y compris le biométhane (au maïs transgénique) c’est qu’a priori, le maïs, la betterave et le colza concernés n’auraient pas besoin d’être bio et non OGM. On devrait même pouvoir les arroser de glyphosate par épandage aérien. Peut-être même que le ministère de l’agriculture ne devrait pas y faire d’inspections. Mais je crains que ça ne soit qu’un rêve.

    • La voiture électrique en soi n’est pas une mauvaise chose sauf que l’on a oublié que comme pour les véhicules thermiques, elle n’est qu’à la fin d’un long processus industriel et ne peut fonctionner que si en même temps on fabrique les moteurs électriques, les batteries pour stocker l’énergie pour les alimenter, les infrastructures pour produire, acheminer et distribuer cette énergie, etc. Imposer aux industriels ce genre de virage technologique en oubliant le temps qu’il a fallu à la mobilité thermique pour se mettre en place et progresser est tout simplement idiot! De plus, si on ne collait pas aux entreprises françaises des boulets aux pieds sous forme de règlements ineptes, de normes imbéciles et de charges insupportables, peut-être auraient-elles une chance de négocier au mieux ce virage, mais comme on leur a enlever cette chance depuis longtemps, c’est foutu!

    • Avatar
      jacques lemiere
      26 mai 2022 at 9 h 12 min

      pas une mauvaise chose… tout est dit et rien n’est dit…

      si les gens achètent alors c’est pas une mauvaise chose..pourrait on dire.. or…still….

  • Vallourec leader des tubes acier sans soudure: cette technologie est indispensable pour les échangeurs de chaleur des centrales nucléaires si je me souviens bien, et donc aussi des réacteurs nucléaires de nos sous marine et porte avion. Encore un fleuron de notre industrie en endifficult,et pourtant fleuron indispensable pour la souveraineté énergétique française. D’ici à ce lemonde gouvernement stratège en fasse un nouvel Alstom?

  • La voiture électrique en soi n’est pas une mauvaise chose sauf que l’on a oublié que comme pour les véhicules thermiques, elle n’est qu’à la fin d’un long processus industriel et ne peut fonctionner que si en même temps on fabrique les moteurs électriques, les batteries pour stocker l’énergie pour les alimenter, les infrastructures pour produire, acheminer et distribuer cette énergie, etc. Imposer aux industriels ce genre de virage technologique en oubliant le temps qu’il a fallu à la mobilité thermique pour se mettre en place et progresser est tout simplement idiot! De plus, si on ne collait pas aux entreprises françaises des boulets aux pieds sous forme de règlements ineptes, de normes imbéciles et de charges insupportables, peut-être auraient-elles une chance de négocier au mieux ce virage, mais comme on leur a enlever cette chance depuis longtemps, c’est foutu!

  • Avatar
    jacques lemiere
    26 mai 2022 at 9 h 10 min

    non le problème c’est l’incroyable égoïsme et stupidité des pays étrangers.. bien entendu..

    il suffirait que le reste monde comprenne enfin et admette la gouvernance économique française..

  • Bonjour, je suis d’accord au global avec les commentaires, néanmoins il manque une partie de l’information dans ce qui est dit. Vallourec aujourd’hui est identifié comme entreprise O&G car pendant 15 ans l’entreprise s’est concentré sur le secteur qui a permis à l’entreprise de grimper au CAC 40 (jusqu’à l’embauche de celui qui est le grand responsable de 80% des problèmes de Vallourec aujourd’hui, je ne le citerai pas par pitié d’une personne extrêmement médiocre dans son métier) .
    On oublie que dans le passé Vallourec possédait des divisions « Powergen » (production d’énergie, c’est vrai, principalement dediée au centrales charbon mais pas que, il y avait du nucléaire; et il aurait suffit d’innover un peu pour sortir de l’impasse et garder la division active) , il y a encore la division « Industrie » jamais vraiment valorisée à cause des marges plus limitées que l’O&G, Automobile (en partie cédé à Arcelor Mittal et d’autres); Vallourec faisait aussi des tubes en roulé-soudé titane et si on remonte encore plus loin dans le passé Vallourec faisait aussi du tube pour le médical. Pourquoi ces secteurs on été abandonnés ou peu valorisés? car les marges étaient plus limité que le oil&gas et ne permettaient de dégager des bénéfices intéressants pour les actionnaires en moyen termes.
    L’intelligence managériale est aussi de prévoir ce qui peut faire survivre l’entreprise à long termes; le management de Vallourec des derniers 15 ans passera à l’histoire comme un management médiocre qui a regardé seulement aux résultats moyen termes. Les actions en cours aujourd’hui sont inévitables vue la situation crée, mais je pense que un peu moins de marges dans le passé pour plus de sécurité d’emploi pour le futur, ca aurait pu être possible avec un management un peu plus efficace.

    • Si l’entreprise s’est concentrée sur les secteurs les plus rentables en délaissant une partie de son activité, c’est bien que ça allait mal depuis longtemps. Quand ça va mal, on coupe le superflu. Inversement, lorsqu’une entreprise se développe, on peut s’attendre à ce que les performances marginales des nouveaux investissements diminuent.
      Le cours de bourse montre que ça ne date pas d’hier, que l’entreprise est passée en mode survie.

      • C’est vrai pour les dernières cessions (ex: Valinox ou la tuberie de Montbard); ce n’est pas vrai pour des cessions effectuées dans le passé entre 2005 et 2015

  • On sait bien que tous les politiques sortent des grandes écoles pour immédiatement faire une carrière dans l’administration ou la finance. Il ne faut donc pas s’étonner de leur absence totale de culture industrielle

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