Le péril vieux qui menace la démocratie

L’essai de M. Sbaihi n’est pas une déclaration de guerre entre générations, mais un appel à la concertation de tous pour offrir aux plus jeunes de meilleures perspectives.

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Le péril vieux qui menace la démocratie

Publié le 21 mai 2022
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Dans son dernier essai intitulé Le Grand Vieillissement, Maxime Sbaihi tire la sonnette d’alarme sur une révolution silencieuse, celle du vieillissement général de la population et de ses conséquences sociales, politiques et économiques.

La réélection d’Emmanuel Macron en est la démonstration la plus immédiatement visible. Alors que la majorité des actifs a préféré voter pour Marine Le Pen, c’est grâce aux retraités que le candidat président n’a cessé de cajoler, que l’extrême centre s’est imposé face à l’extrême droite.

La France produit des centenaires en pagaille, et c’est heureux, mais voit sa natalité se ralentir nettement :

« Nous comptons aujourd’hui déjà plus de 20 000 centenaires, soit deux fois plus qu’en 1999 et treize fois plus qu’en 1975. La tendance va aller en s’accélérant puisque l’Insee prévoit 270 000 centenaires d’ici à 2070. »

Les boomers à la première place

Le déséquilibre se fait en effet désormais en faveur des boomers. Cette génération de l’après-guerre vit plus longtemps, part plus tôt à la retraite et compte sur les actifs d’aujourd’hui pour l’entretenir, comme elle-même a cotisé pour ses parents selon le principe de solidarité intergénérationnelle.

Seulement, cette génération est plus nombreuse, vit plus longtemps et cotise moins, ce qui déstabilise profondément un modèle social français particulièrement sensible aux variations démographiques.

Il y a de moins en moins d’actifs pour soutenir les inactifs :

« Alors que la France comptait 5 actifs pour une personne âgée inactive en 1945, ce rapport n’a cessé de se dégrader depuis. Il est passé sous la barre de 4 pour un en 1994 puis 3 pour un en 2016 et devrait passer sous la barre de 2 pour un d’ici 2040. »

Ce déséquilibre fait exploser les dépenses publiques, en particulier dans le domaine social, et pire, creuse l’écart social entre la génération des boomers et le reste de la population.

L’accès à la propriété et l’amélioration du niveau de vie ont nettement ralenti après la génération 68 et les retraités, notamment grâce à leur enrichissement patrimonial :

« Les boomers se retrouvent mieux dotés en patrimoine que n’importe quelle génération précédente à leur âge grâce à des trajectoires de carrière favorables à l’accumulation patrimoniale, que ce soit par l’achat de logements ou la constitution d’une épargne financière -conditions que n’ont plus connues les générations suivantes, tour à tour confrontées à un chômage de masse et à une croissance atone qui les force à devoir patienter, ou à s’endetter davantage, pour se constituer un patrimoine. »

Les grands perdants du vieillissement sont les jeunes qui en retour s’abstiennent en masse ou préfèrent voter aux extrêmes plutôt qu’accepter des appareils politiques dominants qui ne parlent qu’aux insiders, cette classe de citoyens protégés des aléas économiques par leurs statuts, leurs CDI ou leurs retraites. Sur le plan politique, le déséquilibre entre générations peut provoquer des catastrophes si la coalition désormais majoritaire des seniors pèse de tout son poids pour empêcher les réformes et maintenir le statu quo en leur faveur, comme ce fut le cas pour la CSG.

Sacrifier les jeunes

Pire, sacrifier la jeunesse pour protéger les intérêts des plus âgés est désormais une tentation bien réelle au sein de la classe politique. On l’a vu avec la crise sanitaire, où le gouvernement a préféré mettre à l’arrêt l’intégralité de la société et confiner tout le monde plutôt que d’isoler les plus fragiles, c’est-à-dire les plus âgés.

L’essai de M. Sbaihi n’est pas une déclaration de guerre entre générations, mais un appel à la concertation de tous pour offrir aux plus jeunes de meilleures perspectives que celles envisagées par un système de redistribution devenu à sens unique. S’inspirant du modèle social-libéral rawlsien et imprégné de solidarisme bien compris, il propose de réformer à la marge un système social qui apparaît pour beaucoup à bout de souffle.

C’est sans doute ici la seule limite pour nous de cet essai pénétrant, nuancé et informé : le vieillissement de la population est aussi une crise de l’avenir, pour paraphraser Marcel Gauchet. Et le perpétuel présent, c’est de vouloir rafistoler le « modèle social français », ce modèle mental hérité de l’après-guerre, et qui n’est qu’une mise en forme de différents corporatismes socio-économiques au profit des insiders et aux détriments des outsiders, et celui depuis de nombreuses décennies, bien avant le tournant démographique évoqué par M. Sbaihi1.

Mais c’est une autre histoire, et dans la grande conversation sur notre avenir collectif, le Grand vieillissement mérite une place de choix.

Maxime Sbaihi, Le grand vieillissement, Editions de l’Observatoire, mai 2022.

  1. Timothy Smith, La France injuste, 1975-2006, Autrement, 2006.
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  • Le simple fait de raisonner en termes de générations, comme le font aussi les syndicats en termes de classes sociales, plutôt que d’individus, est bien une déclaration de guerre. « Offrir aux jeunes de meilleures perspectives » ! Que ces jeunes apprennent à compter et à mesurer les flux financiers intergénérationnels réels ! Qu’ils entrent dans la vie active à l’âge où l’ont fait les boomers, qu’ils défendent la capitalisation, qu’ils paient pour leurs pistes cyclables et leurs lubies écologiques avec LEUR argent, qu’ils renoncent à taxer les plus âgés qui les ont gâtés pourris au lieu de les éduquer !
    « Offrir » ! On n’offre pas une rançon. On la rassemble contraint et forcé pour échapper aux horreurs de la guerre. La guerre que prône manifestement cet ouvrage, dont la recension ne me donne aucune envie d’entamer la lecture, même par simple curiosité.

    • « L’Etat est la grande fiction où tout le monde s’efforce de vivre aux dépends de tout le monde » et cela commence à se voir ne vous en déplaise.

    • On voit bien avec la reaction de MichelO que c est pas gagné. Qu il le veuille ou non, il existe des classes sociales, des classes d ages et pas uniquement des individus isolés.
      Si vous avez aujourd hui 70 ans en france vous avez interet que l etat mene une politique qui fasse que les soins medicaux soient quasi gratuit, quel l immobilier soit cher et de taxer lourdement le travail afin de payer des retraites elevees (toute ressemblance avec la France n est que coincidence)
      Si vous avez 25 ans, vous avez evidement l interet inverse: une boite d antibiotique c est quelques euros, le covid ne vous fait rien et vous prefereriez ne pas engloutir 40 % de vos revenus pour vous loger

      PS:
      1) Si les boomers ont commence a traville plus tot, c est aussi qu il etait facile de trouver un travail meme sans diplome. Et qu il existait une possibilite non nulle de promotion. chose qui est illusoire actuellement. Sans diplome, vous allez cumuler les petits boulot a temps partiel et sous payé en ayant aucune chance de progresser (l industrie est partie et les emplois de service n offrent aucune promotion)
      2) si les jeunes exigent la capitalisation , le boomer que vous etes se retrouvera avec une pension egale a …0
      3) si le systeme etait bien fait, on devrait avoir 3 ages dans la vie: 1 age: on apprend. 2eme age on travaille et accumule du capital, 3eme age on depense le capital accumulé. Nos boomers grace a leur poid electoral ont reussit a se faire verser des pensions telles qu ils n ont pas besoin de consommer leur capital. Evidement ca empeche la generation d apres d accumuler du capital et le systeme va s effondrer mais ils s en moquent, ils seront mort

      • Les classes sociales ne sont qu’une invention commode de ceux qui veulent mettre leur prochain dans des cases et des statistiques. Il n’existe que des individus, et ils passent leur vie à changer de position dans la société. C’est ce que j’ai observé, et vos allégations du contraire sont parfaitement gratuites. Si j’ai 70 ans, c’est que j’ai appris à agir suivant mes convictions, et que l’Etat sous couvert de flatteries est le pire ennemi de mes intérêts. Et c’est ce que je tenterai d’enseigner aux jeunes de 25 ans : construire son indépendance et son avenir, et ne jamais céder aux sirènes des intérêts apparents d’une redistribution étatique, aussi favorable puisse-t-elle paraître. Maladie ou vieillesse, il faut s’assurer au lieu de compter sur la collectivité.
        Quant à vos PS :
        1. Quiconque est travailleur et désireux de bien faire a toujours trouvé un emploi sans problème. Et l’avancement, sans être automatique, vient néanmoins à ceux qui le méritent. Du moins si par avancement on n’entend pas celui des fonctionnaires, celui qui consiste à donner des ordres et à n’assumer aucune responsabilité.
        2. Si les jeunes SOUTIENNENT la capitalisation (cessez d’exiger), le boomer que je suis se retrouvera à cesser de payer en impôts sur la plus-value et autres joyeusetés plus que ce qu’il touche de retraite par répartition. L’Etat n’aura plus à prélever sur les revenus des plus jeunes de quoi me verser une retraite, et je ferai de mes plus-values le bon usage qui les a constituées. Rien qu’en augmentation des impôts sur les bénéfices et autres des bénéficiaires de mes placements, le fisc compensera la perte de ce qu’il prélève sur mes plus-values.
        3. Le système est loin de ce que vos envies et jalousies imaginent. Ses perversions sont pour l’essentiel dues à l’Etat et à la flatterie électorale de gens qui ne savent pas compter, mais savent et aiment manipuler les foules. Ils demandent le genre de réflexion sur la redistribution que soutient l’auteur décrit dans l’article, où le principe de la nécessité d’une construction collectiviste d’un système redistributeur est un sous-entendu qui devrait selon lui échapper à toute contestation. Qui paie votre âge 1 ? Pourquoi dans votre âge 2 est-il interdit d’accumuler du capital/patrimoine ? En quoi les pensions actuelles par répartition sont-elles si royales qu’elles dissuaderaient d’épargner ?
        Enfin, j’ai ici même expliqué à maintes reprises comment passer sans heurts de la répartition à une part importante de capitalisation, en permettant de défiscaliser son capital-retraite par l’abandon de droits à la répartition. Qu’est-ce qui ne vous convient pas là-dedans ? Ne serait-ce pas qu’alors vous ne pourriez plus accuser les boomers de tous les maux ?

  • Effectivement, l’allongement de l’espérance de vie est difficilement acceptable par celui qui attend un Héritage. Le Rivotril en vente libre serait une excellente solution. Le racisme systémique des français, justement dénoncé par notre ministre de l’éducation nationale est certes un problème, mais l’excès du nombre de nos vieux, doit être traité prioritairement.

    • L’état, en tant que principal bénéficiaire des héritages, pourrait peut-être même proposer de rembourser par anticipation le Rivotril au-delà d’une certaine dose.

    • « Celui qui attend un héritage » devrait avant tout prendre conscience que le travail est un trésor……. à l’instar des enfants impatients d’un laboureur célèbre cité en exemple il y a quatre siècles

  • Ce serait intéressant d’estimer combien de vieux d’aujourd’hui ont voté pour mitterand et la retraite à 60 ans à l’époque, puis une foi retraités, ont voté macron pour la repasser à 65 ans.

    • Les élections ne sont pas des référendums sur un point précis. Parce qu’il serait aussi intéressant de savoir combien de boomers et de non-boomers ont voté explicitement pour refuser la possibilité de capitalisation à tous, et pour imposer lourdement la constitution de patrimoine personnel. Tant en 81 qu’en 2022.

      • Référendums certes non, mais mesure phare en 81 et ma foi… euh… la seule mesure en 2022 🙂

      • « Parce qu’il serait aussi intéressant de savoir… »
        A la louche je dirais que cela fait du monde et que nous ne sommes pas beaucoup à nous y être opposés. Mais ça ne change rien aux problèmes car aujourd’hui même je suis convaincu que la majorité de la population s’opposerait à la moindre mesure offrant la possibilité de capitaliser à la place de répartir ou à diminuer l’imposition du patrimoine personnel.
        On parle bien de la France ?

        • Vous avez sans doute hélas raison, mais parce que ces notions naturelles partout ailleurs sont présentées à la mode gauchiste. Mais si c’était « La retraite par capitalisation, jusqu’ici réservée aux seuls fonctionnaires avec la Préfon, va être ouverte à tous et les supports d’investissement n’y seront plus limités aux obligations d’Etat », y aurait-il autant d’opposition ?

  • J ai lu récemment un excellent article de M Montenay à ce sujet qui précise bien que sans une économie saine et vigoureuse aucun système de retraite n est possible.
    Donc opposer jeunes et boomers comme le pratique le pouvoir politique est juste la pour masquer son incompétence et surtout pour ne pas prendre des décisions qui pourraient lui nuire .
    Tiberle contra…

    • Certes, mais si le système de retraites pèse sur l’économie, elle ne deviendra pas saine et vigoureuse non plus.

      • Entièrement d accord avec vous c est pour cela que il faut sortir progressivement du système actuel
        Tiberle contra …

    • le probleme ne se limite pas au systeme de retraite. un electorat majoritairement age sera plus conservateur et ne voudra pas investir sur des mesures qui porteront leurs fruit dans 40 ans

      Pour les retraites proprement dites, la repartition rend le probleme plus aigu. un systeme par capitalisation peut se permettre de d investir dans un autre pays. Un systeme par repartition ne peut que augmenter les taxes sur les actifs quitte a affaiblir le pays

  • Mais tout ceci est corrélé à la stagnation économique depuis des décennies. Lorsque la production stagne ou régresse (je ne parle pas de la production de services à nous-mêmes, production consommée instantanément), le patrimoine devient plus important que le revenu, les riches sont donc les vieux. Dans une économie en expansion au contraire, les jeunes en quelques années de travail accumulent un patrimoine à faire envie à leurs aînés. Le pire dans ce tableau est que la jeunesse est la première à maugréer la croissance !

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