Ports francs britanniques : le retour du cauchemar de Bruxelles

Ports francs britanniques : depuis le Brexit des villes britanniques tentent de devenir des zones franches, c’est le retour du cauchemar de Bruxelles.

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Boris Johnson by BackBoris2012(CC BY-ND 2.0)

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Ports francs britanniques : le retour du cauchemar de Bruxelles

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 21 avril 2022
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Ports francs britanniques : depuis le Brexit des villes britanniques tentent de devenir des zones franches, c’est le retour du cauchemar de Bruxelles et de tous les constructivistes européens d’un Singapour-sur-Tamise. Mais c’est surtout un démenti de toute la presse française qui voyait Boris Johnson tourner le dos à Thatcher à la faveur de la pandémie.

Le gouvernement du Royaume-Uni cherche à mettre le turbo de l’économie post-Brexit sur les régions par la création de dix ports francs, une opportunité potentiellement si lucrative pour les régions concernées que, d’après le Financial Time, plus de 30 aéroports et ports maritimes à travers le Royaume-Uni soumissionnent pour devenir des ports francs (freeports), autrement dit des zones de libre-échange, dans un bouleversement commercial post-Brexit qui pourrait voir dix créations de régions libres (tax and regulation-lite).

Un flagrant démenti au wishfull thinking de toute la presse française qui comme toujours prend ses désirs pour la réalité et qui voyait Boris Johnson tourner le dos à Margaret Thatcher qui en 1983 brandissait La constitution de la liberté de Friedrich Hayek en disant : « This is what we believe. »

Rappelons-nous :

Le Monde du 24 octobre 2020 « Comment Boris Johnson enterre le thatcherisme au Royaume-Uni »  Les Échos du 21 novembre 2020 « Boris Johnson, l’antithèse absolue de Margaret Thatcher »
Le Figaro du 13 décembre 2020 « Welcome Boris Johnson… and goodbye Margaret Thatcher »

Or Boris Johnson c’est l’alliance de la souveraineté nationale au service d’une politique conservatrice libérale ayant pour objectif la prospérité du pays. Cette nécessité du libéralisme, celui de l’école autrichienne, fait malheureusement défaut aux souverainistes français de droite comme de gauche, et à Éric Zemmour en particulier.

Vers des ports francs britanniques

Plusieurs zones ont révélé leur espoir de devenir l’une de ces dix zones, y compris la ville de Sheffield, un regroupement de quais près de Bristol, ou un regroupement de quais et de zones industrielles dans l’estuaire de la Tamise et à l’est de Londres. On s’attend à ce que le gouvernement dévoile ses choix en ce mois de mars. Le rapport du Financial Times souligne que le niveau d’attention accordé au projet sera considéré comme une bonne nouvelle pour le Premier ministre britannique Boris Johnson, qui a défendu les ports francs et qui a promis de « remettre à niveau » (level up) les régions déprimées lors des élections générales de 2019.

En vertu du plan, les nouveaux ports francs seraient exempts des habituels taxes et droits de douane, ainsi que d’autres règlements, aux fins d’importation et d’exportation, transformant essentiellement des zones entières d’une largeur pouvant atteindre 45 kilomètres en entrepôts de stockage massifs. En plus de faciliter l’importation, l’exportation et l’expédition des marchandises, les zones stimuleraient également les usines à l’intérieur de ces mêmes zones. Dans un cas, une usine entière de moteurs de voiture se trouve à l’intérieur de la zone de Freeport proposé.

Même les charges sociales et la planification de la construction de nouvelles usines et de nouveaux entrepôts pourraient être assouplies dans ces zones, en fonction de la façon dont le plan finira par émerger.

En fait ce plan ne date pas d’aujourd’hui. Il avait été proposé dans un document publié en 2016 par Rishi Sunak, aujourd’hui chancelier de l’Échiquier, qui décrivait comment l’intensification des activités encouragées par des zones sans taxes pourrait « stimuler le commerce, la fabrication et le Nord du pays » dans la Grande-Bretagne post-Brexit. Les partisans des ports francs y voient une perspective d’augmentation de l’emploi et de la prospérité. En effet, le rapport de Sunak affirmait que si les ports francs britanniques réussissaient aussi bien que les zones équivalentes des États-Unis, ils pourraient créer 86 000 emplois.

Nous sommes dans le droit fil du discours du 2 février 2020 au Greenwich Royal Naval College, où Boris Johnson appelait à lever les yeux au ciel, en lançant :

« Le Vatican a Michel-Ange, Greenwich a Thornhill, qui nous a laissé cette scène symbolique et un peu folle qui saisit l’esprit du Royaume-Uni au début du XVIIIe siècle. »

Ces temps d’optimisme et d’expansion commerciale mondiale symbolisés autour de nous par ces ancres, gouvernails ou sextants, nous invitent à « repartir à zéro, et retrouver l’esprit de ces ancêtres marins, dont les exploits ont apporté non seulement des richesses, mais une perspective globale ».

C’est sous l’égide des souverains William et Mary, qui trônent au centre de la fresque, que parle le Premier ministre. Le couple régnant à partir de 1689 symbolise l’explosion du commerce mondialisé, propulsé par une nouvelle technologie navale, sans oublier la main invisible d’Adam Smith et le principe d’avantage comparatif de David Ricardo, qui enseigne que si les pays apprennent à se spécialiser et à échanger, la richesse globale et la productivité augmenteront, concluant avec Richard Cobden« Le libre-échange est la diplomatie de Dieu – la seule façon sûre d’unir les gens dans la paix ; plus les marchandises traversent librement les frontières, moins les armées les franchissent. »

Boris Johnson précise alors, bravache, vis-à-vis de l’UE :

« Je ne vois aucun besoin de nous contraindre à un accord avec l’Union européenne. Nous allons restaurer notre pleine souveraineté sur nos frontières, l’immigration, la concurrence, les règles encadrant les subventions, les approvisionnements, la protection des données. »

Néanmoins, les constructivistes de tous poils s’opposent aux ports francs. Le Parti travailliste a critiqué le projet en le qualifiant d’attaque thatchérienne (Thatcherite) contre la perception et la réglementation fiscales dans un cas et, dans un autre, d’une « course vers le bas » qui profiterait aux « blanchisseurs d’argent et aux fraudeurs fiscaux ». C’est un sentiment partagé par le gouvernement régional gallois, qui n’a même pas permis aux villes galloises de soumissionner pour devenir des ports francs, invoquant ses préoccupations au sujet des recettes fiscales perdues.

Certains médias grand public ont également fait des manchettes montrant clairement leur opposition au plan. Le Guardian (ligne éditoriale travailliste) s’est demandé s’il s’agissait en fait de ports francs ou s’ils pourraient être plus précisément qualifiés de ports sordides, (sleaze ports) accusant le Royaume-Uni de créer de « mini paradis fiscaux » (mini tax havens).

Un article de la BBC (ligne éditoriale travailliste bien que service public) étonnamment partisan mettait en avant un expert qui prétendait que les freeports ne créaient pas du tout d’emplois et ne faisaient que les déplacer.

Un gouvernement britannique optimiste

Cependant, le gouvernement de Boris Johnson est plus optimiste.

L’énoncé de 2019 accompagnant l’annonce du projet politique affirmait ce qui suit :

« Les ports francs [feront] en sorte que les villes portuaires et les aéroports britanniques soient prêts à tirer pleinement parti des occasions qui se présenteront après le Brexit, y compris l’augmentation des échanges commerciaux avec les États-Unis et la croissance rapide des marchés asiatiques alors que nous signons nos premiers accords de libre-échange avec des partenaires mondiaux. »

Plus loin il ajoutait :

« Il existe déjà des milliers de zones de libre-échange très prospères dans le monde, les États-Unis ayant été les premiers à créer plus de 250 zones de libre-échange, employant 420 000 personnes, dont beaucoup occupent des emplois hautement spécialisés dans le secteur manufacturier. »

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  • La traduction de « haven » est « port » (maritime) ou « refuge ». A ne pas confondre avec « heaven » = « paradis ». Et donc « mini tax haven » signifie « port à taxe minimale », et pas « mini paradis fiscal », « mini » se rapportant, à mon avis, à « tax » et non pas à « tax haven », cette dernière locution ne voulant elle-même pas dire grand chose (« port à taxes » ?). Cordialement.

    • Tax haven signifie refuge envers les taxes. Ca veut au moins dire que l’agresseur est la taxe. En français, on pourrait dire « havre », mais la ville du Havre risquerait de prêter à confusion…

    • « Traduttore, traditore », je ne vous ferai pas l’affront de traduire cette expression italienne, mais sachez que si la traduction littérale peut avoir un intérêt pour comprendre une pensée au sens où l’entend Heidegger, « haven » pour le bon élève veut bien dire port, mais « mini tax havens », c’est autre chose, comme les Iles Caïman, les Bermudes ou encore les Iles Vierges Britanniques qu’on appelle des paradis fiscaux.
      On peut traduire l’anglais de manière scolaire, en faisant du mot à mot ou bien on peut considérer qu’il y a des expressions idiomatiques dans une langue ou dans l’autre qui ne sont pas forcément équivalente. C’est la raison pour laquelle j’aime à écrire : « accusant le Royaume-Uni de créer de « mini paradis fiscaux » (mini tax havens) en indiquant la langue source, surtout, venant du journal gauchiste The Gardian, cette expression correspond à leur vision socialiste du monde.
      Il est intéressant de remarquer la proximité des signifiants « haven » et « heaven » tandis que leur équivalent français demeure éloigné comme les signifiants port et paradis.
      Cela étant le signifié « safe haven » voulant dire « havre de paix » est synonyme de « heaven ».
      Amicalement, TM

  • Les zones Franches et ports francs existent déjà dans l’UE depuis très longtemps, Shannon , Livourne, Trieste, Livigno, Genève, Anvers, Rotterdam etc…

    • Et s’il y a plein de communes en France qui s’appellent Villefranche, ce n’est pas par hasard.
      Avant quand le prince voulait stimuler l’activité il réduisait les impôts, aujourd’hui il offre des subventions financées par le pillage de ses ennemis.

  • Tiens, une trajectoire entraperçue par les « complotistes »… Et c’est une bonne nouvelle pour le Royaume-Unis ! En espérant que l’UE ne vienne pas mettre ses mains dedans, sinon, il faudra gentillement lui rappeler que le UK n’est plus dans son giron… 🙂

  • Avatar
    charlemcharly@gmail.com
    29 avril 2022 at 20 h 57 min

    Toujours la même rengaine des socialistes de tous poils craignant la perte d’avantages corporatistes déconnectés de la réalité. La palme d’or revenant quand même à ce soi-disant expert qui affirme fièrement que les ports francs ne créent pas de ports… La prochaine étape sera d’affirmer qu’ouvrir une entreprise ne crée pas d’emplois mais déplace seulement le travail d’un pays du tiers-monde vers une autre région (ce qui revient au même car surprise les anglais se moquent bien de savoir qu’un entrepreneur a fait virer un pakistanais de son travail suite à une relocalisation).

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