Les contorsions de Le Pen et Mélenchon

En promettant d’augmenter le pouvoir d’achat sans croissance économique, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon déforment la réalité.

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presidentielle2022 mélenchon hidalgo jadot (credits FMas)

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Les contorsions de Le Pen et Mélenchon

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 8 avril 2022
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Le pouvoir d’achat est la première préoccupation des Français. Ce thème est celui qui compte le plus en vue de la présidentielle pour 57 % des personnes interrogées, contre 28 % pour la santé, 24 % pour la sécurité, 22 % pour l’écologie et seulement 19 % pour l’immigration (sondage Elabe des 15 et 16 mars 2022). La remontée de Marine Le Pen (22 % des intentions de vote) et la plongée d’Éric Zemmour (10 %) s’expliquent en partie par cette hiérarchie des préoccupations.

Faire campagne sur l’amélioration du pouvoir d’achat peut donc être payant politiquement. Mais n’est-ce pas tout simplement un mensonge ?

 

Croissance faible, salaires stagnants

La réponse est évidemment oui. La croissance économique restera faible dans les prochaines années selon les projections de la Banque de France. Elle prévoit 3,6 % pour 2022 et 2,2 % pour 2023. Cette prévision datant de fin 2021 ne tient pas compte de la guerre en Ukraine, facteur important d’instabilité potentielle et donc de ralentissement économique.

La hausse des salaires de 10 % par exonération des cotisations sociales sur les bas salaires, promise par Marine Le Pen, accroîtrait des déficits publics déjà abyssaux. Cette promesse est illusoire.

Le SMIC mensuel net à 1400 euros envisagé par Jean-Luc Mélenchon (1270 euros actuellement) aboutit exactement à la même augmentation de 10 %.

La palme de la démagogie est attribuée à Nathalie Arthaud avec un SMIC net à 2000 euros net. N’ayant aucune chance d’être élue, elle ne risque pas la confrontation au réel.

On sait que macro-économiquement les salaires ne peuvent pas augmenter, en moyenne, davantage que le taux de croissance. Augmenter les bas salaires de 10 % ou plus avec un taux de croissance prévisionnel très optimiste de 2 à 3 %, c’est réduire à néant la compétitivité française, déjà très mal en point. Un tournant de la rigueur du type 1982 est alors inéluctable.

 

Fin du monde ou fin du mois

Le mensonge ne s’arrête pas à la conjoncture. Structurellement, la classe moyenne occidentale est écartelée entre son aspiration à l’élévation du niveau de vie et sa sensibilité écologiste plus ou moins affirmée. On retrouve la fameuse question du choix entre la fin du monde et la fin du mois. Selon les résultats des sondages indiqués ci-dessus, la fin du mois (le pouvoir d’achat), très proche, est jugée plus importante que la fin du monde, plus lointaine.

Il n’en reste pas moins qu’en Europe et en France de nombreuses décisions politiques sont adoptées dans le but de devenir les champions de la lutte contre le réchauffement climatique. L’écologisme politique est très puissant en Allemagne (abandon du nucléaire, dépendance du gaz russe) et à Bruxelles (hyper-réglementions de la production) et conduit inéluctablement à long terme à une croissance nulle ou négative. Les spécialistes du sujet se gaussent volontiers du concept du niveau de vie, mesuré par l’augmentation du PIB par habitant. Ils prétendent qu’il faudrait faire évoluer notre mode de vie afin de le rendre compatible avec la doxa écologiste. En réalité, il s’agit évidemment de décroissance et d’appauvrissement, mais il ne faut surtout pas le dire.

Ni Le Pen, ni Mélenchon n’envisagent de quitter l’Union européenne. Au pouvoir, ils subiront la forte contrainte écologiste européenne. S’ils quittaient l’Union par radicalisation politique, la dérive française serait inéluctable. Il faudrait abandonner l’euro et revenir au franc (ou équivalent), qui serait une monnaie très faible. Le déficit public en francs exploserait, les taux d’intérêt s’envoleraient et le pays se dirigerait vers la cessation des paiements.

 

Doux commerce ou luttes politiques

Face à ses propres contradictions entretenues par les politiciens, la classe moyenne occidentale perd la tête. Elle se jette dans la gueule du loup. Cela s’appelle le populisme, c’est-à-dire la conquête du pouvoir sur la base de promesses irréalisables permettant de faire rêver les moins avertis. Populisme de gauche avec Mélenchon ou populisme de droite avec Le Pen et Zemmour, peu importe. S’ils sont élus, les mensonges programmatiques de ces candidats entraîneront des lendemains qui déchantent. Il faudra décevoir profondément, réprimer les manifestations et peut-être s’orienter vers l’autoritarisme si la société se délite. Rien n’est exclu avec l’aventurisme politique.

Une chose est certaine : les programmes de Le Pen et de Mélenchon sont profondément anti-libéraux et conduisent à entraver le marché par le protectionnisme et la réglementation. Le doux commerce, facteur de paix sociale selon Montesquieu, n’est pas la préoccupation principale de ces gens-là. Ils ne pensent que politique et luttes de pouvoir.

 

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  • Pourquoi pas, mais sans doute incomplet : où est passé le camarade Macron dans vos pleurnicheries ? Il ne compte pas non plus quitter l’Europe ni réduire le déficit ou la dette publique. En 5 ans, il a fortement fait l’inverse et ses promesses électorales sont dans la continuité…
    Il faudrait arrêter la mauvaise foi pour « faire barrage aux extrêmes », ça finira par ne plus marcher, cette fois-ci ou la suivante.

  • Mme ne le dit pas ouvertement mais elle quitterait bel et bien l’Europe son projet y conduit il menace gravement l’intérêt national Français : retrait du commandement intégré de l’OTAN «sans crainte des sanctions américaines» + «alliance avec la Russie sur la sécurité européenne» + «fin des coopérations avec l’Allemagne» (p.10 : https://mlafrance.fr/pdfs/projet-la-defense.pdf). Une pure folie.

    -3
  • Ne pas regarder le doigt…
    J’interprète la remontée de Mélenchon comme un siphonnage des voix de gauches en raison du vote « utile ». De même la chute de Zemmour et de Pécresse et la montée de Le Pen.
    Dans les deux cas c’est une idéologie économique globale et dirigiste de gauche (Mélenchon ET Le pen) qui refait surface.
    Après il est certain qu’il y a un gros effets « souffrance par l’inflation » et peur de la misère , ou de l’accentuation d’icelle, qui intervient à point nommé.
    A priori si les sondages n’étaient pas là il n’en serait pas de même faute de vote « utile ».

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