Présidentielle sur Twitter : Zemmour stagne

Voici le dernier volet de notre série d’analyses réalisées à partir des chiffres d’audience de Twitter : Zemmour est à la traîne.

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Zemmour 1 by Alexis Vintray (CC BY SA)

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Présidentielle sur Twitter : Zemmour stagne

Publié le 6 avril 2022
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À une semaine du premier tour, voici le dernier volet de notre série d’analyses réalisées à partir des chiffres d’audience du média social Twitter, chiffres accessibles à tous. Une fois de plus, l’approche est critiquable mais elle permet de faire son propre avis justement sur la popularité et l’attractivité des candidats ou personnalités politiques sans le filtre des sondages.

Certains diront que Twitter n’est pas représentatif ? Nous avons le parti pris de dire que c’est faux. Si MBappé y est suivi par plus de 7 millions de personnes, c’est bien la preuve que le média social est populaire. Si le professeur Raoult dépasse 900 000 abonnés alors qu’il n’a créé son compte Twitter qu’en mars 2020, c’est que le média social reste très suivi en France.

Rappel des épisodes précédents

Nous avions choisi de faire une analyse toutes les 6 semaines.

Le premier article paru le 5 octobre 2021 laissait apparaître l’éclosion du Zemmour et la faible attraction de l’ensemble des candidats à la primaire de droite. Il notait le très fort ancrage de Macron.

Le second article paru le 16 novembre 2021 confirmait la forte attraction de Zemmour et l’indéboulonnable position du président de la République.

Le troisième article paru le 11 janvier 2022 anticipait la forte poussée de Mélenchon, candidat le plus solide à gauche. Concernant Zemmour, il posait déjà la question de son potentiel de voix, en notant que « toute la question est de savoir s’il arrivera à atteindre un public plus large. »

Personnalités politiques abonnés au 19/02/2022 abonnés au 03/04/2022 Croissance des abonnés Progression en nombre
Macron  7 630 457   8 060 453   5,6 % 429 996
Melenchon  2 374 893   2 436 344   2,6 %    61 451
Le Pen (Marine)  2 682 706   2  715 124   1,2 %    32 418
Maréchal    443 325     468 888   5,8 %    25 563
Zemmour   365 403     384 492   5,2 %    19 089
Pécresse   431 903     450 538   4,3 %    18 635
Di Visio   175 671     194 231 10,6 %    18 560
Philippe   885 789     900 833    1,7 %    15 044
Dupont Aignan   297 130     308 455    3,8 %    11 325
Villiers   146 037     157 278    7,7 %    11 241
Darmanin   301 966     313 207    3,7 %    11 241
Philippot   330 521     341 194    3,2 %    10 673
Ruffin*   285 668     295 728    3,5 %    10 060
Le Maire   611 029     620 734    1,6 %      9705
Jadot     95 810     103 810    8,3 %      8000
Lagarde (BCE)    719 538     727 362    1,1 %      7824
Ciotti    217 822     224 463    3,0 %      6641
Rousseau       70 645       75 442    6,8 %      4797
Bardella*     142 132     145 920    2,7 %      3788
Hidalgo  1 542 815  1 546 338    0,2 %      3523
Corbiere*   125 319     128 814    2,8 %      3495
Lisnard     79 619       83 097    4,4 %      3478
Wauquiez   358 356     361 185    0,8 %      2829
M. Onfray TV     97 468       99 351    1,9 %      1883
Retailleau     88 755       90 624    2,1 %      1869
Bertrand   204 677    206 086    0,7 %      1409
Piolle      62 918       63 845    1,5 %        927
Taubira    832 718    833 058    0,0 %        340
Barnier    230 183    230 058   -0,1 %       -125
Montebourg    441 451    441 264   -0,0 %       -187
Autres personnalités abonnés au 19/02/2022 abonnés au 19/02/2022 Croissance des abonnés Progression en nombre
Praud     225 050    232 621 3,4 %         7571
Mbappe   7 327 091 7 617 700 4,0 %    290 609
Raoult      910 868    918 650 0,9 %         7782
Nakamura   1 113 879 1 126 550 1,1 %      12 671
Hanouna   5 972 323 5 991 391 0,3 %      19 068

 

 

Le quatrième article paru le 1er mars 2022 annonçait la probable élimination de Pécresse, le jeu serré entre Mélenchon, Le Pen et Zemmour dont la progression restait forte.

Macron et Le Pen en finale avec Mélenchon à quelques encablures sur Twitter

Il n’y aura pas de surprise pour le premier tour des élections.

Macron est de très loin la personnalité la plus suivie. Certes son bond spectaculaire (+430 000 personnes en six semaines !) questionne. La guerre à l’est de l’Europe a probablement incité de nombreux Français à se tenir informés et à vouloir être en lien direct avec la parole présidentielle. Mais tout de même, c’est très fort. L’équipe de campagne aurait-elle discrètement acheté des followers ? Même si c’était vrai, cela ne changerait pas l’analyse, compte tenu de sa position très haute dans le classement, avant même cette nouvelle progression.

Marine Le Pen finit en beauté. Sa progression est équivalente à celle de la période analysée précédente (32 000 abonnés gagnés). Et avec son socle de plus de deux millions d’abonnés, elle est numéro deux derrière Macron. Cette fois, sa progression en nombre se révèle bien supérieure à celle de Zemmour qui reste pour la première fois sous la barre des 20 000 nouveaux abonnés sur la période étudiée. Malgré le meeting du Trocadero, il marque le pas. Certains diront qu’à l’instar du vote caché, il y a une adhésion cachée sur Twitter ? Des sympathisants suivraient le compte Zemmour sans s’y abonner ? C’est possible mais cela reste sans doute marginal. Abonnement sur Twitter ne signifie pas adhésion.

Mélenchon reste en dynamique forte avec plus de 60 000 nouveaux abonnés. Quant à Pécresse, elle progresse presque autant que Zemmour mais cela reste timide.

Finalement le nombre d’abonnés, en absolu, semble être déterminant. MBappé ou Hanouna sont des personnalités très populaires.

Et elles le sont sur Twitter. Pour être élu, il faut être populaire. Macron, Le Pen, Mélenchon sont tous au-dessus des deux millions d’abonnés. Hidalgo l’était également mais en faisant du surplace (en général, les gens se désabonnent peu), elle est en échec. Un Édouard Philippe avec plus de 800 000 abonnés présente un potentiel intéressant pour 2027.

Mais Zemmour et Pécresse, respectivement sous la barre des 400 000 et des 500 000 abonnés restent très loin.

À noter : dans le papier précédent, nous avions indiqué qu’il serait intéressant d’analyser la progression des lieutenants des principaux prétendants à l’Élysée. Seule Marion Maréchal tire son épingle du jeu en se ralliant en fanfare à la candidature Zemmour. Avec 25 563 nouveaux abonnés, elle se retrouve en dynamique, en quatrième position pour la période étudiée. À suivre, elle aussi, pour les années à venir.

Pourquoi Zemmour n’a-t-il pas conquis le « mass market » ?

Nous avons désormais la réponse à la question que nous posions dès le 11 janvier.

Zemmour a séduit des militants, des early adopters (adopteurs précoces) conquis par son offre politique. Ils sont très impliqués comme le prouve le taux d’engagement (retweets, likes, commentaires…) qui reste très élevé sur Twitter à chaque fois que l’ex journaliste publie un post.

Mais il ne semble pas être allé au-delà de ce premier cercle de militants et sympathisants. Il n’a pas convaincu la masse des Français qui suivent de loin la campagne.

Première explication, son manque de notoriété : il y a un an, Zemmour était connu des téléspectateurs tardifs de l’émission de Ruquier, des habitués de Cnews ou Paris Première, des lecteurs du Figaro et de ses ouvrages à succès. Ce n’est pas le grand public.

Seconde explication, ses erreurs : son attitude avec un fusil dans les mains lors d’un salon de l’armement, son manque de compassion envers les réfugiés ukrainiens… ont pu ternir sa campagne haute en couleurs, ponctuée de ralliements de personnalités politiques et de meetings spectaculaires.

Troisième explication, il n’a pas traversé le gouffre ! Crossing the Chasm (comment traverser le gouffre de l’innovation produit) est un livre référence de Geoffrey Moore destiné « à toute entreprise qui a l’ambition de vendre des produits technologiques innovants ». Le livre est orienté « B to B » mais le raisonnement vaut la peine d’être présenté.

Une innovation attire en premier des enthousiastes, séduits par l’offre nouvelle.

« Le groupe d’acheteurs suivant dit mainstream ou conservateurs correspond à des clients qui n’achètent que des produits arrivés à maturité et qui possèdent de solides références. C’est là que la théorie de Moore prend tout son sens : en effet, il affirme clairement qu’il n’y a aucune continuité entre l’acheteur stratégique et l’acheteur conservateur mais un gouffre (le fameux chasm) en ce sens que l’acheteur conservateur considère que l’acheteur stratégique n’est pas une référence valable. Et il se caractérise de plus par une volonté de n’acheter qu’aux leaders du marché ce qui diminue ses risques. Son mode d’achat repose sur le principe de la référence active d’autres acheteurs, sur la base d’opinion de prescripteurs ou d’associations professionnelles reconnues.

Ceci a une conséquence lourde sur votre nouveau produit : tant qu’il n’est pas parvenu à atteindre une position de leader, vous n’avez presque aucune chance de le vendre aux conservateurs et comme dans un cercle vicieux, tant que vous n’atteignez pas les acheteurs conservateurs, le produit a peu de chance de devenir leader. » (source citation et illustration)

Or les prescripteurs, tout particulièrement les médias, n’ont eu de cesse de s’attaquer à la candidature de Zemmour. Il voulait être le rassembleur entre les LR et le RN, il est diabolisé et catalogué pétainiste plus à droite que Marine Le Pen. Parce qu’il s’attaque au système, aux positions établies (seul candidat à vouloir privatiser France Télévisions et France Inter), parce qu’il remet en cause l’alternance entre la pensée unique de centre droit ou de centre gauche mais aussi parce qu’il a attaqué frontalement la profession des journalistes des médias subventionnés en se moquant d’eux (vœux à la presse du 10 janvier 2022). À ce titre, la couverture médiatique du meeting du Trocadéro, la réduisant à l’incident des cris « Macron assassin » a été symptomatique.

Conclusion

Pour les présidentielles, les jeux sont faits.

La percée de Zemmour, freinée par la contingence (guerre en Ukraine) et le tir de barrage des médias, est insuffisante, sauf rebondissement spectaculaire, pour l’amener au second tour.

Pécresse se trouve dans la même situation.

Restent les candidats grand public, Macron, Le Pen qui, forte de son expérience des deux élections présidentielles précédentes, a cherché à conforter sa place auprès du mass market (cf par exemple sa prestation réussie chez Hanouna), et Mélenchon.

Mon pronostic est conforme aux sondages.

Macron devrait être sur une fourchette de 24 à 28 %, Le Pen autour de 20 à 24 % et Mélenchon, comme en 2017, s’en rapprocher à 16-20 %.

Zemmour et Pécresse seront loin (entre 6 et 10 %).

La capacité à rassembler de Marine Le Pen entre les deux tours va être déterminante. Une articulation intelligente entre le RN et Reconquête peut constituer un moyen pour Zemmour de combler le gouffre, si par exemple les deux partis trouvaient une entente électorale en se répartissant des circonscriptions.

Bref, cela va continuer de turbuler et la recomposition à droite va s’accélérer. Du côté des Républicains, pas de nouvelle tête à l’horizon sur Twitter (c’est calme du côté de Wauquiez par exemple. Le libéral Lisnard progresse peu à peu mais reste sous les 100 000 abonnés).

S’agissant de Reconquête et du RN, il sera intéressant d’observer si la progression sur Twitter de Marion Maréchal se poursuit dans les mois à venir. Elle se rapproche désormais de la barre des 500 000 abonnés et a peut-être moins le profil répulsif de Zemmour pour combler le gouffre.

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  • Vous n’avez jamais détaillé le détails des comptes. Prenez-vous en compte tous les comptes associés: reconquête, zemmour n’a pas dit son dernier mot etc?
    L’application Qotmii-Politique France donne Zemmour au second tour et qui plus est à 19-21% en 1ère ou 2ème position, donc nous verrons bien…

    • Nous verrons bien. Mais je suis d’accord avec l’article, Zemmour n’a pas su passer le fossé entre les soutiens de la première heure et les pragmatiques. Et non plus, il n’a pas su se transformer de polémiste en constructeur. Son projet ressemble à une machine à faire des omelettes à la Dubout…

      • « Polémiste », c’est le terme que la gauche donne aux intellectuels de droite pour tenter de les dévaloriser.

        « Il n’a pas su se transormer… » Propos général de comptoir, qui ne veut rien dire. En quoi le projet de Zemmour est-il moins construit ou crédible que celui d’une Marine le Pen, d’un Mélenchon ou d’un Macron ? Sérieusement ?

        • MichelO a raison. Polémiste meme si c’est un terme de gauche on s’en fiche, il n’a pas su transformer ce mot dans la tete des gens.
          Si il avait fait une si bonne campagne que ca il serait à 20%. On sait tous que les médias l ont défoncé mais c’est aussi pcq il a mal joué avec ses « polémiques » reprises en boucles par les médias.
          Quand tu sais que des gens veulent ta peau tu fais tout pour pas leur donner ne serait ce qu un os à mordre.
          Franchement quand il a parlé des ukrainiens… y’a que lui qui a pas pigé qu il se tirait une balle dans le pied ? Z a été un espoir de rassembler LR et MLP mais il s est laissé enfermer à droite de MLP…
          On dirait que son objectif a été de faire une jean marie le pen, du bruit mais pas de vouloir gouverner.
          Z a de superbes propositions mais il a été désastreux, lui et ses soutiens dans la communication. Sans compter qu’on a l impression qu il s est laissé déborder par les mêmes abrutis que JMLP avait et qui vivent dans leur petit monde « skinned » mais qui eux ne veulent pas gouverner alors il sabotent la campagne.
          On a tous eu un espoir pour au final que ca soit gaché….
          Bref c’est juste triste

  • Les commentaires sont fermés.

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