L’euro, déjà vingt ans mais un bilan défavorable

Les mauvaises gestions monétaires par les Etats européens et par la BCE font que le bilan de l’euro est mauvais.

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Found euros by Dana McMahan(CC BY-NC 2.0)

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L’euro, déjà vingt ans mais un bilan défavorable

Publié le 20 janvier 2022
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Pour les uns l’euro serait la cause de tous nos maux économiques : hausse des prix, chômage, désindustrialisation, etc.

Pour les autres, l’euro est une bénédiction, un des socles sur lequel sera construite une Europe fédérale rayonnante des droits de l’Homme, puissante et paisible à laquelle tout individu cultivé et évolué doit aspirer.

Pratiquement, l’euro est à terme condamné.

Concrètement, il a simplifié la vie de ceux qui exportaient et circulaient en Europe, c’est indéniable. Plus de comptes en devises, de frais de change, comparaison plus facile des prix… Un exemple ? Pour l’activité viticole l’euro a été une bénédiction pour beaucoup de vignerons ayant une clientèle allemande, belge, hollandaise…

Concernant l’inflation et la hausse des prix à la consommation, commençons par un relevé brutal :

Baguette en 2001       4,40 francs

Baguette en 2022       0,90 euros

Soit 5,91 francs soit + 34 % en vingt ans, moins que les objectifs d’inflation de 2 % de la Banque centrale européenne (2 % par an font 78 % en 20 ans).

Rappelons-nous que dans une baguette, il y a de la main-d’œuvre, de la farine de blé, de l’immobilier et de l’énergie. En vingt ans, les gains de productivité de la boulangerie sont mineurs.

Le SMIC, lui, a augmenté de plus de 50 %, Le prix des logements anciens a augmenté de 80 % (source Friggit) et enfin l’essence de 100 %.

Y aurait-il eu plus ou moins de hausse avec le franc ? Impossible de répondre. Mais il y aurait eu moins de recours à la dette pour financer n’importe quoi. Il aurait fallu taxer et les contribuables auraient protesté.

La création monétaire a été gigantesque depuis la crise de la dette en euros et sans aucun rapport avec la croissance de l’économie. Ainsi, la masse monétaire a triplé tandis que la croissance du PIB n’a que doublé. Trois fois plus de monnaie pour seulement deux fois plus de produits et services fabriqués en euros.

 

Où va donc la création monétaire ?

Les ménages ont deux façons et seulement deux de disposer de leur argent : le consommer ou l’épargner.

Les indices d’inflation suivent les prix de ce qui se consomme. La monnaie créée ne s’est pas massivement dirigée vers la consommation puisque, jusqu’à présent, les indices d’inflation des pays de la zone euro n’ont pas reflété la croissance monétaire.

L’argent créé à partir de rien a donc été surtout épargné. Tous les indicateurs et toutes les méthodes de valorisation courantes montrent que les actions, les obligations et l’immobilier sont à des sommets jamais atteints et sans cohérence avec la véritable création de richesse. L’épicentre de la bulle actuelle se trouve sur le marché obligataire qui affiche des taux négatifs.

Lorsque l’argent se dirige vers les obligations, les rendements (et donc les taux d’intérêt) baissent. Dans l’eurozone, l’argent s’est placé dans les obligations souveraines des pays de l’Union. Ceci a permis à la France de s’endetter pour continuer à financer des politiques sociales et de redistribution d’une part et à soutenir des maillons faibles qui auraient sinon fait faillite d’autre part.

 

Le combat contre l’inflation aura-t-il jamais lieu ?

Le démarrage de l’inflation des prix à la consommation (actuellement 5 % en eurozone) démontre que l’argent excédentaire qui était jusque-là épargné commence à être dépensé.

L’eurozone n’est pas un système isolé. Aujourd’hui l’inflation s’invite aux États-Unis (7 %) pour les mêmes raisons qu’en Europe. Mais à la différence de l’euro, le dollar est une monnaie de réserve : de nombreux bons du Trésor détenus en tant que réserves de change sont devenus de très mauvais placements pour leurs détenteurs.

La Réserve fédérale a donc un choix à faire :

  • soit augmenter ses taux pour tenter de sauver le statut monétaire du dollar,
  • soit laisser filer l’inflation et monétiser les gigantesques déficits.

Dans le premier cas, les marchés financiers seront salement secoués mais cela sauvera politiquement la face de la Fed qui pourra toujours arguer que les victimes sont ceux qui s’étaient le plus enrichis au moment des baisses de taux. Dans le second cas, le dollar mourra par hyperinflation et les pays producteurs de pétrole se feront un plaisir de le vendre dans d’autres devises.

Dans le cas où la Fed monte ses taux, la Banque centrale européenne sera confrontée à un dilemme. Soit elle laisse filer l’euro et l’inflation et elle monétise sa dette signant l’arrêt de mort par hyperinflation de l’euro. Soit elle relève aussi ses taux et provoque une nouvelle crise de la dette en euro. La France, l’Italie, la Grèce, l’Espagne (et même peut-être la Belgique) sont incapables d’assumer le service de leurs dettes publiques (payer les intérêts) en cas de remontée des taux.

Rappelons l’époque des chocs pétroliers…

Début 1980, pour tenter de maîtriser l’inflation née lors du premier choc pétrolier, Volcker – alors président de la Fed – avait poussé les taux courts à 20 % pour contrer une inflation qui atteignait 15 %. Auparavant, la Fed s’était livrée à de timides hausses de taux, insuffisantes pour restaurer la confiance. Le choc Volcker a provoqué une récession. Mais les États-Unis n’étaient à l’époque endettés qu’à hauteur de 35 % de leur PIB. Le traitement fut salutaire et le dollar sauvé.

Avec l’endettement actuel de la plupart des pays développés, l’électrochoc Volcker est devenu impossible et entraînerait une dépression plus profonde qu’une passagère récession. Nous verrons probablement quelques timides hausses de taux insuffisantes pour préserver la confiance.

Attendez-nous aussi aux mesures les plus stupides : blocage des prix et notamment des loyers, de l’énergie et blocage de l’épargne.

 

Les assureurs à risque

Durant les années 1970 de forte inflation, les assureurs français ont essuyé peu de pertes tandis que les obligations chutaient. Leur portefeuille obligataire ne pesait alors pas aussi lourd comparé à leurs autres actifs. Traditionnellement, les assureurs possédaient en garantie de leurs engagements un gros capital immobilier. Le foncier leur servait de garantie en capital et les loyers leur procurait un rendement permettant d’entretenir le tout.

Cette gestion de bon père de famille a disparu avec la financiarisation des années 1980-1990. À ce moment, la réglementation a considéré qu’avoir de la dette d’État était un actif aussi sûr (voire plus sûr) que posséder un immeuble haussmannien donné en location à Paris, par exemple.

Dès lors, les assureurs ont préféré les actifs papiers, plus faciles à gérer et sans entretien, que les actifs fonciers et immobiliers

La plupart des assureurs ayant maintenant un gros portefeuille obligataire, ils sont vulnérables à une hausse des taux. Si les taux montent, leurs portefeuilles perdent de leur valeur et ils doivent compenser ces pertes pour continuer à assurer leurs garanties.

C’est pourquoi la loi Sapin prévoit en France un dispositif qui permettrait aux assureurs de ne pas rembourser leurs assurés (les détenteurs d’assurance-vie placée en obligations) au cas où matérialiser des pertes en vendant ce qui a baissé les mettrait financièrement en danger.

 

Les unions monétaires se terminent en sanglants divorces

Il est bon de se rappeler que les unions monétaires se terminent toujours en divorces pas du tout amiables. Je consacre un chapitre de mon dernier livre au cimetière des unions monétaires. Pas moins de 67 tentatives ont échoué au cours du XXe siècle.

À économie faible, monnaie faible et inversement.

La France, pays à monnaie faible, a été coutumière des dévaluations au XXe siècle. Lorsque le nouveau franc est né en 1960, il était à parité avec le franc suisse. Trente-cinq ans plus tard, en 1995, il fallait plus de 4 francs pour acheter 1 franc suisse. Une monnaie faible permet de camoufler la mauvaise gestion (gaspillage d’argent public, capitalisme de copinage, protectionnisme, blocage des prix…) en en faisant payer le prix par la dévaluation.

Les pays où les habitants sont prospères ont une monnaie forte et ils exportent. La Suisse, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche n’ont pas de balance commerciale déficitaire de façon récurrente. Leurs citoyens exportent leur valeur ajoutée à prix fort et importent ce dont ils ont besoin à faible coût.

Les unions monétaires finissent toujours par succomber à ces divergences ; les pays à monnaie faible s’insurgent contre l’« austérité » qui consiste à éviter d’emprunter pour boucler ses fins de mois ou a attendre toujours plus d’allocations et de subventions. Les émissions d’eurobonds (ou coronabonds) pour des motifs fumeux (transition énergétique, relance post-covid) accélèreront le divorce car certains États seront incapables d’honorer leurs engagements. Imaginez ce que donnera le financement massif d’éoliennes en Grèce…

 

La France malade d’un double déficit

La France cumule un endettement très important et une balance commerciale chroniquement déficitaire. Collectivement, nous dépensons plus que ce que nous gagnons et nous sommes incapables de produire des choses que les gens veulent bien nous acheter à un prix qui nous permette de bien vivre. L’écart sur ce point avec l’Italie – toujours exportatrice- est inquiétant et le maillon faible pourrait ne pas être celui qu’on pense. Une telle situation ne dure que parce que nous avons la caution implicite des pays bien gérés de l’Eurozone, en gros, la note de crédit de l’Allemagne.

Malgré le raz-de-marée de liquidités frelatées lâchées par la Banque centrale européenne, les divergences deviennent de plus en plus frappantes. Même la Grèce (sauvée nous dit-on après effacement partiel de sa dette) affiche à nouveau un endettement effarant, un déficit commercial abyssal, un chômage catastrophique.

 

La planification centralisée échoue toujours et partout

Les unions monétaires reposent sur une administration centralisée et débouchent sur un système rigide qui déforme les prix jusqu’à ce que les gens jettent l’éponge et passent à une autre monnaie. La planification échoue toujours même en matière monétaire. En trafiquant la monnaie les banquiers centraux nous contraignent à des échanges faussés, contraints, gagnant-perdant.

Les conséquences d’une crise monétaire sont plus larges et plus graves que celles d’une crise économique ou financière. La prochaine arrivée de l’euro numérique ne sauvera pas le système.

Nous allons bientôt redécouvrir une histoire vieille de 5000 ans : à défaut d’accepter et d’imposer une limite à la dette on crée une société d’esclaves qui finit par se révolter.

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  • Un tsunami de fausse monnaie, ça finit toujours par mouiller.

  • Très bonne synthèse de la situation actuelle.
    J’ajouterais que la situation financière de nombreux acteurs privés (à commencer par certaines institutions financières) n’est guère plus enviable que celles des Etats. La taille du bilan des principales banques est aujourd’hui plus importante que juste avant la crise des subprimes, ce qui fait peser un risque systémique non négligeable. La hausse des taux pourrait faire chuter les actifs sur lesquelles sont garanties (immobilier notamment) ces dettes et déclencher la crise.

    • Exact et les prêts garantis par l’État iront rejoindre les créances douteuses. Cependant, il me semble que les banques sont déjà « supranationalisées » par la BCE. Une « faillite » avec comptes gelés paraît moins probable qu’au moment de la crise financière. Une défaillance serait à nouveau nouveau noyée sous des « liquidités » même si une ponction des comptes courant au-dessus d’un certain montant serait envisageable.

  • L’euro est un cancer : il permet á la France et á l’Italie de s’endetter aux taux allemands. Sans l’euro nous aurions adopté de véritables réformes économiques il y a déjá 15 ans.

    • Parfaitement exact : nous nous endettons avec la note de crédit de l’Allemagne. Cependant, pas sûr qu’il y aurait eu de vraies réformes. Les Français ne sont pas près à la bonne gestion des comptes publics comme le témoigne aujourd’hui les déclarations fantaisistes des candidats à la présidence. Nous aurions probablement subi un décrochage progressif avec plusieurs dévaluations, comme par le passé, et le franc aurait décroché. Tant que les chimères collectivistes sont populaires, il n’y a pas de vraies réformes possibles.

  • Christine Lagarde: « L’inflation va se stabiliser et baisser graduellement cette année »
    Errare humanum est perseverare diabolicum.

  • On oublie que la situation n’est pas aussi grave pour tout le monde: les pays vertueux de la zone Euro, n’ont « souffert » que le temps d’acquérir sur les pays faibles des créances qu’ils vont faire valoir.
    L’écrasement de la Grèce, que les naïfs et les imbéciles croient encore une erreur ne fut qu’un avertissement sans frais. L’autoritarisme sanitaire n’est qu’un galop d’essai pour un autoritarisme économique qui va pouvoir maintenant s’exercer, selon le rythme qu’en décidera l’Allemagne. Cela a commencé.
    Révolte française ? Elle a 3 mois pour s’exercer et c’est mal parti. Après, les institutions fortes de l’Etat Français vont pouvoir, comme en 40, s’exercer au bénéfice du vainqueur.

  • La monnaie comme beaucoup d’autres choses est un outil.
    Bien utilisé ça peut faire des merveilles, mal utilisé des catastrophes.
    Euro ou pas, le problème de la France n’est pas là, mais du coté de ceux qui tiennent les manettes…

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