Prêts garantis par l’État : attention à la toxicité

Le sort de nombreux prêts garantis par l’État devient clair : ils seront honorés lorsque les poules auront des dents.
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Bruno Le Maire by Fondapol (CC BY-NC-ND 2.0)

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Prêts garantis par l’État : attention à la toxicité

Publié le 10 janvier 2022
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Dans sa politique du « quoi qu’il en coûte », les prêts garantis par l’État sont une des grandes réussites mises en avant par le gouvernement.

Précisons que ces prêts reposent sur de l’argent dont personne ne dispose : ni les contribuables les plus pressurés au monde, ni l’État qui empile les déficits depuis quarante-huit ans. Cet argent surgi du néant est pris au futur. Il est dépensé pour compenser la perte de l’activité économique délibérément mise à l’arrêt par la politique du confinement.

C’est à ce dispositif que nous devrions notre rebond de croissance exceptionnel, notre taux de chômage historiquement faible, l’amélioration de notre pouvoir d’achat si l’on en croit les exercices d’autosatisfaction du gouvernement.

Chiffres France

  • 6,7 % de croissance de l’activité économique en 2021 (source) après – 7,9 % en 2020 (source)
  • 8,1 % de taux de chômage au troisième trimestre 2021
  • +1,8 % de pouvoir d’achat en 2021

Chiffres de l’Eurozone

  • 5 % de croissance de l’activité économique en 2021 après – 6,4 % en 2020 (source)
  • 7,4 % de taux de chômage au troisième trimestre 2021 (source)
  • + 1,9 % en 2021 (source)

Voilà pour ce qu’on nous demande de voir.

Constatons que

  • Le rebond de croissance n’a rien d’exceptionnel. Si le PIB était de 100 en 2019, après -7,9 % et + 6,7%, il s’établit à 98,27 (contre 98,28 pour la moyenne de la Zone euro après -6,4 % et + 5 %).
  • Notre taux de chômage est toujours supérieur à celui des pays de la zone euro.
  • Le gain en pouvoir d’achat est en dessous de celui de la zone euro.

Beaucoup d’esbroufe et de milliards pour pas grand résultat. La comparaison est loin d’être aussi flatteuse que ce que nous présente le satisfecit officiel.

L’ardoise du « quoi qu’il en coûte » et ce qui se voit

Aujourd’hui, ces prêts garantis par l’État représentent 141,56 milliards d’euros et ont été attribués à plus de 690 000 entreprises selon les chiffres du ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance.

Le dispositif qui devait s’éteindre en décembre 2021 est prolongé jusqu’en juin 2022.

Les premiers remboursements devaient commencer en mars. Il s’avère dès maintenant que ce sera impossible pour bon nombre d’entreprises en difficulté. D’où la mise en place de moratoires : étaler les remboursements sur dix ans au lieu de six ans, décaler les premiers remboursements à la fin de l’année 2022.

Nous sommes ici dans la stratégie connue dans le domaine des créances pourries pour mettre la poussière sous le tapis : extend and pretend. Dit en français étendre les maturités et prétendre que les créances seront remboursées.

Pour le moment, selon Bruno Le Maire seraient concernées par ces rééchelonnements « 25 000 à 30 000 » très petites entreprises, souvent des commerçants, artisans ou restaurateurs. « Le prêt garanti par l’État qui a sauvé des dizaines de milliers d’entreprises ne doit pas les couler au moment de leur remboursement ».

Ce qui ne se voit pas et les coûts cachés

Dans la politique mise en œuvre nous voyons pour le moment des résultats très mitigés. Des entreprises déjà fragiles avant l’épidémie ont souscrit ces prêts. Résultat : le nombre de faillites en 2020 et 2021 était inférieur à la tendance préexistante grâce à cette trésorerie « tombée du ciel ».

L’IREF analysait déjà en octobre 2021 :

« Ce constat vaut pour tous les secteurs d’activité, mais celui pour lequel la trésorerie des entreprises s’est le plus nettement améliorée est l’hôtellerie-restauration. Environ 65 % des entreprises du secteur étaient en août 2021 dans une situation de trésorerie « très bonne » et « bonne » alors qu’elles n’étaient que 25 % dans ce cas en novembre 2019 ».

Mais bien sûr, la réalité reprendra le dessus. Ainsi, Euler-Hermès, organisme qui assure les crédits, s’attend à un fort rebond des faillites en 2022.

En d’autres termes, le « quoi qu’il en coûte » finance des zombies : des entreprises qui seront incapables de rembourser car elles étaient à terme condamnées, covid ou pas covid.

Les zombies sont un poids mort pour l’économie car ils consomment des ressources (matérielles, humaines, financières) dans des activités non créatrices de richesses, privant d’autres entreprises saines de ces mêmes ressources. L’argent gratuit, surgi du néant et ne correspondant à aucune création antérieure de valeur ne change rien à cet état de fait. Un gaspillage reste un gaspillage même financé par de la monnaie de singe.

Qui est à même d’anticiper au mieux les changements de marché ?

La crise sanitaire a probablement changé de façon durable certains comportements : le télétravail prive des restaurateurs de leur clientèle, le tourisme est modifié, les achats en ligne se sont renforcés au détriment de certains commerces, le secteur de l’évènementiel ne reprendra pas probablement comme avant, etc.

La clientèle a changé et ne reviendra pas toujours. Ce qu’on appelle le marché est insaisissable par quelques esprits de brillants fonctionnaires. Il est la résultante de milliards de décisions individuelles quotidiennes.

Nous avons un système d’assurance chômage qui nous coûte « un pognon de dingue » qu’il suffisait de laisser opérer. L’État pouvait assouplir les procédures (et les conséquences) de dépôts de bilan des entrepreneurs qui avaient investi au mauvais moment et subissaient de plein fouet les conséquences de la mise à l’arrêt de l’économie décidée par l’État.

Pour aider les entreprises, il ne faut pas plus d’argent gratuit tombé du ciel, de création monétaire et de dettes bidons. Il faut moins d’impôts de production, moins de taxation, moins de Cerfas inutiles, moins de subventions aux zombies et plus d’oxygène aux vivants. En fait, pour aider vraiment les entreprises, il suffirait de ne pas les entraver. Je sais, c’est très difficile à comprendre pour des politiciens professionnels et des fonctionnaires qui vivent à l’écart des règles de marché et de concurrence.

Épargnants : attention aux prêts toxiques

Les sites de financement participatifs (crowdlending) ont été autorisés à distribuer des prêts garantis par l’État.

Certains épargnants se sont tournés vers le prêt participatif pour obtenir un rendement supérieur aux produits d’épargne bancarisés et aux livrets. Les taux proposés sont bien supérieurs sachant qu’évidemment le risque l’est aussi.

Cependant, dans le contexte actuel, il convient de se poser une question : pourquoi une entreprise se tournerait-elle vers un intermédiaire de crowdlending plutôt que sa banque pour obtenir un prêt garanti par l’État, donc en principe à risque très atténué ? D’autant plus que les banques ne semblent pas très regardantes dans leurs conditions d’attribution.

Lesdites banques sont aujourd’hui dans les faits quasi-nationalisées (ou plutôt supra-nationalisées) par la Banque centrale européenne qui garantit les obligations souveraines auxquelles elles souscrivent complaisamment. Une faillite bancaire est donc devenue improbable. Il n’en demeure pas moins qu’un fonds obligataire ou à haut rendement proposé à la clientèle peut se retrouver gelé…

Comme je l’expose dans mon dernier livre et comme le montrent 5000 ans d’histoire, la fausse monnaie (maquillée sous forme de dette, d’emprunts garantis par l’État ou à l’état de billets fraichement imprimés) ne peut pas augmenter la richesse à l’échelle collective (elle n’augmente que la richesse des seuls faux-monnayeurs).

Il n’y a que deux issues possibles à une crise de surendettement : l’esclavage (le fruit du travail est intégralement affecté au remboursement du passif) ou le jubilé (effacement des dettes et destruction de la monnaie dans laquelle ces dettes étaient libellées).

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  • La notion même de PIB est actuellement mensongère et source d’illusions en ne représentant pas l’enrichissement du pays, en effet elle comprend l’addition :
    D’une production réelle de richesse
    Les salaires des fonctionnaires
    L’injection du PGE qui a été injecté
    En clair, pour augmenter le PIB, il suffit d’augmenter le nombre de fonctionnaire et d’augmenter la dette, mais cela n’augmente en rien la richesse produite.

  • L’esclavage, voilà en résumé ce qui nous pend au nez, surtout que nous allons vers la decroissance pour sauver la planète,

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