Le passe sanitaire pourrait être pire que le livret ouvrier

Le livret ouvrier et le pass sanitaire sont tous deux des outils de contrôle mais avec des roles différents et qui opèrent dans des sociétés complètement différentes.
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Le passe sanitaire pourrait être pire que le livret ouvrier

Publié le 23 décembre 2021
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La volonté du gouvernement d’imposer d’une façon ou d’une autre un passe sanitaire en entreprise peut-elle être vue comme un retour au livret ouvrier du XIXe siècle ?

La tentation est grande d’y retrouver le bonapartisme caractéristique de la présidence d’Emmanuel Macron. En réalité, livret ouvrier et passe sanitaire s’inscrivent dans deux sociétés totalement différentes. Le livret, instrument autoritaire, s’inscrivait dans une société et une économie profondément libérales qui en rendaient l’application difficile pour l’État gendarme. En revanche, le passe sanitaire, instrument annoncé de liberté, est le reflet d’une société de surveillance et d’une économie soigneusement régulée par l’État providence.

Le livret ouvrier, instrument de surveillance et de police

Le livret ouvrier remonte à l’Ancien Régime. Il s’inscrit dans la volonté de la monarchie d’une part, et des corporations de l’autre, de contrôler soigneusement le travail. Il est supprimé avec la proclamation de la liberté d’entreprise qui est une conséquence majeure de la Révolution française. Napoléon le rétablit avec la loi du 22 germinal an XI. Il le rend obligatoire par l’arrêté du 1er décembre 1803 (9 frimaire an XII). Il s’agit pour le pouvoir de mieux contrôler les activités économiques. Pour ce régime autoritaire c’est un « instrument de surveillance et de police ». Le livret contient non seulement l’identité mais aussi la description physique de l’ouvrier.

Dès le Second Empire sa suppression est envisagée. En fait ce document administratif joue un double rôle. Pour les patrons, il est une garantie que l’ouvrier ne va pas disparaître du jour au lendemain, comportement habituel de la main-d’œuvre de cette époque. En effet, le livret est déposé entre les mains de l’employeur qui ne le rend qu’au départ de l’ouvrier. Le patron a ainsi l’assurance que l’ouvrier fera bien le travail demandé et ne se contentera pas d’empocher des avances sur son salaire. Il distingue également les « bons » patrons soucieux de la loi de ceux qui n’hésitent pas à embaucher des ouvriers non pourvus du fameux sésame.

Pour l’ouvrier, il est une « assurance de travail et de crédit » selon le tribunal de commerce de Saint-Étienne. Il donne témoignage des emplois occupés et du sérieux de celui qui les a occupés. Il assure donc un témoignage de « capacité » professionnelle à une époque où les diplômes sont inexistants. Il évite à l’ouvrier, souvent sur les routes, d’être confondu avec les vagabonds.

Le livret ouvrier obligatoire mais peu utilisé

Soucieux de la condition ouvrière, le Second Empire met fin au droit de rétention par l’employeur en 1854. Mais dans le même temps, il généralise l’emploi du livret ouvrier. Ce régime d’exception qui soumet les ouvriers apparaît cependant de plus en plus incompatible avec le droit de vote accordé depuis 1848. De surcroît, la loi était largement inappliquée. Le livret était rarement enregistré par les autorités. Dès 1829, la Cour de cassation soulignait qu’un simple arrêté ne pouvait assimiler un ouvrier sans livret à un vagabond. Les parquets ne font d’ailleurs aucune poursuite, les patrons pas davantage. Les faux livrets sont communs et il est toujours facile de s’en procurer un nouveau en prétextant sa perte ou son vol.

Dans les années 1860, son usage disparaît peu à peu avec l’extension de la grande industrie. De toute façon, la concurrence entre employeurs rend à peu près impossible son utilisation. En 1868, le régime impérial envisage purement et simplement sa suppression. La loi ne sera jamais votée. Autant la pratique est inexistante, autant les institutions économiques (chambres de commerce, tribunaux de commerce, chambres consultatives) sont pourtant attachées à son usage et à son obligation ! Jamais ne fut plus visible l’écart entre le discours théorique des représentants du patronat sur l’utilité du livret et la réalité des pratiques des employeurs soucieux avant tout de trouver la main-d’œuvre indispensable.

Livret ouvrier et passe sanitaire

Pour retenir la main-d’œuvre vagabonde, les employeurs déploient d’autres stratégies comme la construction de cités, d’écoles, de dispensaires, la constitution de caisses de retraites. Bref, nous retrouvons tout l’éventail du « patronat providence ». Le livret finit par mourir légalement, complètement oublié, par la loi du 2 juillet 1890. Il est remplacé par un certificat obligatoire purement informatif en fin d’emploi. Il devait pourtant survivre dans certaines régions comme une sorte de brevet de capacité. Son ultime avatar peut être vu dans le curriculum vitae exigé de tout candidat à une embauche.

Le passe sanitaire, exigence politique de contrôle des populations, n’est donc pas sans rapport avec l’ancien livret ouvrier. Il est comme lui un instrument de « police » selon l’aveu ingénu de Chaptal en 1803. Mais l’État au XIXe siècle n’avait pas les moyens de sa politique et la faible motivation des tribunaux et des autorités locales en rendaient l’application illusoire.

L’État employeur ultime ?

Il n’en va plus de même aujourd’hui où les entreprises sont soumises à un étroit et tatillon contrôle étatique. De surcroît, le rapport de force a changé entre employeurs et employés. Dans le marché libre du XIXe siècle, même si la condition ouvrière était pénible et soumise à bien des aléas, l’ouvrier n’hésitait pas à « traverser la rue » pour trouver un nouvel emploi. Il votait avec ses pieds et s’en allait quand il était mécontent de son emploi.

Aujourd’hui, le salarié est surprotégé mais il est aussi pieds et poings liés aux mains de l’État. Avec le passe sanitaire en entreprise, ce dernier pourrait devenir l’employeur ultime. Ce n’est plus l’employeur qui serait libre de renvoyer le salarié ou le salarié qui serait libre de travailler où il souhaite. Dans sa grande bienveillance, l’État pourrait désormais décider qui travaillera et qui ne travaillera pas. Et interdire à tout insoumis d’exercer une activité.

Allons-nous finir par regretter le temps du livret ouvrier ?

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  • Parallèle intéressant… Beaucoup parlent de la soviétisation en marche de la société, et il est très clair que l’instauration d’un bracelet numérique pour tous les actes de la vie est LE véritable objectif de toute cette gigantesque manipulation.
    La plupart des gens n’ont aucune idée de l’ampleur du pouvoir qu’ils sont en train de donner à l’Etat (ou aux instances supranationales qui sont au-dessus et qui s’affirment comme les véritables donneurs d’ordre).

  • LREM , la République En Marche ? non , c’est plutôt « La Répression En Marche « ….

  • Intéressant parallèle, en effet, nous sommes tous des employés de l’état, c’est notre patron. On travaille pour lui, il ne travaille pas pour nous. Il vient de nous fixer des chaînes, on ne pourra plus s’en détacher… Version, complot. Dans la réalité, ce pass permet un suivi vaccinal, piqûre tous les 3 ou 4 mois… On ne sait d’ ailleurs plus pourquoi puisque seuls les tres vieux ou malades ont a craindre de ce virus et ils encombrent nos hôpitaux, la routine, avec en plus toutes les maladies hivernales.
    On va quitter cette pseudo réalité, il y a complot contre les peuples.

  • Associé avec la volonté de fournir une « assurance chômage » aux indépendants, on peut effectivement considérer que l’Etat se veut voir devenir l’employeur ultime…tant pour spoiler les gens et renforcer la volonté de contrôle de certains apprentis dictateurs que pour pallier à l’arrivée d’un monde « sans travail »* où beaucoup d’individus se retrouvent sans emplois du fait de l’automatisation et « l’intelligence artificielle », comme prédit par beaucoup de futurologues…dont le travail est bien souvent très discutable car faisant fi des pré-requis nécessaires à l’accomplissement de leur vision…hors bien souvent ces pré-requis sont difficilement automatisables du fait des contraintes qui s’exercent (poussière, EMP, chaleur, adaptabilité permanente, …) sur certaines des machines rentrant dans la chaine de production. Typiquement, Tesla a failli mettre la clé sous la porte à cause d’une volonté d’automatisation totale de la production de la Model 3. Depuis qu’ils sont revenu en arrière et ont réintroduit l’Homme dans leurs chaines de production, la qualité s’est grandement améliorée et la production n’est plus arrêtée à la moindre micro défaillance des machines.

    * voir « A World Without Work » de Daniel Susskind, « Abundance » & « The Future is Faster than You Think » de Peter H. Diamandis & Steven Kotler, ou les prévisions du Mme Irma de la Silicon Valley, j’ai nommé Ray Kurzweil

  • « la concurrence entre employeurs rend à peu près impossible son utilisation. »

    Autrement dit, son utilisation rend nécessaire le chômage. C’est bien là le danger de l’état dirigiste. Seule la misère des peuples (et l’entretien de cette misère) lui donne les moyens de son existence.

  • Le « bonapartisme » et le « livret ouvrier » pour un état totalitaire socialiste c’est aller chercher très loin ce qui est historiquement sous notre nez. Au XXème siècle il y a eu 38 régimes de ce genre et il en existe toujours une petite dizaine plus ou moins prononcés (Corée, Venezuela, Cuba etc).

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