La Covid-19 a rendu les démocraties plus autoritaires

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Un nouveau rapport indique que de nombreuses démocraties ont pris des mesures « disproportionnées, inutiles ou illégales » pour freiner la circulation du covid.

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Un article de Reason

La pandémie de Covid-19 contribue à un déclin significatif des valeurs démocratiques à travers le monde, de nombreux pays ayant pris des mesures agressives et autoritaires pour tenter d’enrayer la circulation du virus.

Si vous n’avez pas vécu sous une pierre ces deux dernières années, ce n’est probablement pas une surprise. Pourtant, un nouveau rapport de l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale, une organisation mondiale à but non lucratif basée en Suède, offre un aperçu complet de la tendance inquiétante à l’érosion démocratique – une tendance qui a été favorisée par la pandémie, même si ses racines sont plus profondes.

L’institut avertit :

Le monde devient plus autoritaire, les régimes non démocratiques devenant encore plus effrontés dans leur répression et de nombreux gouvernements démocratiques souffrant d’un retour en arrière en adoptant leurs tactiques de restriction de la liberté d’expression et d’affaiblissement de l’État de droit, exacerbées par ce qui menace de devenir une « nouvelle normalité » de restrictions Covid-19.

Selon le groupe, le nombre de pays qui deviennent plus autoritaires est trois fois supérieur au nombre de pays qui se rapprochent de la démocratie. Cette année est la cinquième année consécutive où la tendance va dans ce sens, la plus longue période ininterrompue d’évolution pro-autoritaire depuis que l’IDEA a commencé à suivre ces paramètres en 1975.

Bien sûr, cette tendance est antérieure à la pandémie de Covid-19, mais les réponses gouvernementales au virus ont aggravé la situation.

Selon le rapport de l’IDEA, un certain nombre de pays démocratiques – le rapport mentionne spécifiquement les États-Unis dans cette rubrique – ont mis en œuvre des mesures covid « qui étaient disproportionnées, illégales, indéfinies ou sans rapport avec la nature de l’urgence ». Ces mesures comprennent des restrictions de voyage et l’utilisation de « pouvoirs d’urgence qui ont parfois mis les Parlements sur la touche ».

Les démocraties en danger

Ces deux dernières années ont en effet été marquées par de nombreux exemples de pouvoirs gouvernementaux inédits aux États-Unis, qu’il s’agisse de fermetures d’entreprises à l’échelle d’un État, au cours desquelles les gouverneurs ont décrété que certaines d’entre elles étaient « essentielles », ou des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), avec le soutien des administrations Trump et Biden, qui ont rendu presque impossible l’expulsion des locataires mauvais payeurs par les propriétaires. Il a fallu attendre ce mois-ci pour que les États-Unis rouvrent leur frontière avec le Canada pour les voyages supposés « non essentiels« , même s’il n’y avait probablement aucune justification valable pour fermer la frontière en premier lieu.

En dehors des États-Unis, des pays comme l’Autriche et l’Australie continuent de renforcer les restrictions autoritaires sur les interactions publiques et le comportement économique, même pour les personnes vaccinées. Selon le rapport, 69 pays ont fait de la violation des restrictions du covid un délit passible d’emprisonnement, les deux tiers de ces pays étant ceux que le groupe considère comme des démocraties. L’Albanie et le Mexique ont les lois les plus punitives, autorisant des peines de prison de 15 ans et 12 ans, respectivement, pour la violation des protocoles liés à la pandémie.

Plus de 20 % des pays ont utilisé leur armée pour faire respecter les contrôles liés aux mesures covid, ce qui, selon le rapport, pourrait contribuer à « la normalisation d’une vie civile de plus en plus militarisée après la pandémie ». Dans le même temps, 42 % des pays ont mis en place des applications volontaires ou obligatoires pour la recherche des contacts, ce qui peut être efficace pour freiner la propagation du virus mais crée de nouvelles opportunités de surveillance gouvernementale dans un monde post-pandémique. L’IDEA est particulièrement préoccupée par les huit régimes non démocratiques (Azerbaïdjan, Bahreïn, Chine, Kazakhstan, Qatar, Singapour, Thaïlande et Turquie) où ces applications ont été rendues obligatoires pour tous les résidents utilisant un smartphone.

Pendant ce temps, certains responsables de la santé publique en Amérique souhaitent des restrictions encore plus agressives. Rochelle Walensky, directrice du CDC, a récemment fait l’éloge des « mesures de confinement très strictes » déployées par la Chine, un pays qu’aucune démocratie saine ne devrait prendre pour modèle de bonne politique.

La montée du populisme

Mais si le Covid-19 a été la cause aiguë d’une grande partie du recul de la démocratie au cours des deux dernières années, le rapport de l’IDEA indique qu’une menace plus insidieuse se cache derrière la pandémie :

La montée des partis illibéraux et populistes au cours de la dernière décennie est un facteur explicatif clé du recul et du déclin de la démocratie.

Ces partis cherchent à obtenir le pouvoir afin de pouvoir démanteler les contrôles de l’autorité gouvernementale, notamment la liberté d’expression et les politiques destinées à protéger les droits des minorités.

En effet, comme l’a fait remarquer Stephanie Slade de Reason, certains des principaux défenseurs du tournant américain vers l’illibéralisme affichent désormais ouvertement leur adhésion à l’autoritarisme. Cette tendance à adopter une politique de « volonté de puissance » revient à déclarer que « ce qui compte avant tout, c’est de s’assurer que notre tribu est dominante ».

Ce n’est pas un bon signal pour la démocratie, ni pour la préservation de la liberté humaine.

Cette volonté de puissance sert également à masquer les aspects absurdes de leurs idées. Par exemple, le sénateur Josh Hawley veut donner davantage de pouvoir au département du commerce pour décider quels produits peuvent être légalement achetés et vendus aux États-Unis – alors qu’il a voté contre la confirmation de la secrétaire au commerce Gina Raimondo. Il veut littéralement donner plus de pouvoir à quelqu’un qui, selon lui, n’est pas qualifié pour ce poste. De même, les efforts de l’aile gauche pour abolir l’obstruction parlementaire au Sénat sont facilement exposés comme rien de plus qu’un coup de force en demandant aux défenseurs comment un Sénat sans obstruction parlementaire aurait fonctionné pendant la présidence de Donald Trump – une tactique que Jonathan Swan d’Axios a récemment utilisée avec beaucoup d’effet dans une interview avec la représentante Rashida Tlaib.

Sous diverses formes et malgré des incohérences internes, ces sentiments illibéraux et populistes semblent se renforcer. Les pouvoirs gouvernementaux étendus pendant la pandémie offrent un prix encore plus alléchant aux politiciens qui utiliseraient le pouvoir de l’État pour diriger la société à l’avenir.

Dans la préface du rapport, Kevin Casas-Zamore, secrétaire général de l’IIDEA écrit :

Comme dans de nombreux autres aspects de la vie, la pandémie de Covid-19 a accéléré et amplifié les tendances politiques préexistantes tout en ajoutant une toute nouvelle pléthore de défis sans précédent aux démocraties qui étaient déjà sous pression. […] La victoire humaine monumentale obtenue lorsque la démocratie est devenue la forme de gouvernance prédominante est maintenant suspendue dans la balance comme jamais auparavant.

Traduction Justine Colinet pour Contrepoints

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