Anne Hidalgo transforme Paris en ville fantôme

Aurélien Véron conseiller municipal de Paris pointe les problèmes de gestion de Anne Hidalgo.

Par Aurélien Véron.

Il n’échappe à personne que Paris est en pleine transformation. Mais tout le monde s’interroge sur la direction choisie et ses conséquences pour l’économie de la capitale.

Madame la maire, quelle est votre vision de Paris ?

Voulez-vous en faire une ville-monde qui rayonne par son bouillonnement culturel, son dynamisme économique et la recherche de l’excellence ? Ou une ville de la démobilité, de la proximité dans la lenteur et de l’esprit participatif de ZAD, chacun décorant son pied d’arbre ou son trottoir à sa guise ? Allez-vous privilégier la mono-activité bistrotière ou les commerces diversifiés ? Le tourisme de masse ou la vie des familles ? Les activités à faible valeur ajoutée ou les entreprises innovantes et performantes ? La densification urbaine ou la préservation du Paris historique ? Vous cherchez à tout concilier sans jamais trancher. Comment voulez-vous que les Parisiens aient la moindre visibilité sur l’avenir de leur ville ?

La réalité, c’est que vous êtes en train de transformer Paris en ville fantôme. Les rideaux fermés s’alignent rue de Rivoli, boulevard Saint-Michel ou rue de Rennes. Des quartiers entiers sont sinistrés, avec 1097 boutiques d’équipements de la personne et 283 commerces culturels fermés depuis 2017. Des cabinets de professions libérales quittent Paris. La seule activité qui prospère, ce sont les 660 nouveaux bars et bistrots ouverts en net depuis 2017 qui profitent aujourd’hui de la privatisation sauvage des rues.

Le résultat, c’est l’accélération de l’exode des familles qui n’en peuvent plus. Six mille enfants en moins cette année. Soyons honnêtes, c’était seulement 2500 par an avant la crise. Autant de recettes fiscales en moins et de familles qui paieront leurs impôts locaux ailleurs. Sans parler de leur consommation significative qui faisait vivre artisans et commerçants parisiens.

La vie parisienne s’étiole et les entreprises le ressentent. Cette année, il manquera 220 millions d’euros de droits de mutation dans la caisse, 50 millions d’euros de CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises) et 50 % des taxes de séjour. Pauvre rattrapage du trou d’air de 2020. Le président de la CCI Île-de-France Didier Kling a tiré la sonnette d’alarme. Le seuil d’alerte des fermetures de commerces est dépassé.

Alors oui, il y a eu la pandémie, puis le télétravail. Pourtant, les villes de la petite couronne à la densité comparable continuent à attirer des habitants. C’est bien Paris qui fait fuir.

Posez-vous la question des raisons de cette tendance dramatique pour la capitale. Et rectifiez le tir avant qu’elle devienne irréversible.

Votre première erreur, c’est de tirer l’économie de Paris vers le bas

Au nom d’une prétendue écologie solidaire masquant mal la pollution et la dégradation de nos rues, nos parcs, nos bois et jardins, vous mobilisez des ressources conséquentes en faveur d’activités à faible, voire très faible valeur ajoutée. Quel intérêt de développer un secteur d’activité qui ne serait pas viable sans vos lourdes subventions qui se comptent par dizaines de millions d’euros chaque année ?

Quelles perspectives offre l’agriculture urbaine dans la rue ou sur des toitures d’immeubles, l’élevage de truites et la culture du cresson d’eau dans une ferme aquaponique de 6000 m2 lorsqu’on sait que 1m2 à Paris permet d’acheter 2 à 3 hectares de champs cultivables en France ?

Nous avons besoin de jardins, d’arbres et de fontaines pour respirer. Nous avons besoin de logements pour vivre et de bureaux modernes pour créer de la valeur et préserver la richesse et le rayonnement de Paris. Votre transition ruineuse vers des activités low cost aura un impact sur les habitants et les entreprises de la capitale. Ayez l’honnêteté de leur annoncer la couleur. Une production à faible valeur ajoutée lourdement subventionnée ce sont des revenus plus faibles et des taxes plus élevées pour eux ou pour leurs enfants à travers la dette.

Votre deuxième erreur, c’est votre coup de frein sur la mobilité

Vous avez dressé un autel au culte de la lenteur et de la proximité avec la ville du quart d’heure. Votre ambition consiste à mettre fin à la course à la productivité, à l’innovation, au toujours plus beau, aux rythmes de vie trépidants qui sont pourtant dans la nature d’une ville-monde comme Paris. Vous croyez manifestement que ralentir et se restreindre à moins circuler, c’est écologique et civique. C’est hélas un contresens historique.

Paris a su attirer des talents venus des quatre coins de la Terre par son énergie, ses universités, sa richesse culturelle et son bouillonnement créatif, son artisanat reconnu dans le monde entier dans les domaines de la mode, du luxe et ou de la joaillerie, son industrie touristique ; sans oublier le monde de la finance qui a permis de financer son développement. Plus récemment, les start-ups et le secteur des nouvelles technologies ont aussi fait leur nid dans notre ville. La réussite de ce modèle a reposé sur la densification urbaine.

Hormis dans ses monuments tutélaires tels Notre-Dame, le Panthéon ou la Tour Eiffel, nous savons que Paris a refusé de croître en hauteur, à l’inverse d’autres villes admirables. Les Parisiens ont préféré préserver la ligne haussmannienne qui limite la hauteur des immeubles. À défaut de tours, Paris a dû s’étendre bien au-delà du périphérique, tant en matière de logements que de centres d’affaires. Paris est devenue la locomotive de l’Île-de-France qui produit 31 % du PIB et 40 % de la recherche nationale.

Le facteur clef de ce succès a été la mobilité. La densification nécessaire s’est appuyée sur la mobilité. C’est la mobilité qui a rapproché les individus des entreprises sur le grand territoire du Grand Paris et de bien au-delà. Nous sommes parvenus à étendre le périmètre de résidence de ceux qui contribuent à l’activité et à la prospérité de Paris grâce à un réseau de métros, de RER et de Transiliens mais aussi grâce à la voiture. Voilà la clef de sa richesse et de son dynamisme.

Si deux tiers des Parisiens empruntent les transports en commun pour aller à leur travail, c’est le cas d’un Francilien seulement sur quatre. La banlieue est mal desservie et le restera malgré l’arrivée des nouvelles lignes du Grand Paris. Les rames sont saturées aux heures de pointe quand il n’y a pas d’incident technique bloquant les déplacements. Les deux-roues motorisés ou la voiture restent la solution privilégiée par une majorité, par nécessité. C’est également le cas pour les personnes fragiles, celles dont les parcours sont compliqués ou s’enchainent (enfants, travail, course). Pour tous ceux-là, la souplesse de la voiture individuelle s’impose.

Or, vous pratiquez aujourd’hui une politique de découragement de la voiture en multipliant les pistes cyclables démesurées et souvent désespérément vides, en inversant le sens de la circulation de rues importantes, en fermant des axes comme les 3 km de la rue de Rivoli et en multipliant les blocages ponctuels de toutes sortes.

Désormais, quand vous roulez à Paris, vous savez à quelle heure vous partez, jamais à quelle heure vous arrivez. Le bilan, c’est du stress, du temps perdu, des activités compromises et une pollution supplémentaire due à la congestion que vous nourrissez.

Ajoutons à cela la suppression du stationnement en surface après que vous ayez refusé pendant des années de construire des parkings souterrains : tout mène à la réduction brutale de la mobilité pour ceux qui ont besoin de voiture. Les banlieusards sont aujourd’hui otages de votre idéologie, à l’instar des Parisiens, alors qu’ils ont contribué jusqu’ici à la vitalité de notre ville. En rompant le contrat moral entre Paris et la banlieue, vous mettez en péril l’avenir de l’économie parisienne.

Vous avez mis à mal toute une vie économique fondée sur la mobilité : théâtres et salles de spectacles, professionnels de santé dont les patients sont fragiles, artisans mobiles ou commerçants dont les clients viennent de loin. Même le tourisme d’affaire est menacé par la dégradation de l’image de Paris. Je rappelle que de nombreux syndicats de professionnels se sont plaints publiquement de votre politique de circulation, depuis la FACAP, l’ACPL, le comité Vendôme, le Comité Champs-Élysées, la Fédération du commerce des Arts de la table, jusqu’au Comité professionnel des Galeries d’art.

Il est très rare que des professionnels prennent ainsi la parole pour critiquer la mairie de Paris. Qui sait si de grands groupes ne réfléchissent pas à se délocaliser pour sortir de cette nasse infernale ? À côté de la baisse du nombre d’emplois aux rémunérations élevées à Paris, vous commencez vous aussi à sentir la baisse de recettes fiscales découlant de la baisse d’activité à Paris.

Comment allez-vous combiner cette baisse d’activité et de revenus avec la hausse ininterrompue des dépenses courantes ? Vous avez vidé les caisses de Paris ces dernières années. De 3,7 milliards d’euros en 2014, vous aurez fait grimper la dette à 7,7 milliards en 2022. Pire, vous avez caché au moins 1,6 milliard de dette hors bilan grâce à des mécanismes insincères tels que les loyers capitalisés. Rappelez-vous que cet argent ne vous appartient pas, c’est celui des Parisiens et de leurs enfants.

Vous avez perdu la notation maximale AAA il y a 9 ans. Vous vous vantez du maintien de votre notation AA par S&P cet automne, mais nous ne vous entendons pas évoquer sa dégradation en AA- par l’agence Fitch en juin dernier. Or, vous profitez des liquidités anormalement abondantes pour surendetter la Ville de Paris. Lorsque les taux remonteront, ce qui ne saurait tarder avec le retour de l’inflation, la charge de la dette promet de devenir insoutenable pour la ville.

Le jour où l’attrait économique de Paris sera gravement endommagé, entraînant une baisse du pouvoir d’achat des Parisiens, ni vous, ni vos successeurs n’aurez plus aucune marge de manœuvre pour redresser la ville et réparer vos erreurs. Ce jour-là, vous devrez rendre des comptes pour avoir gâché le potentiel de Paris et dilapidé ses richesses.

 

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