Montée du protectionnisme partout dans l’Union européenne

Ursula von der Leyen by EU2017EE(CC BY 2.0) — EU2017EE,

Le protectionnisme de plus en plus prononcé de l’UE est nocif pour l’économie des pays européens et de leurs partenaires.

Par Pieter Cleppe1.

Au cours des deux dernières décennies, l’Union européenne a réussi avec beaucoup de succès à conclure des accords commerciaux avec des pays extérieurs à l’UE. Elle a conclu des accords commerciaux avec le Chili, l’Égypte, la Géorgie, Israël, le Japon, le Mexique, la Corée du Sud, l’Ukraine, Singapour, le Canada, l’Afrique du Sud et le Vietnam. Certains de ces accords ne sont entrés en vigueur que provisoirement et partiellement, mais il est indéniable que l’UE a remporté un succès considérable, peut-être plus que dans la poursuite de la libéralisation du commerce en son sein.

Cependant, ces dernières années, les choses ont stagné. Tout a commencé avec l’échec du TTIP en 2016, qui était censé être un accord commercial majeur avec les États-Unis. L’UE a réussi à conclure des accords avec le bloc commercial sud-américain Mercosur en 2019 et avec la Chine en 2020. Il s’agissait d’un pacte d’investissement limité, mais l’opposition politique des États membres de l’UE à la ratification de ces accords semble particulièrement forte, les sanctions chinoises en représailles aux sanctions de l’UE n’aidant pas vraiment non plus.

Un accord commercial a également été conclu avec le Royaume-Uni à la fin de l’année dernière, mais il était alors vraiment nécessaire pour limiter les dégâts du Brexit. Entretemps, les seules véritables négociations commerciales qui restent à l’UE sont avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Les choses ne s’annoncent pas roses non plus pour le premier accord après que l’Australie a décidé de rompre un accord avec la France sur l’achat de sous-marins. Entretemps, la France retarde également un accord commercial de l’UE avec le Chili. Selon Franck Riester, ministre français du Commerce extérieur, « nous devons prendre pleinement en compte les questions de développement durable et les sensibilités agricoles ».

Un PAC plus protectionniste

En plus de cela, la Commission européenne d’Ursula von der Leyen a annoncé un cours de politique plus protectionniste. C’était déjà le cas en 2019, avant l’éclatement de la crise du coronavirus, qui a donné un coup de fouet substantiel au protectionnisme mondial.

Ici, la Commission se concentre sur l’imposition de « mesures antidumping » lorsque les partenaires commerciaux appliquent des subventions ou des prix dits déloyaux, ainsi que sur une supervision plus stricte des investissements étrangers, en particulier lorsqu’ils impliquent un investisseur public chinois.

La Commission européenne utilise avec enthousiasme l’arme de la politique de concurrence pour menacer les grandes entreprises technologiques d’amendes. La « concurrence loyale » n’est pas toujours clairement définie et tout semble se résumer assez rapidement à cibler les concurrents américains les plus performants.

Protectionnisme environnemental et numérique de l’UE

Une évolution particulièrement importante est également ce que l’on pourrait appeler le « protectionnisme environnemental » européen. Alors que les prix de l’énergie en Europe s’envolent, en partie à cause de la forte compensation que les entreprises européennes doivent payer pour émettre du CO2, en raison du système d’échange de quotas d’émission de CO2 de l’UE, la Commission travaille sur une taxe carbone que les importateurs étrangers de certaines marchandises devront payer.

Ce « mécanisme d’ajustement aux frontières » (« Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières » ou Carbon Border Adjustment Mechanism ou CBAM) suscite une forte résistance de la part des partenaires commerciaux de l’UE et pourrait bien violer les règles de l’Organisation mondiale du commerce.

Le président social-démocrate de la commission du commerce du Parlement européen, l’eurodéputé allemand Bernd Lange, a donc déjà prévenu qu’il était très important que l’UE parvienne d’abord à un accord avec les États-Unis sur ce point, « afin que cela ne se termine pas par un procès à l’OMC ». Cependant, d’autres partenaires commerciaux, comme la Russie, sont également très inquiets.

En réponse, celle-ci prépare actuellement sa propre taxe similaire. Cela montre clairement comment le protectionnisme de l’UE donne lieu à un protectionnisme encore plus mondial. Le fait que l’effet de la taxe européenne sur les importations de MCAB sur la réduction des émissions de CO2 soit finalement minime ne suscite pratiquement aucune attention.

Un débat similaire fait actuellement rage à propos de la « taxe numérique » que la Commission européenne refuse tout simplement de mettre en veilleuse, alors que le gouvernement américain a déjà fait une ouverture à ce sujet au niveau des négociations de l’OCDE. Il était une fois, en l’an 2000, l’UE s’est fixée « un nouvel objectif stratégique pour la prochaine décennie : devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale. »

Aujourd’hui, l’obsession est surtout d’avoir davantage de taxes et de protection.

Le commerce sous conditions

En outre, la Commission européenne tient à soumettre le commerce à l’adoption de toutes sortes de normes et de règles communautaires, « plaçant la durabilité au cœur de sa nouvelle stratégie commerciale. » Des pratiques telles que le travail forcé – qui constitue un risque dans le contexte de l’accord de l’UE avec la Chine – doivent bien sûr être proscrites, mais la question est de savoir si imposer toutes sortes de préférences est raisonnable, surtout si l’on considère que d’ici 2024, 85 % du PIB mondial sera généré en dehors de l’UE.

À cet égard, la Commission européenne adopte une approche particulièrement agressive à l’égard des producteurs d’huile de palme. Par exemple, elle propose une législation refusant l’accès à l’UE à la viande, à l’huile de palme ou à d’autres produits qui sont liés à la « déforestation ». Les entreprises sont invitées à prouver que les produits qu’elles vendent ne sont liés à aucune activité de déforestation ou de dégradation datant du 31 décembre 2020.

Il est évident que de telles restrictions peuvent encourager les agriculteurs locaux au Brésil, par exemple, à se tourner vers des alternatives qui ne sont parfois pas si jolies que cela. Il devient immédiatement évident qu’il est complexe de règlementer ces questions depuis Bruxelles. Par exemple, les propositions de la Commission n’incluent pas le caoutchouc parmi les produits de base énumérés.

En raison de l’explosion de la demande, le caoutchouc est considéré comme un nouveau facteur important de déforestation. Initialement, la Commission ne prévoyait de s’attaquer que partiellement à la culture du soja, mais elle l’a finalement incluse, car elle comporte également des risques de déforestation. La question est de savoir où tout cela s’arrête.

En outre, l’approche effrontée de l’UE ne tient pas compte du fait que même si la situation est préoccupante au Brésil et en Afrique, d’autres pays, notamment en Asie, ont développé avec succès ces dernières années des programmes visant à ralentir la tendance à la déforestation.

Alors qu’en Afrique, on observe le taux annuel de perte nette de forêts le plus élevé entre 2010 et 2020, avec 3,9 millions d’hectares, suivi par l’Amérique du Sud, avec 2,6 millions d’hectares, en Asie, on pourrait en revanche assister à la plus forte croissance de la superficie nette entre 2010 et 2020, notamment grâce à la contribution d’ambitieux programmes de reforestation en Chine.

Le principal problème réside dans l’approche peu subtile de l’UE. Il y a quelques années, l’Union européenne a décidé d’interdire progressivement l’utilisation de l’huile de palme comme combustible, ce qui frappe durement des pays comme la Malaisie et l’Indonésie.

Et ce, malgré le fait que 86 % des importations d’huile de palme dans l’UE peuvent être considérées comme durables. Certaines organisations environnementales, comme le WWF, sont donc plus nuancées et font campagne pour une « huile de palme durable », en soulignant qu’elle fournit un revenu à plus de 4 millions de personnes dans les deux pays mentionnés.

La Politique Agricole Européenne (PAC)

Les préoccupations de l’UE concernant l’utilisation non durable des terres semblent être absentes lorsqu’on examine la politique agricole européenne, l’UE consacrant toujours un tiers de son budget à long terme de 1100 milliards d’euros au secteur agricole. Ces fonds sont toujours distribués principalement sur la base de la propriété des terres agricoles, 80 % de l’argent allant à 20 % des bénéficiaires.

En d’autres termes, les grands groupes industriels, qui ne voient probablement pas d’inconvénient à ce que l’UE, qui subventionne l’agriculture intensive en Europe avec l’argent des contribuables, interdise les importations par des concurrents non européens au nom d’une prétendue préoccupation concernant l’utilisation non durable des terres.

Enfin et surtout, la crise du Covid et le souci de sécuriser notre propre approvisionnement en produits cruciaux constituent une excuse de plus pour étendre encore le protectionnisme. Bien sûr, il est exact que certaines choses devraient être mieux gardées sous contrôle, mais l’expérience montre que la libéralisation économique rend un secteur économique plus dynamique.

Par exemple, les exportations agricoles de la Nouvelle-Zélande ont augmenté de 39 % en 7 ans après l’abandon de ses politiques protectionnistes dans les années 1980. En d’autres termes, la sécurité alimentaire de l’Europe, qui est souvent un argument en faveur du protectionnisme, est mise en péril, et non soutenue, par une protection poussée du marché. En résumé, n’étendons pas le protectionnisme agricole douteux de l’Europe à d’autres secteurs économiques.

 

  1. Pieter Cleppe est rédacteur en chef de BrusselsReport.eu
Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.