GPA : sa légalisation est un enjeu de civilisation

Surrogacy by Prachatai (Creative Commons CC BY-NC-ND 2.0)

OPINION : la GPA n’est donc pas un pas supplémentaire vers le fossé de la décadence mais bien l’occasion pour notre civilisation de réaffirmer ses valeurs dans le monde.

Par Benjamin Faucher.

En année d’élection présidentielle, le sujet va probablement revenir sur la table. On pourrait prendre la légalisation de la gestation pour autrui (GPA) pour un marqueur idéologique évident, partageant l’échiquier politique entre la gauche progressiste et la droite conservatrice. Pourtant il n’en est rien : Pascal Praud a surpris dernièrement ses chroniqueurs sur Cnews en affirmant être favorable à la GPA.

Inversement, Sylviane Agasinsky, Nathalie Heinich ou Michel Onfray ont manifesté et argumenté depuis longtemps leur opposition. Ce dernier en a même fait un symptôme, sinon une cause de la décadence de notre civilisation. Nul doute que la question civilisationnelle va s’inviter comme thème majeur de cette présidentielle : la potentielle candidature du polémiste Éric Zemmour en est le premier pas. Soit, répondons-leur sur ce terrain.

Un choix de société

Il faut bien avouer que la défense de la GPA a souffert d’arguments hasardeux. La pire façon d’aborder le débat est sûrement celle qui consiste à renvoyer la contradiction dans le camp du mal en utilisant ad nauseam des qualificatifs plus injurieux qu’analytiques comme « réactionnaire » ou « faisant le jeu de l’extrême droite ».

L’autre écueil est celui de l’argument trop facile de l’égalité, pourtant largement usité lorsqu’il s’agit d’aborder les questions de bioéthique. La situation d’un couple naturellement non fertile est forcément différente de celle d’un couple en situation de procréer. Par conséquent la demande d’égalité ne peut pas fonctionner.

Ce qui se joue ici c’est bien notre vision de la filiation et par suite de la société. Or, sur cette question, la civilisation européenne en général et française en particulier ont leur mot à dire pour réaffirmer leurs valeurs.

Face aux théocraties d’ici et d’ailleurs, il n’est pas illogique pour le pays de Benjamin Constant de défendre une vision contractualiste du projet familial. Accepter la GPA, c’est rompre avec une vision transcendantale de la filiation qui la voit comme une obligation ou une fatalité imposée par la nature pour en faire une construction née de la volition de partenaires impliqués.

Et contrairement à ce qu’affirment ses contradicteurs, c’est bien l’intérêt de l’enfant qui est ici en jeu. N’est-il pas projet parental ayant le plus de chance de réussir que celui qui est contracté volontairement surtout lorsque les obstacles pour le faire aboutir sont nombreux et écartent la suspicion du « caprice » ?

Face à des pays d’Asie qui, mus par une vision confucéenne, privilégient l’intérêt du groupe sur celui de l’individu (et dont le meilleur exemple est sûrement la politique de l’enfant unique), la GPA est l’occasion pour le continent de la Déclaration des droits de l’Homme et de l’habeas corpus de réaffirmer le principe d’une vie privée, concept inventé à l’aube de la modernité, et qui échappe au contrôle de l’État et des pairs.

D’ailleurs la charge de la preuve ne devrait pas incomber aux défenseurs de la GPA, mais bien à ses détracteurs. Ce n’est pas l’État qui accorde les libertés : celles-ci lui préexistent et sont éventuellement limitées par les citoyens qui les mettent en commun.

Le potentiel apport de la civilisation européenne sur la GPA

Enfin, et peut-être est-ce là le point le plus important, face à des pays qui n’encadrent pas cette pratique, la civilisation européenne a toute latitude pour proposer un modèle qui ne cède pas aux sirènes de la vision naïve d’un marché dérégulé conduisant à l’exploitation des plus précaires comme c’est le cas en Inde.

Beaucoup n’y croient pas et pensent que toute tentative conduira forcément au désastre indien : pourtant il est dans l’ADN de la Terre qui a vu naître les Lumières de croire que le futur n’est pas le résultat d’une marche inéluctable de l’Histoire, mais bien un possible en construction.

De nombreuses solutions existent et sont proposées par différents acteurs : indemnisation de la gestatrice, choix des donneurs par la gestatrice et non l’inverse, encadrement de la rémunération, remboursement des frais, parcours réglementé…

La gestation pour autrui n’est donc pas un pas supplémentaire vers le fossé de la décadence comme l’affirment les esprits chagrins, mais bien l’occasion pour notre civilisation de réaffirmer ses valeurs dans le monde. Voilà peut-être un sujet qui pourrait alors rassembler tous les bords de l’échiquier politique. Ou du moins pouvons-nous en rêver…

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