Loi de Finances 2022 en Espagne : le populisme en oeuvre

Pedro Sanchez by SPD Schleswig-Holstein (Creative Commons CC BY 2.0)

En Espagne, le gouvernement propose une loi de finance basée sur des prévisions macro-économiques irréalistes, un record de dépenses publiques, de prestations sociales et de populisme.

Par César Casino Capian.

Début octobre, le gouvernement espagnol présidé par le socialiste Pedro Sanchez présentait son projet de Loi de Finances pour l’année 2022.

Basé sur des prévisions macroéconomiques irréalistes, un record de dépenses publiques et de prestations sociales, une augmentation des impôts, une discrimination territoriale et aucune stratégie compréhensible de sortie de crise pandémique, l’orchestre gouvernemental joue de plus belle pendant que le bateau coule.

Pas de doutes, les élections approchent. Mais les membres de l’Union européenne, contributeurs nets aux fonds européens Next Generation, apprécieront-ils la musique ?

Un budget fondé sur des prévisions économiques dopées

La ministre du Budget Maria Jesus Montero s’en est vanté : la suspension en vigueur des règles européennes de discipline budgétaire n’empêchera pas l’Espagne de faire preuve de responsabilité et de réduire son déficit pour l’année 2022, qui passera de 11 % en 2021 à 5 % .

Pourtant, l’affirmation de la ministre est trompeuse. Durant une année 2021 marquée par les impératifs de la pandémie, l’État espagnol a dépensé 456 milliards d’euros, une somme inférieure de 0,6 % aux 458 milliards d’euros prévus pour 2022. C’est donc le caractère expansif du projet de Loi de Finances 2022, permis par les fonds européens Next Generation, qui permettra à l’État espagnol de réduire son déficit, et non un quelconque effort d’ajustement budgétaire.

De plus, le gouvernement a gonflé ses prévisions de croissance, les rendant ainsi irréalisables. Comme le dit le dicton espagnol, « la cabra tira al monte » (« la chèvre retourne toujours dans sa montagne »), penserez-vous. Pourtant, le culot de ce gouvernement produit des situations particulièrement risibles.

En effet, le 29 septembre, l’Institut National de Statistiques dépendant du ministère de l’Économie réduisait de 1,7 point ses propres prévisions de croissance pour le second trimestre de 2022. Cette correction n’a absolument pas été prise en compte par le gouvernement qui a tout bonnement ignoré et discrédité les calculs de l’institution sur laquelle il est censé s’appuyer pour la préparation du budget.

Le ridicule de la situation s’est accentué le 8 octobre, un jour seulement après la présentation de ce projet de Loi de Finances, lorsque le FMI a montré à son tour l’ineptie du gouvernement : ses prévisions de croissance pour la fin de l’année 2021, qui situent la reprise espagnole en dessous de la moyenne mondiale, sont de 5,7 %, contre les 6,5 % de croissance annoncés par l’exécutif.

Inefficience, électoralisme et discrimination : un budget ambitieux

Par-delà ses problèmes de surendettement, les principaux problèmes économiques qu’affronte actuellement l’Espagne sont :

  • la flambée des prix de l’énergie et la grave menace qu’elle suppose, autant pour les budgets familiaux que pour la compétitivité des entreprises ;
  • le taux de chômage ;
  • l’accès au logement.

En ce qui concerne le prix de l’électricité, le gouvernement continuera à investir dans les énergies renouvelables comme si de rien n’était tout en menant une politique hostile à l’investissement privé, telle que l’expropriation des bénéfices des entreprises productrices d’énergie décrétée à la mi-septembre comme punition pour avoir été les honteuses bénéficiaires de l’explosion des prix. Pour les ménages, la poursuite du plan de rénovation thermique des logements devrait quelque peu atténuer le poids de cette augmentation sur leur pouvoir d’achat.

Pour autant, le budget ne prévoit aucun plan pour sortir l’Espagne du piège de la transition énergétique dans lequel les entreprises ont été enfermées.  L’indépendance énergétique espagnole et le maintien de prix compétitifs pour l’industrie attendront. Cette menace est d’autant plus importante que 1070 nouvelles entreprises seront sommées de payer l’impôt sur les sociétés, dont le taux minimal sera fixé à 15 % tandis que 3 millions d’auto-entrepreneurs espagnols devront payer entre 40 et 149 euros de cotisations supplémentaires par an.

Mais selon le gouvernement, il n’y aura aucun souci à se faire puisque les nouveaux chômeurs qui résulteront de ces politiques néfastes pourront tout de même bénéficier d’une prestation sociale inédite : le Revenu Minimum Vital, un RSA espagnol créé durant la pandémie.

Quant à l’accès au logement, le gouvernement s’est réfugié dans la recette habituelle de contrôle des prix, détournée des réalités économiques, préférant un interventionnisme maladroit à une politique de stimulation de l’offre : une loi permettra de limiter le prix des loyers dans les zones dites sous tension où les dépenses de logement représentent plus de 30 % des revenus des ménages, tandis que les jeunes verront leur dépendance vis-à-vis de l’État augmenter avec l’instauration d’une aide au logement de 250 euros par an.

De plus, on peut même douter de la capacité et de l’efficacité du gouvernement espagnol à mettre en œuvre adéquatement les mesures budgétaires financées par les fonds européens Next Generation. En effet, selon le média Vozpopuli, le gouvernement n’a réalisé que 5 des 27 milliards d’euros issus des fonds européens pour l’année 2021, ceci expliquant sans doute la faiblesse de la reprise de la croissance rappelée par le l’INE et le FMI… Nous verrons donc s’il en sera de même en 2022.

Il faut également souligner que cet argent ne sera pas dépensé équitablement. La Communauté Autonome de Madrid sera punie pour l’excellente politique économique et le succès de la gestion libérale de la crise sanitaire mise en place par Isabel Diaz Ayuso, que le gouvernement de Sanchez ne supporte pas. Le contre-modèle madrilène aux gestions désastreuses du gouvernement central et des nationalismes périphériques séduit les électeurs et doit donc disparaître pour effacer le souvenir de l’écrasante défaite de la gauche aux élections autonomiques madrilènes de mai 2021.

Espagne populisme

Investissement de l’Etat (en millions d’euros) dans les 5 plus grandes Communautés Autonomes.
Source : RTVE

En rapportant ces chiffres au nombre d’habitants de ces cinq grandes Communautés Autonomes, on constate que Madrid ne recevra que 170 euros par tête, contre 312 euros pour la Catalogne et 398 euros pour la Galice. Madrid sera aussi la seule des grandes Communautés Autonomes à recevoir moins que l’année passée, et ce malgré le caractère expansif de ce budget.

Pour autant, s’il y a bien une chose pour laquelle ce gouvernement est compétent, c’est la dépense sociale : le projet de Loi de Finances 2022 prévoit que 6 euros sur 10 lui seront dédiés. Et puisque les élections de 2023 approchent, autant cibler directement un électorat jeune censément orienté à gauche : 12 milliards d’euros seront donc destinés à la jeunesse. En plus d’une allocation pour le logement, les jeunes bénéficieront de la création d’un Pass Culture à la hauteur de 400 euros. Mais attention, n’est pas culturel qui veut : Podemos a bien évidemment fait en sorte que la tauromachie en soit exclue.

L’Espagne, nouvel homme malade de l’Europe ?

Lorsque José-Maria Aznar (Parti populaire) est arrivé au pouvoir en 1996, il a hérité d’un déficit de 6 % qu’il s’est empressé de réduire jusqu’à atteindre l’équilibre budgétaire en 2004. C’est José-Luis Rodriguez Zapatero (Parti socialiste) qui en a hérité, le laissant à 10 % en 2011, l’année où Mariano Rajoy (Parti populaire) a hérité de la présidence du gouvernement. Par la suite, Mariano Rajoy a réduit ce déficit, le portant à 2,5 % en 2018, l’année où Pedro Sanchez a accédé au pouvoir.

La gauche espagnole s’inscrit donc dans une tradition budgétaire dispendieuse et irresponsable. Cependant, quelque chose a changé : c’est désormais d’argent européen qu’il s’agit.

Pourtant, les médias et les principales institutions européennes préfèrent détourner les yeux et se concentrer sur la vilaine extrême droite qui monte, alimentant la polémique sur la remise en question par les juges polonais de la primauté du droit européen, un sujet qui paraissait étrangement moins intéressant lorsqu’il avait été soulevé en 2020 par la Cour constitutionnelle allemande dans un arrêt portant sur le programme de rachat de la dette publique par la Banque centrale européenne.

Dans la plus grande des traditions espagnoles, ce sera sans doute au gouvernement de droite qui succèdera à cette coalition socialo-communiste de restaurer la crédibilité économique de l’Espagne. Mathématiquement, il est fort probable que Vox, parti de droite radicale, en fasse partie : ce devrait être suffisant pour attirer l’attention des institutions européennes.

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