Les 32 heures : 97 % des gens ont des réflexes « illibéraux »

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Un récent sondage sur les 32 heures indique que l’idée que tout devrait être réglé par l’État est bien ancrée chez les Français qui semblent ignorer que la liberté contractuelle mériterait d’être farouchement défendue.

Par Simone Wapler.

Voici les réponses à un récent sondage LinkedIn actualités – BFM Business portant sur la question « Que pensez-vous de la semaine de 32 heures ? »

  • Excellente idée, on y viendra             46 %
  • Bonne idée mais irréaliste                  24 %
  • Mauvaise idée                                       28 %
  • Autre (expliquez)                                    3 %

(Résultats supérieurs à 100 % en raison probablement d’arrondis)

25 556 réponses enregistrées.

LinkedinActualités déclare 1 126 431 abonnés.

Ceux qui répondaient étaient invités à justifier leur opinion et le sondage a recueilli 1509 commentaires.

En préambule figurait le texte suivant :

Plusieurs pays à travers le monde lancent des initiatives visant à réduire le temps de travail. Ainsi, en Espagne, le gouvernement a lancé début 2021 une expérimentation de la semaine de 32 heures (sans baisse de rémunération) auprès de 200 entreprises volontaires. En Islande, 2500 fonctionnaires ont également expérimenté la réduction du temps de travail pendant quatre ans, avec des résultats jugés prometteurs. Parmi les avantages mis en avant par les adeptes de la semaine de 32 heures figurent notamment une meilleure répartition du travail, qui permettrait de créer des emplois, ou encore une amélioration de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée pour les salariés.

Ce texte expose le biais étatiste et favorable du journaliste. Les « pays » sont assimilés à leurs « gouvernements ». Le premier « avantage » est le « partage du travail » qui serait « créateurs d’emplois ». Aucune mention du chômage qui montre que, quelle que soit la durée légale du travail, celui-ci n’est pas « partagé ».

La reprise par Forbes du sujet est un peu plus fidèle à la réalité :

La semaine de 35 heures est l’une des spécificités réglementaires en France. Dans le contexte actuel de la crise économique et épidémiologique, le pays (politiciens et journaux) repense la semaine de travail et se demande si elle ne pourrait pas être ramenée à 32 heures.

Ainsi, pour cet autre journaliste, le « pays » se définit comme les « politiciens et journaux » et les 35 heures sont vues comme une coutume réglementaire gauloise.

Le penchant étatiste et collectiviste national est mis en lumière par les commentaires accompagnant les réponses.

Plus personne pour promouvoir la liberté contractuelle ?

Rares sont ceux qui évoquent la question de savoir pourquoi la durée du travail doit être fixée par l’État et ne pourrait faire l’objet d’un accord contractuel entre les intéressés, au même titre que le salaire ou les horaires. Pourquoi la norme serait-elle par ailleurs une durée hebdomadaire, pourquoi pas journalière, mensuelle, trimestrielle, annuelle ? Qu’ils soient favorables ou non aux 32 heures les commentaires comportent neuf fois sur dix ce biais étatiste.

On comprend que politiciens, fonctionnaires et journalistes comme syndicats subventionnés en mal de lecteurs ou d’adhérents n’aient aucune envie de promouvoir la liberté contractuelle. Mais lorsque les citoyens ordinaires n’en ont plus envie, ils sont mûrs pour la mise sous tutelle.

Et si la gauche devenait moins bête que la droite ?

Même à l’OFCE, les économistes payés par les contribuables ont une approche plus nuancée de la question :

Alors qu’une partie de la gauche pousse pour imposer la réduction du temps de travail à 32 heures par semaine, l’économiste Éric Heyer de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) explique qu’il s’agit d’une « formidable arme économique en période de crise ». Mais pour l’adopter définitivement, il faut être prêt à gagner moins d’argent ou à augmenter les impôts, précise-t-il.

Donc 32 heures, c’est bien, mais l’argent ne pousse pas sur les arbres et l’OFCE parle non pas d’argent public, mais d’argent des impôts. Verrions-nous une mini révolution culturelle en marche de ce côté ?

Il est vrai que le « camp du bien public » semble récemment avoir été piqué par une bizarre mouche libérale puisque sur le sujet de la flambée des prix des carburants, Ségolène Royal propose de baisser les taxes !

Si le gouvernement veut vraiment apaiser les angoisses des Français et ce prélèvement violent sur le pouvoir d’achat, il baisse les taxes. Est-il normal que des milliards d’euros supplémentaires prélevés sur les Français arrivent dans les caisses de l’État uniquement parce que le prix du brut a augmenté ?

Comme quoi, les Bonnets rouges, ancêtres des Gilets jaunes, ont bien fait de ne pas pendre par les aisselles la ministre de l’époque à l’un de ses portiques écotaxes.

Ne nous extasions pas, il reste encore du chemin à parcourir chez certains benêts rouges.

Selon 20 Minutes :

Anne Hidalgo et Yannick Jadot, par exemple, ne veulent pas de loi sur la réduction du temps de travail (comme pour les 35 heures), mais des négociations par branche. Clémence Guetté est plus radicale et Thomas Portes veut que les 32 heures soient imposées par le pouvoir politique. »

Autoritarisme chez Clémence Guetté et Thomas Portes, mais bon réflexe d’Anne Hidalgo et Yannick Jadot : beaucoup de pays laissent la question de la durée de travail aux accords de branches. Hélas, en France, les syndicats de salariés sont subventionnés et n’ont aucune représentativité. De surcroît, quand le principal syndicat patronal (tout aussi subventionné) appelle le gouvernement à nationaliser les entreprises, comme l’a fait Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, on peut douter de sa représentativité.

La droite lobotomisée par l’identitaire et le sécuritaire

La droite française étatiste (pardon pour le pléonasme) n’a jamais été à l’aise ni avec le social ni avec le libéralisme qui soutient la liberté contractuelle décontractée.

Cette droite a déjà choisi son pré carré pour la campagne présidentielle : le terrain de l’identité nationale, du souverainisme et du sécuritaire. Elle délaisse les thèmes économiques ou ne fait que des propositions brouillonnes et nullement étayées.

« Se servir sans servir » ?

À sept mois d’une élection importante, le constat est accablant : une population économiquement ignare s’imagine vivre dans un pays ultralibéral, s’en remet à l’État pour régler tous les problèmes attribués à ce libéralisme sauvage, se laisse tondre pour engraisser ceux qui prétendent être au service du public et ne sont qu’au service de leurs privilèges. Ironiquement, la devise de l’ENA – largement représentée parmi nos professionnels de la politique de tous bords  – est « servir sans se servir ». Dans les faits, c’est l’inverse.

  • Les partis politiques sont subventionnés
  • Les syndicats sont subventionnés
  • Les médias sont subventionnés
  • Les associations sont subventionnées

Tant qu’aucun courant populaire non subventionné ne s’élève pour défendre nos libertés économiques et la non-ingérence de l’État dans nos contrats privés, la rage de l’impôt continuera à prévaloir, tandis qu’une part grandissante de la population paupérisée attendra sagement parquée dans ses logements sociaux son bon de réparation vélo, bon d’essence, chèque énergie et bientôt son « revenu universel »…

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