Immigration : autant de permis de travail en France qu’en Hongrie

Viktor Orbán by European People's Party (Creative Commons CC BY 2.0) — European People's Party, CC

Malgré les apparences, la France est plus restrictive que l’Europe centrale pour l’immigration des travailleurs étrangers.

Par Alexandre Massaux.

La France va réduire le nombre de visas accordés aux ressortissants de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie. La raison évoquée par Paris est le refus de ces pays de délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires au retour des immigrés refoulés de France. En même temps, l’immigration est en train de devenir un sujet majeur de la campagne avec la montée de la popularité d’Éric Zemmour.

Faut-il y voir un véritable changement politique ? En fait, l’immigration des travailleurs en France est déjà faible comparée à celle de nos voisins, dont certains sont connus pour leurs positions restrictives.

La Pologne championne de l’immigration dans l’UE

Ce titre peut surprendre car les dirigeants polonais actuels ne sont pas présentés médiatiquement comme étant pro-immigration. Pourtant il suffit de regarder les données d’Eurostat de 2019, 2018 ou 2015 pour les permis de résidence des immigrés provenant de l’extérieur de l’UE.

Le nombre de permis délivrés par la Pologne dépassait les 500 000 en 2015, les 600 000 en 2018 et 700 000 en 2019. En comparaison, l’Allemagne délivre entre 200 000 et 500 000 permis par an et la France autour de 250 000 et 280 000. Rappelons que la Pologne est un pays comptant 40 millions d’habitants alors que la France en compte 67 millions.

Mais la Pologne n’est pas le seul pays anti-immigration avec lequel la France fait moins bien en termes de permis. Paris délivre autour de 30 000 permis de travail par année, soit le même nombre que… la Hongrie ou la République tchèque ces dernières années, deux pays six fois moins peuplés que la France.

Certes, cette immigration est avant tout ukrainienne. Il n’est guère surprenant que les Polonais soient intéressés par l’immigration d’un pays jadis sous leur contrôle. Néanmoins, une vraie question se pose à propos de l’immigration de travailleurs.

La France est-elle encore un pays pour les travailleurs ?

Les permis de travail ne représentent que 10 % des permis de résidence délivrés par la France, là où ceux-ci représentent la majorité en Europe centrale. La France ne délivre ainsi que peu de permis de travail. On peut même se poser la question de savoir si elles les attirent encore. La « jungle de Calais » n’était pas proche de l’Eurotunnel pour rien : les migrants voulent se rendre au Royaume-Uni et non pas rester en France.

Des faits divers montrent qu’il ne vaut mieux pas trop travailler si on souhaite résider en France. Des naturalisations ont été refusées par l’administration à plusieurs reprises à des personnes qui dépassaient le temps légal de travail.

De la même manière, une Mexicaine professeur d’espagnol a été menacée d’expulsion, la préfecture lui reprochant de ne rien apporter à la société.

La bureaucratie : un des aspects du problème migratoire

Cet empilement de faits démontre l’inertie de la bureaucratie française à l’encontre des étrangers (du moins les travailleurs).

Elle est devenue un poids pour les travailleurs français mais aussi étrangers. Cela contribue à développer des tensions entre eux. Le système social français dépensier aggrave encore plus la situation, chacun cherchant à bénéficier des aides de l’État.

La question du modèle étatique mériterait une attention particulière, et ce d’autant plus qu’elle contribue à un autre phénomène : l’émigration des Français. En effet, non seulement la France a du mal à attirer des travailleurs, mais également à garder les siens.

Le centre de réflexion Fondapol attirait déjà l’attention sur ce phénomène il y a quelques années. Les jeunes sont de plus en plus intéressés par l’émigration pour des raisons économiques.

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