Le Pass sans fin

Gabriel Attal chez Europe 1 sur youtube https://www.youtube.com/watch?v=nm98TVlq7Ds

Le pass sanitaire pourrait être prolongé jusqu’à l’été prochain alors que le niveau d’infections lié au Covid-19 est tombé à un niveau relativement bas.

Par Yves Bourdillon.

Vous aviez cru que le pass sanitaire serait supprimé comme promis le 15 novembre et que vous pourriez, selon la formule consacrée, « reprendre une vie normale après la campagne de vaccination de masse » ? Raté. C’était un leurre. Le porte-parole du gouvernement a annoncé ce mercredi 29 un projet de loi donnant la possibilité de rétablir le pass, normalement suspendu le 15 novembre à tout moment… jusqu’à l’été prochain.

Alors que les flux d’infections ont été divisés par trois depuis fin août et ceux des décès par deux, pour tomber au niveau relativement bas de respectivement 6000 et 60 par jour.

Une prolongation injustifiée

La crainte d’une saturation des services de soins intensifs, mise en avant pour justifier l’instauration du pass le 12 juillet, est on ne peut moins d’actualité puisqu’ils ne comptent plus que 1800 patients covid. Un chiffre qui recule de 40 patients par jour actuellement, au point qu’il ne serait pas impensable qu’il soit tombé à presque zéro le jour où le pass sera prolongé…

Un éventuel prolongement dans ces conditions discrédite complètement l’argumentaire de l’exécutif selon lequel, pour reprendre les mots du ministre de la Santé, Olivier Veran, en juillet, le pass ne serait « pas maintenu une minute de plus que nécessaire » au vu des indicateurs épidémiques. Le gouvernement excipe désormais d’un risque de reprise de l’épidémie cet hiver, ou au printemps, dont on ne peut évidemment rien savoir. Troublante évolution de l’argumentaire donnant l’impression qu’il est un arbitre de foot changeant les règles et bougeant les poteaux en plein match.

Surtout, un prolongement du pass n’a pas grand sens sur le plan prophylactique, puisqu’il visait avant tout à obtenir que la plupart des Français soient vaccinés. Le résultat est atteint désormais (même si son rôle dans cette affaire ne saute pas autant aux yeux que le prétendent les éléments de langage officiels comme l’indique cette courbe https://datavaccin-covid.ameli.fr/pages/type-vaccins/) : plus de 84 % de la population éligible est entièrement vaccinée et surtout, 92 % des personnes de plus de 65 ans, celles à risque important.

Or, qu’affirme le gouvernement pour motiver un prolongement ?

Qu’il faut pouvoir utiliser le pass « en cas de résurgence de l’épidémie ». Mais, à l’inverse d’un reconfinement qui serait rationnel sur le seul plan sanitaire (quoiqu’avec des résultats pas toujours convaincants au vu de comparaisons internationales), que serait censé obtenir le pass dans ce cas ? On va dévacciner les gens pour les revacciner ? Avoir à l’usure les 8 % de cas à risque récalcitrants ? Une sorte d’obligation vaccinale ciblée qui n’aurait pas grand-chose à voir avec la flambée épidémique évoquée.

Les problèmes éthique et juridique du pass

Rappelons au passage que si le pass constitue en fait une obligation vaccinale qui ne dit pas son nom, surtout avec la fin du remboursement des tests, cela pose un problème éthique et juridique.

En effet, les normes internationales, notamment la convention d’Helsinki, exigent un consentement « libre et éclairé » pour les injections en phase expérimentale, ce qui est le cas actuellement puisque les vaccins ont été homologués par l’Agence européenne des médicaments dans le cadre d’un « essai clinique », avec publication des résultats attendue entre mai 2022 et fin 2023.

Est-ce libre et éclairé d’être contraint de se faire vacciner pour ne pas perdre son emploi ?

La France pourrait donc être à partir de mi-novembre, avec peut-être l’Italie, le seul pays au monde à exiger un vaccin pour s’asseoir à la terrasse d’un café. En effet, contrairement aux éléments de langage des pouvoirs publics, l’alternative, le piège diront certains, n’est pas du tout « le pass ou le confinement », pour la bonne raison que 190 pays dans le monde, généralement moins vaccinés que la France, répondent « ni l’un ni l’autre ».

Le pass n’est pratiqué qu’en Europe (ainsi qu’en Israël, à New York et en Chine),et surtout pour des évènements sportifs et culturels à forte jauge. Il est requis dans les restaurants dans dix pays européens (Allemagne, Autriche, Grèce, Irlande, Pays Bas, Portugal, Slovénie, Tchéquie, Suisse), où au vu de la dynamique actuelle il sera sans doute levé d’ici mi-novembre.

Le projet de prolongement du pass n’a donc rien de prophylactique, mais tout de politique : puisque les Français s’y sont, pour la plupart, habitués et réclament parfois la vaccination obligatoire des derniers récalcitrants, il aurait désormais pour seul but de rassurer la population et surtout des dirigeants paniqués à l’idée qu’on puisse leur reprocher de ne pas avoir tout fait, quoiqu’il en coûte, quitte à prendre des mesures peu cartésiennes. Le pass semble être simplement devenu une sorte de doudou dont on ne parviendrait plus à se passer.

Bien sûr, ce projet de loi pourrait être censuré par le Conseil d’État, qui n’avait validé le précédent qu’à condition qu’il soit limité dans le temps. Hélas, comme disait Milton Friedman, « il est peu de choses plus permanentes qu’une mesure gouvernementale temporaire ».

 

Yves Bourdillon est journaliste au service international du quotidien Les Échos et vacciné depuis avril dernier.

[Texte corrigé le 30/09/2021 à 19h20]

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