La zone euro va stagner comme le Japon

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Nous sommes face à une économie qui semble suivre toutes les mauvaises politiques mises en œuvre par le Japon au début des années 1990.

Par Daniel Lacalle.
Un article du Mises Institute

La Banque centrale européenne a annoncé une réduction progressive du programme de rachat d’actions le 9 septembre. On pourrait penser qu’il s’agit d’une idée judicieuse compte tenu de la récente hausse de l’inflation dans la zone euro, qui a atteint son plus haut niveau en dix ans, et de la reprise prétendument vigoureuse de l’économie.

Cependant, il y a un gros problème. L’annonce n’est pas vraiment une réduction progressive, mais simplement un ajustement à une offre nette d’obligations plus faible de la part des émetteurs souverains. En fait, compte tenu du rythme annoncé par la banque centrale, la BCE continuera d’acheter 100 % de toutes les émissions nettes des émetteurs souverains.

Pas de demande pour la dette souveraine

Cette stratégie pose plusieurs problèmes. Premièrement, la BCE reconnaît malgré elle qu’il n’y a pas de réelle demande du marché secondaire pour la dette souveraine des pays de la zone euro à ces rendements. Il faudrait deux ou trois fois le rendement actuel pour que les investisseurs acceptent de nombreuses obligations de la zone euro si la BCE ne les rachète pas. Il s’agit évidemment d’une bulle dangereuse.

Deuxièmement, la BCE reconnaît que la politique monétaire est passée d’un outil pour aider à mettre en œuvre des réformes structurelles à un outil pour les éviter.

Même avec le fort rebond du PIB prévu par la BCE, peu de gouvernements sont disposés à réduire les dépenses et à freiner les déficits de manière significative. Les estimations de la BCE montrent qu’après le déficit massif de 2020, les dépenses publiques de la zone euro augmenteront à nouveau de 3,4 % en 2021 pour ensuite diminuer modestement de 1,2 % en 2022.

Cela signifie que les dépenses publiques de la zone euro vont consolider l’augmentation de la pandémie de covid sans que la situation budgétaire de la plupart des pays ne s’améliore vraiment. En effet, des pays comme l’Espagne et l’Italie ont augmenté leur déficit structurel.

Troisièmement, les taux négatifs et les fortes injections de liquidités, combinés à des dépenses publiques élevées, n’ont généré aucun effet multiplicateur réel dans la zone euro. Il faut se rappeler que les principales économies étaient déjà en stagnation au quatrième trimestre 2019, avant la pandémie et malgré de grands plans de relance comme le plan Juncker, qui a mobilisé des centaines de milliards d’euros d’investissements.

Le quatrième défi pour la BCE est qu’elle reconnaît être piégée par sa propre politique, qu’elle ne peut pas l’arrêter et normaliser parce que les gouvernements et les marchés en souffriraient, et qu’elle ne peut pas maintenir le rythme actuel parce que l’inflation met encore plus de pression sur la croissance.

Les contraintes structurelles à la croissance

Le dernier défi pour la zone euro comme pour la BCE est qu’elles continuent à mettre en œuvre des politiques qui ignorent la démographie et les contraintes structurelles qui pèsent sur la croissance. La zone euro a une population vieillissante et les politiques monétaires et fiscales semblent ignorer les preuves de l’évolution des habitudes de consommation lorsque les citoyens atteignent un certain âge ou prennent leur retraite.

Si nous ajoutons à la démographie un système fiscal qui nuit de plus en plus aux classes moyennes, aux entreprises et aux investissements, nous nous retrouvons face à une économie qui semble suivre toutes les mauvaises politiques mises en œuvre par le Japon au début des années 1990.

À l’instar du Japon, la zone euro mise tout sur les dépenses publiques, les chaînes de mesures de relance pilotées par des orientations politiques et la monétisation massive de la dette. Cependant, la zone euro ne dispose pas de la main-d’œuvre disciplinée du Japon ni des niveaux élevés d’épargne des entreprises et des ménages qui permettent au pays de continuer à stagner pendant des décennies.

Des pays comme l’Italie, l’Espagne, le Portugal ou la Grèce ne peuvent pas survivre à la stagnation en raison des niveaux élevés de chômage et d’un tissu d’entreprises de faible importance. Par conséquent, la BCE semble ignorer les risques de perpétuer les incitations perverses à gonfler les dépenses publiques et la dette.

Tous les messages concernant les réformes structurelles et les initiatives de croissance réelle ont disparu au profit de plans de relance directs qui ne tiennent jamais leurs promesses. Notre devoir d’économiste est de mettre en garde contre le scénario plus que probable d’une reprise médiocre, d’une faible productivité et d’une dette élevée auquel la zone euro est confrontée. Les multiplicateurs budgétaires sont négatifs depuis trop longtemps pour que nous puissions ignorer l’effet d’éviction négatif des dépenses publiques élevées et l’érosion de la compétitivité à laquelle l’économie est confrontée.

Traduction Contrepoints

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