La zone euro va stagner comme le Japon

Nous sommes face à une économie qui semble suivre toutes les mauvaises politiques mises en œuvre par le Japon au début des années 1990.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Source : https://unsplash.com/photos/Q3CO1ZOZ6ZI

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

La zone euro va stagner comme le Japon

Publié le 25 septembre 2021
- A +

Par Daniel Lacalle.
Un article du Mises Institute

La Banque centrale européenne a annoncé une réduction progressive du programme de rachat d’actions le 9 septembre. On pourrait penser qu’il s’agit d’une idée judicieuse compte tenu de la récente hausse de l’inflation dans la zone euro, qui a atteint son plus haut niveau en dix ans, et de la reprise prétendument vigoureuse de l’économie.

Cependant, il y a un gros problème. L’annonce n’est pas vraiment une réduction progressive, mais simplement un ajustement à une offre nette d’obligations plus faible de la part des émetteurs souverains. En fait, compte tenu du rythme annoncé par la banque centrale, la BCE continuera d’acheter 100 % de toutes les émissions nettes des émetteurs souverains.

Pas de demande pour la dette souveraine

Cette stratégie pose plusieurs problèmes. Premièrement, la BCE reconnaît malgré elle qu’il n’y a pas de réelle demande du marché secondaire pour la dette souveraine des pays de la zone euro à ces rendements. Il faudrait deux ou trois fois le rendement actuel pour que les investisseurs acceptent de nombreuses obligations de la zone euro si la BCE ne les rachète pas. Il s’agit évidemment d’une bulle dangereuse.

Deuxièmement, la BCE reconnaît que la politique monétaire est passée d’un outil pour aider à mettre en œuvre des réformes structurelles à un outil pour les éviter.

Même avec le fort rebond du PIB prévu par la BCE, peu de gouvernements sont disposés à réduire les dépenses et à freiner les déficits de manière significative. Les estimations de la BCE montrent qu’après le déficit massif de 2020, les dépenses publiques de la zone euro augmenteront à nouveau de 3,4 % en 2021 pour ensuite diminuer modestement de 1,2 % en 2022.

Cela signifie que les dépenses publiques de la zone euro vont consolider l’augmentation de la pandémie de covid sans que la situation budgétaire de la plupart des pays ne s’améliore vraiment. En effet, des pays comme l’Espagne et l’Italie ont augmenté leur déficit structurel.

Troisièmement, les taux négatifs et les fortes injections de liquidités, combinés à des dépenses publiques élevées, n’ont généré aucun effet multiplicateur réel dans la zone euro. Il faut se rappeler que les principales économies étaient déjà en stagnation au quatrième trimestre 2019, avant la pandémie et malgré de grands plans de relance comme le plan Juncker, qui a mobilisé des centaines de milliards d’euros d’investissements.

Le quatrième défi pour la BCE est qu’elle reconnaît être piégée par sa propre politique, qu’elle ne peut pas l’arrêter et normaliser parce que les gouvernements et les marchés en souffriraient, et qu’elle ne peut pas maintenir le rythme actuel parce que l’inflation met encore plus de pression sur la croissance.

Les contraintes structurelles à la croissance

Le dernier défi pour la zone euro comme pour la BCE est qu’elles continuent à mettre en œuvre des politiques qui ignorent la démographie et les contraintes structurelles qui pèsent sur la croissance. La zone euro a une population vieillissante et les politiques monétaires et fiscales semblent ignorer les preuves de l’évolution des habitudes de consommation lorsque les citoyens atteignent un certain âge ou prennent leur retraite.

Si nous ajoutons à la démographie un système fiscal qui nuit de plus en plus aux classes moyennes, aux entreprises et aux investissements, nous nous retrouvons face à une économie qui semble suivre toutes les mauvaises politiques mises en œuvre par le Japon au début des années 1990.

À l’instar du Japon, la zone euro mise tout sur les dépenses publiques, les chaînes de mesures de relance pilotées par des orientations politiques et la monétisation massive de la dette. Cependant, la zone euro ne dispose pas de la main-d’œuvre disciplinée du Japon ni des niveaux élevés d’épargne des entreprises et des ménages qui permettent au pays de continuer à stagner pendant des décennies.

Des pays comme l’Italie, l’Espagne, le Portugal ou la Grèce ne peuvent pas survivre à la stagnation en raison des niveaux élevés de chômage et d’un tissu d’entreprises de faible importance. Par conséquent, la BCE semble ignorer les risques de perpétuer les incitations perverses à gonfler les dépenses publiques et la dette.

Tous les messages concernant les réformes structurelles et les initiatives de croissance réelle ont disparu au profit de plans de relance directs qui ne tiennent jamais leurs promesses. Notre devoir d’économiste est de mettre en garde contre le scénario plus que probable d’une reprise médiocre, d’une faible productivité et d’une dette élevée auquel la zone euro est confrontée. Les multiplicateurs budgétaires sont négatifs depuis trop longtemps pour que nous puissions ignorer l’effet d’éviction négatif des dépenses publiques élevées et l’érosion de la compétitivité à laquelle l’économie est confrontée.

Traduction Contrepoints

Sur le web

Voir les commentaires (2)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (2)
  • La bande de branquignols de Bruxelles n’aide pas à la bonne marche des affaires à croire qu’un délit d’entrave devrait être cité devant un tribunal compétent

  • Sauf que le Japon qui est économiquement libéral et a de très bons fondamentaux à tous les niveaux stagne en partie mécaniquement du fait de la baisse de sa population depuis les années 2000 (-4 millions) alors que la France a gagné 6 millions de personnes dans la même période.
    .
    Ce n’est pas « comme le Japon », c’est bien pire, la France socialiste est économiquement en phase terminale et la petite fièvre japonaise due aux mesures discutables va se transformer en affection dévastatrice.

  • Les commentaires sont fermés.

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Comme écrit mon associée Simone Wapler : « La perte de pouvoir d’achat est un phénomène monétaire et politique. Le dollar n’est pas fort, il est seulement moins faible que d’autres devises. La seule monnaie « apatride » qui ne soit pas gouvernée par la politique reste l’or. »

Les médias nous content actuellement que le dollar est fort. Les autres monnaies – yen, livre, euro – achètent moins de dollars qu’auparavant, plus précisément depuis que la Fed a commencé à relever ses taux d’intérêt. Le dollar serait donc une monnaie forte. L’em... Poursuivre la lecture

Par Gérard-Michel Thermeau.

Deux pères jésuites, Sebastiao Rodrigues (Andrew Garfield) et Francisco Garupe (Adam Driver) débarquent clandestinement sur les côtes du Japon dans la région de Nagasaki à la recherche de leur ancien maître, le père Ferreira (Liam Neeson). Selon la rumeur, le jésuite aurait apostasié, épousé une japonaise et vivrait désormais en bouddhiste. Ils sont aussitôt accueillis et cachés dans des communautés paysannes qui les accueillent avec ferveur. C’est le début d’un calvaire qui va conduire l’un à la mort et l’a... Poursuivre la lecture

uerss
4
Sauvegarder cet article

La récession économique est une quasi-certitude en zone euro. Néanmoins, le contraste est de plus en plus saisissant entre ce scénario anxiogène et la résilience des agents économiques et financiers

On douterait presque qu’une récession économique soit en cours au sein de la zone euro. Les chiffres économiques ne sont pas bons mais sont loin d’être mauvais. Quant aux marchés financiers, le rebond des actions de près de 20 % depuis octobre semble même contradictoire dans les termes. S’agit-il d’un chant du cygne avant l’effondrement ? P... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles